Rien à voir (13): critiques
Travailler dans l’ombre
par Réjean Beaucage
in Voir #834 (Québec),
20 juillet 2003
La société de concerts électroacoustiques Réseaux [des arts médiatiques] a bien mérité le Prix Opus de diffuseur de l’année que lui octroyait le Conseil québécois de la musique pour 2002, étant d’ailleurs plus souvent présente dans le calendrier avec ses trois ou quatre événements annuels que sa grande soeur l’ACREQ, qui ne produit plus que le festival Elektra, une fois l’an. L’air de rien, je viens de placer dans la même phrase les deux seuls organismes qui ont exclusivement pour mission de promouvoir la musique électroacoustique au Canada, soit l’ACREQ et Réseaux... Puisque les deux sont situés à Montréal, évidemment, d’ici, la situation semble à peu près normale. Pourtant, dans un rapport intitulé Situation de l’électroacoustique au Canada (2001), que Robert Normandeau a rédigé pour le Conseil des Arts du Canada, il apparaît que l’aide accordée au développement de ce secteur est dérisoire en comparaison des budgets disponibles en musique. Normandeau démontre que le CALQ y consacre 0,3 de 1 % et estime à 0,7 de 1 % la part du CAC. Rencontré à son studio, le compositeur explique: «Bien sûr, on peut avoir l’impression, avec les quelques événements annuels à Montréal, que la situation va bien parce que l’électroacoustique est visible. C’est peut-être seulement que les gens qui sont dans le domaine sont très dynamiques et, en plus, acceptent fréquemment d’être sous-payés et de faire du bénévolat! La reconnaissance du travail est là, le Prix Opus le prouve, mais les gens ont tendance à croire qu’un concert électroacoustique coûte moins cher à produire qu’un concert instrumental parce que les haut-parleurs ne sont pas syndiqués... Alors que, bien sûr, toute la production du concert, le coût de la salle ou celui de la publicité sont les mêmes. De plus, comme il n’y a pas de salle dédiée à ce que nous faisons, nous devons souvent louer une salle de théâtre, et c’est absurde, car alors l’argent du budget musique passe au budget théâtre.»
C’est là une seule des raisons pour lesquelles le Nouvel Ensemble Moderne, les productions SuperMusique et Réseaux travaillent actuellement à développer à Montréal un lieu dédié aux musiques contemporaine, actuelle et électroacoustique, qui comprendrait des salles de concert adaptées, des lieux de répétition, un centre de documentation, etc. Robert Normandeau commente: «Il y a un lieu, actuellement désaffecté, qui nous semble convenir pour ce à quoi on le destine, mais on a de la difficulté à obtenir la toute petite somme que ça prendrait pour une étude de faisabilité. On parle d’un endroit qui rassemblerait toutes les tendances de la musique contemporaine et qui permettrait précisément, entre autres choses, que l’argent donné au domaine de la musique reste en musique. On ne remet pas du tout en question le projet de la salle de l’OSM, mais pour nous, un tel projet ne change strictement rien à la situation actuelle.»
En attendant, Réseaux revient au Musée d’art contemporain pour la 13e édition de sa série de concerts de «cinéma pour l’oreille», qui compte précisément 13 concerts. Normandeau détaille le menu: «Le 20, ce sera François Donato, un compositeur français attaché au Groupe de recherche musicale (GRM) qui n’est jamais venu ici et qu’il sera intéressant de découvrir; le 21, nous recevrons Alistair MacDonald, un Écossais qui est de l’école anglaise des Jonty Harrison ou Denis Smalley et qui nous visite aussi pour la première fois. Le lendemain, ce sera un retour au bercail pour Stéphane Roy, qui a participé à la quatrième édition de Rien à voir en 1998, et qui ensuite a vécu aux États-Unis. Il est revenu s’installer au Québec et vient nous présenter deux oeuvres inédites. Quant au Suédois Åke Parmerud, qui avait eu beaucoup de succès en 1997, il compose de moins en moins pour la scène acousmatique et de plus en plus pour l’instrumental et le multimédia. On fera donc, pour clore la série, un retour sur les oeuvres les plus récentes dans le domaine.»
Notons que chaque soirée s’ouvre avec un «court-métrage», soit une oeuvre commandée ou choisie par les membres de Réseaux (Jean-François Denis, Gilles Gobeil et RN). Au fil des ans, Réseaux a pu commander un bon nombre d’oeuvres à différents compositeurs et, question de ne pas les laisser s’évaporer dans les limbes, on a choisi de les rendre disponibles sur Internet sous le titre iConcerts, une nouvelle sélection étant disponible chaque mois (à l’adresse rien.qc.ca sous la rubrique «événements»). Les trois dernières soirées débutent à 18 h par des concerts consacrés à de jeunes créateurs.
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Aboutissements
par François Tousignant
in Le Devoir (Québec),
24 mars 2003
Le concert commence par une sorte de magnifique raga pour l’orage du soir. Voilà comment on pourrait le mieux qualifier ces trente minutes d’aparanthesi A, de John Oswald. Une «note» de piano manipulée dans tous les registres, de l’extrême grave au suraigu en constitue la toile de fond. Sur ce drone (faux-bourdon), varié dans son émission et son traitement comme dans ses prolongations mobiles dans l’espace, se dessinera un orage, un vrai. La pluie tombe et s’égoutte, la turbulence passe. Au ruissellement s’adjoint l’accompagnement de timides oiseaux et d’une symphonie de grillons, du murmure du ruisseau. La nuit tombe, la musique s’efface lentement, on quitte la réalité pour le rêve. Une indescriptible poésie émane de cette simplicité finement ouvragée, d’une inspiration raffinée et sensible. Oswald, refusant la simplicité et la complaisance, allie le travail atmosphérique et l’intériorité du partage d’une expérience intime.
Le Tremblement de terre très doux, de François Bayle, est un classique. Plus de vingt ans après sa conception, l’œuvre se montre toujours aussi solide. Le typification du matériaux fait penser aujourd’hui à des zones thématiques d’exposition, de variations, de développements et même de superposition finale des matériaux. La diffusion qu’en fait Stéphane Roy met l’accent à la fois sur la structure et sur la vibration significative qu’entretiennent les divers éléments. Même si on entend des sonorités d’avant le numérique, l’art de leur utilisation reste d’une provocante actualité.
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Rien pour rien!
par Réjean Beaucage
in Voir (Québec),
13 mars 2003
La société de concerts acousmatiques Réseaux fait encore une fois précéder sa série de Concerts Rien à voir par une série de mini-concerts gratuits intitulée Rien pour rien. Une excellente façon de s’initier aux plaisirs de la meilleure façon d’écouter la musique électroacoustique, soit dans le noir presque total et entouré d’une ribambelle de haut-parleurs de la meilleure qualité. Les invites de cette 13e édition, Alistair MacDonald du Royaume-Uni, Åke Parinerud de Suède, François Donato de France et Stéphane Roy du Ouébec, feront entendre 20 minutes de leur musique, tout comme Gilles Gobeil et Robert Normandeau, de Réseaux. On en parlera davantage avec ce dennier jeudi prochain.
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Autres textes dans
Ici Montréal (Québec), 13 mars 2003