Rien à voir (11): critiques
Le bruit des choses vivantes
par Réjean Beaucage
in Voir (Québec),
11 avril 2002
Le compositeur Bernard Parmegiani aura 75 ans cette année. Pionnier de la musique électroacoustique, il vient nous présenter sa plus récente œuvre, La Mémoire des sons, dans le cadre de la série de concerts Rien à voir. Nous l’avons joint chez lui, à Saint-Rémy-de-Provence.
Rééditions d’œuvres devenues introuvables, nouvelle compilation comportant des inédits et concert anniversaire marqueront cette année en France les 75 ans de Bernard Parmegiani. Le compositeur, qui se joignait en 1959 au Groupe de recherches musicales (GRM) que Pierre Schaeffer avait fondé l’année précédente, est l’un des pionniers de la musique concrète à qui se réfèrent aujourd’hui tant les électroacousticiens que nombre de créateurs de la scène techno. Sa dernière visite remonte à 1998, alors que l’on célébrait le cinquantenaire de la musique concrète, et il est heureux que Réseaux l’ait réinvité afin qu’il nous fasse entendre, entre autres, sa plus récente œuvre, La Mémoire des sons.
Le temps a toujours occupé une place importante dans la musique de Parmegiani, qui nous présentera aussi, par exemple, Le Présent composé (1991) ou Capture éphémère (1966), première œuvre de musique électronique qui fut créée au GRM. Pas si éphémère après tout, puisque l’électroacousticien peut encore utiliser des sons qu’il a enregistrés il y a 40 ans! «À l’époque de l’analogique, on pouvait réaliser des choses que l’on ne peut plus reproduire aujourd’hui, à l’âge de la souris, parce qu’elles étaient spécifiques aux techniques employées. On appréhende maintenant le son d’une façon toute différente. Moi, continuellement, je reprends les de mes premières années de composition et je les retravaille à travers l’informatique pour leur insuffler une nouvelle vie. Parce que les sons sont des êtres vivants, ils peuvent se renouveler, se transformer, évoluer, disparaître, etc. Comme le dit Michel Chion, ce sont des êtricules, de petits êtres qui se multiplient et se propulsent dans l’espace.»
Évidemment, dans le cadre des concerts Rien à voir, les sons recevront tout de même, pour se propulser, un coup de pouce du compositeur, qui sera, comme c’est la tradition, au pupitre de mixage afin de diffuser lui-même ses œuvres.
«Il y a des œuvres que je présente très rarement et qu’on m’a un peu reproché de cacher; et c’est vrai, je n’ai aucune raison de le faire, mais on donne toujours les plus récentes et on finit par oublier les autres, puis on les redécouvre. Comme Litaniques (1987), à laquelle j’ai apporté certaines modifications tout récemment après l’avoir réécoutée.» Nous aurons aussi le plaisir d’entendre une œuvre assez récente, Sons/jeu, qui date de 1998. Soyez assuré que si vous lui prêtez l’oreille, Bernard Parmegiani saura vous faire entrer dans son jeu.
Rien à voir se poursuit ce jeudi avec un «pré rien» présenté à la Casa del Popolo en collaboration avec l’étiquette No Type. On y entendra des musiques électroniques expérimentales de Camp, Komsomolsk et du duo Cal Crawford/Alexandre St-Onge. Mais c’est au MACM qu’il faudra aller vendredi pour entendre les musiques de Stephen Dunkelman et Ingrid Drese, qui nous arrivent de Belgique. Samedi, au même endroit, c’est le Britannique Jonty Harrison, qui fut de la première édition de Rien à voir en 1997, qui revient pour nous présenter de nouvelles œuvres. Dimanche, 17h, place aux jeunes compositeurs Olivier Bélanger, Jean-Sébastien Durocher, Nicolas Orton, Jean-Michel Robert et Paul W Williams. Juste après, avec Bernard Parmegiani, on pourra mesurer le poids de l’expérience.
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Rien à voir, rien à payer
in Le Devoir (Québec),
10 avril 2002
La série des concerts de musique acousmatique Rien à voir en est à sa 11e édition. La société Réseaux invite le public à venir assister gratuitement ce soir à un concert intitulé Rien pour rien qui donnera l’occasion d’entendre, au MACM, des musiques de Stephan Dunkelman et Ingrid Drese, Jonty Harrison et le réputé Bernard Parmegiani. Rien à voir se poursuit jusqu’à dimanche, au Musée d’art contemporain, avec une escale demain à la Casa del Popolo. (514) 847-6226 ou www.rien.qc.ca.
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