Rien à voir (11): horaire: samedi 13 avril 2002
Jonty Harrison: Up Close and Personal
20h00 — Salle Beverley Webster Rolph — Musée d’art
contemporain de Montréal
L’expression anglaise (en réalité, elle est probablement américaine!) «up close and personal» a surgi très vite dans ma tête pour décrire les deux moitiés de cette soirée. La musique de la première moitié est caractérisée par une préoccupation partagée chez les compositeurs au sujet du matériau provenant du détail intérieur des sources sonores; la seconde moitié présente le travail réalisé par un seul individu (moi-même!). Mais les relations sont plus étroites que ça…!
Je suis fasciné par le fait que le microphone puisse offrir un accès de meilleure qualité au son. Aujourd’hui, l’utilisation la plus répandue du microphone est, bien sûr, de nous permettre d’amplifier le son: c’est-à-dire, d’entendre le son acoustique essentiellement comme nous devrions le faire, mais plus fort — assez fort pour remplir un stade ou pour couvrir le bruit ambiant d’une gare. Il est facile d’oublier que, comme son nom le suggère, le microphone est l’équivalent oral du microscope, qui rend accessibles les caractéristiques intérieures du matériau sonore que nous n’entendrions pas normalement à ‘l’oreille nue’ dans un contexte purement acoustique, parce que nous en sommes simplement trop éloignés.
La première moitié du concert de ce soir est constituée de pièces qui découlent de cet examen microscopique (microphonique?!) du matériau sonore. Nous sommes, pour presque l’entièreté de chacune des œuvres, plus proches de la surface sonore du matériau que ce que nous ne pourrons jamais obtenir physiquement. Ceci ouvre de nouveaux paysages sonores ‘intérieurs’ qui offrent un nouveau potentiel pour la création de structures musicales.
La nature documentaire représente un autre aspect du microphone — c’est un outil qui nous permet d’enregistrer un extrait du continuum temporel, comme un film ou une vidéo (quand il est couplé avec la capacité du gel temporel de certains logiciels, il peut même rendre un moment unique, comme une photographie figée). Bizarrement, il est normalement considéré comme étant ‘neutre’ dans ce rôle. Cela vaut la peine de rappeler cependant que, tout comme quelqu’un choisit dans quelle direction il pointe sa caméra, la position et l’orientation du microphone dépend aussi de l’agencement décidé par l’humain.
La seconde moitié de la soirée, comme beaucoup de mes pièces récentes, exploite également aussi bien cet aspect documentaire de la «microphonie» (dixit Stockhausen!) que la dimension microscopique. La capacité du médium acousmatique à créer une interprétation musicale et poétique en se déplaçant le long de l’axe ‘abstrait/réel’ est, me semble-t-il, très largement basée sur la capacité parallèle et sous-jacente du microphone à se déplacer entre les modes microscopique et documentaire (et, en fait, à l’étendre à travers l’amplification et l’arrivée finale de la plasticité du son au micro). Peut-être, dans notre approche supranumérique, passons-nous trop de temps à nous inquiéter des processus que nous appliquons entre le microphone et le micro, et oublions-nous l’impact presque viscéral de la plasticité du son elle-même, à laquelle le microphone nous donne accès.
—Jonty Harrison, mars 2002
| Aquiles Pantaleão | Concreta
(1997) |
12m00s |
| Alistair MacDonald | The Tincture of Physical
Things (2000) |
14m00s |
| Michael A Thompson | MachineWerks
(1997) |
8m00s |
| Jonty Harrison | Surface Tension
(1996) • commande: IMEB |
13m01s |
| Jonty Harrison | Sorties
(1995) • commande: BBC et Conseil de ville de Birmingham |
15m14s |
| Jonty Harrison | Streams
(1999) • commande: Sonorities Festival avec l’aide de la National Lottery |
16m12s |
| Jonty Harrison | Splintering (1997) • commande: État (Direction de la musique, France), Ina-GRM |
19m51s |
Une semaine produite par Réseaux avec l’aide du Conseil des arts du Canada, du Conseil des arts et des lettres du Québec, du Conseil des arts de Montréal, en collaboration avec la Chaîne culturelle de Radio-Canada et avec le soutien du Musée d’art contemporain de Montréal.
Plusieurs musiques de Rien à voir (11) pourront être entendues ultérieurement sur les ondes de la Chaîne culturelle de Radio-Canada, dans le cadre de l’émission «Nicholson», les dimanches dès 18h.
• Réseaux (www.reseauxconcerts.com) est membre du Conseil québécois de la musique (www.cqm.qc.ca), du Groupe Le Vivier (www.levivier.ca) et est partenaire de LA LISTE (www.laliste.qc.ca).