Plein la vue: critiques

Plein la vue (1): pari réussi

par Dominique Olivier
in Voir #13:45 (Québec), 11 novembre 1999

En plus de ses Rien à voir consacrés à la musique acousmatique concerts pour orchestre de haut-parleurs sans sollicitation visuelle, la société Réseaux s’est lancée cette saison dans une nouvelle aventure, celle de la musique mixte. Les trois fondateurs de l’organisme, Jean-François Denis, Robert Normandeau et Gilles Gobeil, nous en mettaient cette fois-ci Plein la vue. L’événement, qui portait bien son titre, était présenté les 4, 5 et 6 novembre au Théâtre La Chapelle et mettait en scène des interprètes qui associaient leur talent à celui des électroacousticiens Gilles Gobeil, Robert Normandeau et Luc Ferrari ce dernier étant l’un des pionniers du genre. Jacques Drouin, pianiste, Julien Grégoire, percussionniste et René Lussier, guitariste et «daxophoniste», ont su, avec brio, intégrer l’urgence de l’interprétation à des oeuvres électroacoustiques pensées pour les accueillir.

En premier lieu, on a pu entendre une pièce de Normandeau intitulée Figures de rhétorique, pour bande multipiste et piano, déjà exécutée par Jacques Drouin à l’occasion de la Semaine de musique québécoise pour le piano en 1998 et parue tout récemment sur disque, chez empreintes DIGITALes sous le titre Figures, le dernier disque de Robert Normandeau contient également Le Renard et la Rose, Venture et Ellipse. Dans Figures de rhétorique, la partie instrumentale est tributaire de la bande. C’est cette dernière qui injecte sa substance à l’oeuvre, qui l’initie, qui la domine. D’ailleurs, la pièce a d’abord été composée comme une oeuvre acousmatique, intégrant le piano en dernier lieu. Son interprète et commanditaire, Jacques Drouin, y a cependant donné sa propre couleur, certains passages pianistiques lui étant attribuables. Notre habitude longuement cultivée de donner primauté à l’interprète fait que Figures de rhétorique nous laisse perplexes sur le rapport établi entre la bande et l’instrument, malgré une réussite sonore et structurelle indéniable.

Dans Cellule 75 Force du rythme et cadence forcée de Luc Ferrari, pour percussion, piano et bande, au contraire, les interprètes dominent le matériau sonore avec énergie. Ici, point de perplexité. Ferrari nous livre un propos clair, pas toujours concis, mais foncièrement efficace. «Les éléments musicaux de cette pièce représentent l’aliénation des rythmes naturels et sociaux à travers le conflit entre la force instinctive du rythme et l’utilisation de la technologie», écrivait le compositeur. Pièce à teneur politique, pur produit des années soixante-dix, Cellule 75 réussit là où Di Materie de Louis Andriessen a échoué. En transcendant un matériau de départ issu de la musique populaire, en adoptant une attitude différente de celle de ses contemporains par rapport au texte musical, en associant la pulsion «naturelle» du rythme à la bande, incarnation de la technologie et de la fixité du produit musical, Ferrari a réussi une uvre possédant un pouvoir intense de communication. Jacques Drouin et Julien Grégoire y ont été admirables.

Pour terminer ce premier Plein la vue, René Lussier venait sur scène afin d’«interpréter» une création conjointe élaborée par lui-même et l’électroacousticien Gilles Gobeil: Le Contrat. Dans le programme, un texte plein d’humour nous fait découvrir deux créateurs surpris par la course du temps, et qui n’ont pas terminé leur oeuvre. Du coup, la création planifiée devenait un work in progress. Difficile, donc, de se prononcer définitivement sur ce travail de très longue haleine Le Contrat fait déjà plus de quarante minutes et atteindra l’heure qui devrait aboutir d’ici la fin de l’année 2000. Foisonnement d’imagination, trouvailles humoristiques, complicité évidente des deux musiciens: ce premier Contrat est réjouissant, divertissant, troublant par instants. On le sent par ailleurs très «griffé», portant la marque de Lussier autant que celle de Gobeil. Avis donc aux amateurs du style de ces deux musiciens à l’imaginaire débridé. À suivre.

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Plein la vue

par François Tousignant
in Le Devoir (Québec), 6 novembre 1999

Beaucoup de monde, beaucoup de jeunes pour ce premier concert, et un public qui en a vu de toutes les couleurs surtout. Si les trois œuvres au programme sont d’esthétiques ouvertement diverses, elles participent toutes de cette tendance à la narrativité de la trame sonore; poétique chez Normandeau, politique chez Ferrari et théâtrale chez Gobeil/Lussier.

Dans Figures de rhétorique, le pianiste a semblé un peu nerveux, voire par moments incommodé par la sonorisation. D’où les petites imprécisions de coordination qui sont presque inévitables dans le genre de la musique mixte. L’usage de la note tenue (ou répétée) avec une ornementation inspirée du raga reste à la fois délicat (les dentelles à l’aigu) ou grossier (en grosses octaves assez vides dans le grave). Cette alternance entre deux états de climat n’est pourtant pas utilisée assez dramatiquement: aussi intéressantes qu’elles soient, ces Figures portent bien leur nom: rhétoriques.

Un langage intelligent

Le langage du compositeur y est néanmoins toujours intelligent et son univers sonore d’une singulière séduction. Si la bande est finement réalisée et la partition bien pensée, on sent une certaine gêne avec le solfège instrumental et ses impératifs. Alors, ce qui fait geste sensé dans le médium enregistré parait plus naïf au clavier, presque gauche dans certaines sections. Normandeau n’a pas encore réussi à intégrer instrumentalement sa notion acousmatique du timbre.

C’est exactement l’inverse pour la Cellule 75 de Ferrari. Ecrite il y a près de 25 ans — une réponse française fulgurante aux avancées du minimalisme new-yorkais et californien—, la pièce n’a pas pris une ride. Sur «fond sonore», le piano et les percussions vont gonflant le rythme et la complexité harmonique en courtes cellules, comme chez le Steve Reich de Drumming.

La bande passe de bruits d’enfants et de forêts, de clavecin, de machines (?), gonfle doucement sans être réellement importante en soit. Elle sert de toile de fond au splendide jeu de Drouin et de Grégoire qui hypnotisent pendant une grosse demi-heure. On embarque dans un voyage dont toutes les influences musicales sont intégrées par un souffle musical qui n’est expressif qu’en rétrospective: si une nouvelle «cellule» est lancée, elle n’est «intéressante» que par son effet sur ce qui a précèdé — un résultat tout à l’opposé de la musique d’Adams, par exemple.

Quand je disais politique comme narrativité, c’est que le dialogue des musiques d’origines diverses semble bien vouloir se faire démonstratif de quelque chose. Quoi, au juste? Cela, seule la pièce le dit et le fait vivre. Sans passion, mais aussi fasciné que par les évolutions en arabesques d’une fumée de cigare, on est littéralement pris par cette «partition» imposante qu’on se désole à avoir mis tant de temps à découvrir.

Ensuite, c’est au tour du tandem Gobeil/Lussier. Il nous présente une interprétation musicale du début du premier Faust de Goethe. La forme de cette composition/improvisation commence par séduire tant elle se calque sur celle de la pièce. Le prologue du directeur de théâtre est rendu par un jeu de théâtre alors que chacun trinque puis prend sa place; le dialogue (ou premier «contrat») entre Dieu et Méphisto est là, puis suivent les diverses scènes, assez bien démarquées, l’ennui de Faust, sa tentative de suicide, le matin de Pâques, la scène aux champs (la Hongrie est, remplacée par un folklore de type irlandais), le désir de savoir, la scène du pentagramme et le pacte (deuxième contrat) entre Faust et Méphisto, la scène de la Taverne d’Auerbach et la première vision de Marguerite, là où s’arrête ce début de work in progress.

Illustration trop anecdotique

L’oreille suit aisément cela; c’est ici que l’intelligence se questionne sur cette illustration qui devient vite trop anecdotique. Probablement parce qu il y a quelques abus d’effets: les râles de la Bête (le diable) sur bande ou au daxophone, les mélodies très raga (encore) à la guitare, les grattages séduisants mais trop lâchement exploités… tout fait qu’on tombe dans le joli.

La musique se contente de la patine, ce que Goethe lui-même critique au début de son œuvre. L’entreprise est riche, soit, voire porteuse de devenir. Il faut simplement qu’elle se resserre et évite la complaisance. Sinon, malgré des qualités sonores évidentes et parfois stimulantes, le temps se fait long.

169000 | haut

Jacques Drouin, pianiste, au Théâtre La Chapelle


in La Presse (Québec), 4 novembre 1999

Plein la vue (1). Réseaux présente Plein la Vue (1), concert de musique électroacoustique mixte en direct avec des intruments traditionnels, avec René Lussier, Gilles Gobeil, Jacques Drouin, Robert Normandeau, Julien Grégoire et Luc Ferrari, les jeudis 4 vendredi 5 et samedi 6 novembre à 20 h, au Théâtre La Chapelle (3700, rue Saint-Dominique, Montréal). Au programme: Le contrat, Figures de rhétorique et Cellule 74. Entrée: 14$, 6$. Rens.: 514 843-7738.

168000 | haut

Le plaisir de jouer Faust

par Julie Bouchard
in Le Devoir (Québec), 4 novembre 1999

Comme il est facile d’employer un langage compliqué lorsqu’on parle d’art. Et comme la tentation semble grande d’utiliser des termes un peu pompeux. «Première mondiale d’une grande fresque musicale de Gilles Gobeil et de René Lussier», annonce le carton promotionnel. Voilà une expression qui en fera bâiller quelques-uns. L’expression «grande fresque» n’est pas venue d’eux, s’accordent pour dire Gilles Gobeil et René Lussier. «On aurait aussi pu appeler ça une toune», ironise Lussier. Voilà qui détend et donne envie d’en savoir plus.

Un autre créneau

Quelques mots d’abord sur Plein la vue, un événement organisé et présenté par la société de concerts Réseaux. Depuis quelques années, Réseaux présente des concerts de musique électroacoustique sur bande, il n’y a alors «rien à voir» sur scène puisque la musique est diffusée par haut-parleurs. Avec Plein la vue Réseaux explore un autre créneau, celui de la musique mixte, combinée: musique sur bande et musique live. Au contraire de la première série, il y a donc des choses à voir. Ou, du moins, des musiciens, puisqu’ils sont sur scène. Et c’est dans ce cadre que René Lussier et Gilles Gobeil présentent en première mondiale il est vrai, mais aussi avec bonheur, un extrait d’une œuvre encore inachevée: Le Contrat.

Il y a 25 ans, René Lussier et Gilles Gobeil se rencontraient et collaboraient pour une première fois sur le plan musical. Depuis, ils ne se sont jamais perdus de vue. En apparence, ils sont très différents l’un de l’autre; René Lussier parle abondamment, généreusement, pendant que Gilles Gobeil écoute sans rater quoi que ce soit, ajoute ce qui lui semble essentiel, développe une idée. Le premier a une voix forte alors qu’il faut être attentif pour ne rien perdre des propos du second.

Des différences visibles également dans leurs méthodes de travail, soulignées par Gilles Gobeil: «Déjà, il y a 25 ans, René était déjà dans l’action, dans l’improvisation. Il prenait sa guitare et jouait. Alors que moi, j’étais et suis encore plutôt du type songeur. Je prends des notes, réfléchis. Et aujourd’hui c’est encore comme ça.» Deux modes de création différents, donc, et lorsqu’ils travaillent ensemble, une dynamique à deux temps s’installe. «Mais tous deux, nous mettons le même soin à ce qu’on fait. Et sur les choix esthétiques, sur les orientations, lesf açons de faire nous nous mettons très vite d’accord. C’est ce qui nous rattache.» Depuis 1996, à l’invitation de Jean-François Denis, de l’étiquette Empreinte DIGITALes, Lussier et Gobeil travaillent à l’élaboration d’un projet ambitieux: «Composer une pièce inspirée du Faust de Goethe et la construire en observant la structure même du poème», écrivait Lussier dans un texte de présentation. Une pièce qui aura pour titre Le Contrat. Un projet qu’ils estiment pouvoir terminer dans les premiers mois de l’an 2000. Sinon, ça sera plus tard. «On y va à notre rythme — et ça avance assez bien, mais l’important, pour le moment, c’est d’être satisfait à chaque seconde. On y met beaucoup de temps, de soin», souligne René Lussier qui avait remporté en 1989 le prix Paul Gibson de la Communauté des radios publiques de langue française pour Le Trésor de la langue, une œuvre qui surprend et réjouit tout à la fois.

Tout un contrat

Gobeil et Lussier ont construit — ou construisent puisque Le Contrat n’est pas achevée — en partie sur des matériaux trouvés en chemin. «De nombreux Faust ont été fabriqués soit par des compositeurs célèbres, soit par des écrivains. Nous avons récupéré, à travers l’histoire, les interprétations qui en ont été faites. On est allés chercher, de façon minimale, de petits fragments et quelques extraits de textes. Mais presque rien de Goethe, qui apporte cependant la structure de l’œuvre», précise Gilles Gobeil.

Le Contrat de Lussier et Gobeil se donne un défi de taille: marier un instrument live à une bande. Gilles Gobeil, électroacousticien qui a recu trop de prix pour en faire l’énumération, assurera la diffusion de la bande en salle, pendant que René Lussier, sur scène avec guitare acoustique et daxophone (instrument inventé par un Allemand à la fin des années 80), incarne des fragments de l’histoire ou des états d’âme des personnages. Différence de taille: habituellement, dans un concert de musique électroacoustique, la bande est immuable. Fixe. «Ici, Gilles manipule la bande. C’est quelque chose d’essentiel: ça bouge, ça respire», confirme Lussier.

Mais pourquoi, puisque tant d’interprétations en ont déjà été faites, recréer aujourd’hui un Faust? «Le sujet est de toutes les époques.» De tout temps, les gens ont été tentés de mettre de côté les priorités pour suivre des rêves de gloire, pour accéder à la célébrité, ajoute Lussier. Mais quelles sont donc ces priorités? «C’est suivre ta voie. Au delà de tout. Suivre ton instinct. C’est aussi prendre plaisir à ce qu’on fait. Se donner la satisfaction de bien faire les choses. Et se laisser complètement porter par un projet.»

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Novembre fin de siècle pour la musique électroacoustique

par Alain Brunet
in La Presse (Québec), 4 novembre 1999

Novembre s’annonce électro. Élektra, pour être un plus précis… et faire référence au programme qui démarre ce soir à l’Usine C. Au Théâtre La Chapelle, à compter d’aujourd’hui également, d’autres protagonistes de l’électro comptent nous en mettre plein… la vue, pour reprendre le titre de l’événement. Les oreilles ne seront pas en reste, vous vous en doutez bien.

«J’ai choisi de nommer l’événement Elektra pour faire un contraste féminin au diminutif masculin de la musique électroacoutsique —électro» indique l’initiateur de l’événement.

Compositeur aguerri et ardent promoteur du genre qu’il pratique, Alain Thibault se distancie du milieu académique dont il est issu. En optant pour l’Usine C, le directeur artistique et leader de l’Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec (ACREQ) s’applique à rajeunir les groupes de mélomanes.

«Puisque la musique contemporaine la plus largement subventionnée correspond aux valeurs de créateurs âgés de 45 ans et plus, explique Thibault, il faut faire l’effort de s’adresser à des générations plus jeunes en leur proposant des oeuvres qui mèlent la culture de masse aux avant-gardes pointues. On préfère ainsi se rapprocher de la culture techno et du multimédia.»

La programmation de l’événement Élektra est conçue autour de l’idée des tensions pré-millénaires qui excitent l’imagination par les temps qui courent. Échelonnées sur deux week-ends consécutifs, les oeuvres sélectionnées font référence à ces tensions soit par leur contenu ou par le côté «fin de siècle» de leur esthétique.

Ce soir à l’Usine C, le performer Istvan Kantor alias Monty Cantsin est de retour parmi nous. Sa dernière trouvaille: la création de classeurs robotisés, qu’il met en relation avec des échantillonneurs numériques et des écrans vidéo. Il appelle ça Executive Machinery

Ce bon vieux Pierre Henry sera le plat de résistance au menu de la soirée de demain: pour Henry, le Français Nicolas Vérin présentera les versions actualisées de deux de ses oeuvres: l’Apocalypse de Jean et la fameuse Messe pour un temps présent, qui a largement débordé les publics d’avant-garde au court des décennies qui ont suivi sa création. Demain toujours, la compositrice Monique Jean et l’artiste multimédia Alain Pelletier présenleront 13’13", dont les images seront projetées sur cinq écrans. Samedi, Élektra accueillera à l’Usine C une cohorte de jeunes compositeurs frais sortis des écoles: les Québécois Christian Bouchard, Mathieu Marcoux, Nicolas Boricky, Julien Roy et Louis Dufort partageront le programme de la soirce Hautes Tensions 2000 avec le Britannique Gabriel Prokofiev et le Français Nicolas Vérin.

Vendredi et samedi prochain, le fameux tandem autrichien Granular Synthesis s’amène avec POL, un des ensembles les plus impressionnants du multimédia, selon Thibault.

Plein la vue

Au Théâtre La Chapelle, par ailleurs, Réseaux organise Plein la vue, pour faire opposition aux événements Rien à voir, présentés deux fois l’an — le prochain aura lieu en décembre au Complexe Ex-Centris. Ce soir, demain et samedi, donc, le Théâtre La Chapelle accueillera les protagonistes d’oeuvres mixtes, c’est-à-dire exécutées en chair et en os par un ou des musiciens… accompagnés de bandes de musiques composées par des électroacousticiens.

«Mixte pour le visible», résume Jean-François Denis, porte-parole de l’organisme Réseaux, très fier de cette petite série qui comprend une création et deux programmes «de grande qualité». Le concert de ce soir met en scène René Lussier, compositeur et guitariste, ainsi que le compositeur électroactoustique Gilles Gobeil. Ils exécuteront le Contrat, une oeuvre qu’ils réalisent en semble et qui s’inspire de Faust. «Une collaboration fantastique», souligne Jean-François Denis.

Demain, Jacques Drouin, pianiste attitré du Nouvel Ensemble Moderne, jouera Figures de rhétorique pour bande et piano, du compositeur Robert Normandeau, premier prix du concours de Musica Nova à Prague l’an dernier. En demier lieu, le percussionniste Julien Grégoire, (également associé au NEM), se joindra à Jacques Drouin pour l’interprétation de Cellule 74, pour piano, bande et percussions du compositeur français Luc Ferrari. Le septuagénaire fait partie de cette première génération de compositeurs électroacoustiques, un genre âgé d’à peine un demi-siècle.

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Agenda

par Clément Trudel
in Le Devoir (Québec), 1 novembre 1999

Jeudi, vendredi et samedi, à 20h, au Théâtre La Chapelle (3700 Saint-Dominique) série Plein la vue avec Jacques Drouin (piano), Julien Grégoire (percussion) et René Lussier (guitare acoustique, saxophone). Au programme: Figures de rhétorique, de Robert Normandeau, pour piano et bande; Le Contrat, de Gilles Gobeil (guitare, daxophone, bande) et Cellule 74, de Luc Ferrari.

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Agenda


in Le Devoir (Québec), 1 novembre 1999

Jeudi, vendredi et samedi, à 20h, au Théâtre La Chapelle (3700 Saint-Dominique) série Plein la vue avec Jacques Drouin (piano), Julien Grégoire (percussion) et René Lussier (guitare acoustique, saxophone). Au programme: Figures de rhétonque, de Robert Normandeau, pour piano et bande; Le Contrat, de Gilles Gobeil (guitare, daxophone, bande) et Cellule 74, de Luc Ferrari.

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S'asseoir pour mieux «voir» le son

par Alain Bénard
in Journal de Montréal (Québec), 30 octobre 1999

Après les événements à succès Rien à voir, Réseaux revient cette fois avec un concert d’électro mixte, Plein la vue (1), présenté trois soirs au Théâtre La Chapelle et mettant en vedette le guitariste René Lussier, le pianiste Jacques Drouin et le percussionniste Julien Grégoire.

Sur des œuvres des compositeurs québécois Gilles Gobeil, Robert Normandeau et Lussier lui-même, les interprètes permettront la réalisation d’une performance dans laquelle l’intégration d’instruments traditionnels se greffera à une bande diffusée par 20 haut-parleurs.

Cette rencontre verra ainsi la création d’une œuvre conjointe conçue par Lussier et Gobeil, intitulée Le Contrat. D’une durée de soixante minutes, cette nouvelle pièce qui poursuit aussi la collaboration entre ces deux compositeurs, requiert une guitare et un daxophone, un instrument fait de bois inventé par Hans Reichel, instruments tous deux joués par l’auteur du Trésor de la langue. De son côté, l’impressionnant pianiste Jacques Drouin y interprétera Figures de rhétorique de Robert Normandeau, œuvre qui valait à son compositeur le Premier Prix au Musica Nova de Prague, en mai dernier. Cette composition se retrouve également sur le dernier disque de Normandeau, Figures, paraissant simultanément chez le très bel éditeur discographique empreintes DIGITALes. Ce disque sera lancé en même temps que le beau Voyage d’hiver de Daniel Leduc lors de cet événement.

Hommage à Ferrari

Plein la vue rendra aussi un hommage à l’un de ses pionniers de la première heure de l’électro, le compositeur français Luc Ferrari. Soulignant le 70e anniversaire de celui qui fut l’un des premiers à diversifier et élargir le propos de son médium, la société de concerts donnera pour l’occasion Cellule 75> pour percussions, piano et bande, en première montréalaise.

Cet anniversaire permet ici de rappeler que depuis leur apparition au GRM (Groupe Recherche Musicale), à Paris, les musiques concrète et électroacoustique ont radicalement dépoussiéré la salle de concert traditionnelle. Évacuant ainsi du coup les instruments acoustiques en faisant plutôt place à une panoplie de haut-parleurs diffusant une bande sonore, l’interprétation de ce qui avait été concu fiévreusement dans un studio était contrôlée, généralement, par le compositeur lui-même depuis une console installée au centre du public. Cette pratique face à un orchestre de haut-parleurs constitue encore, de nos jours, l’une des méthodes les plus prisées. Le retour des instruments et des mixages en direct avec instruments a cependant tôt fait d’élargir les horizons de cette musique, qu’on qualifie par ailleurs d’acousmatique.

Aujourd’hui, cette aventure sonore a trouvé de nouveaux emplois, se mettant ainsi au service d’autres supports artistique en dépassant le stade expérimental d’origine. On entend maintenant la musique électroacoustique au cinéma, au théâtre, dans les musées, etc. C’est dans cette veine que Robert Normandeau signera également la musique de l’Electre de Sophocle, qui sera mise en scène par Brigitte Haentjens à l’Espace Go en avril prochain.

162000 | haut

Haute tension

par Dominique Olivier
in Voir (Québec), 28 octobre 1999

Plein la vue est un événement qui s’adresse aux yeux mais aussi aux oreilles: la rencontre sur scène entre interprètes et musique enregistrée, dite aussi «musique mixte». Le pianiste Jacques Drouin est de la fête, et nous explique pourquoi ce genre musical le fait planer.

La musique acousmatique, grâce à la société de concerts Réseaux, se fait de plus en plus entendre à Montréal ces dernières années. Sous le titre de Rien à voir, l’organisme produit régulièrement des séries de concerts pour orchestre de haut-parleurs. Cette fois-ci, Réseaux nous en met Plein la vue avec un événement de musique mixte, présenté au Théâtre La Chapelle. La musique mixte, c’est une rencontre entre interprètes et musiques pré-enregistrées sur bande. Jacques Drouin — pianiste du Nouvel Ensemble Moderne et organisateur de l’événement Refus global, présenté le printemps dernier -, qui participe à Plein la vue, a consacré ses études de doctorat à ce répertoire très spécial, à l’éventail sonore illimité. «J’ai pataugé dans cet univers-là pendant quatre ans, en faisant exclusivement de la musique mixte», rapporte Drouin, dont l’engouement s’explique par un premier contact avec l’électroacoustique. «Au départ, j’avoue avoir été ébloui par un concert de l’ACREQ (Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec). J’ai été saisi par la beauté inouïe du son mais aussi par ses infinies possibilités, par l’insondable de la matière sonore. J’y voyais l’occasion de sortir des contraintes de la facture instrumentale.»

Éloge de la différence

Comment, toutefois, concilier une expérience de pianiste avec la découverte de cet univers si vaste? «En apprenant qu’il y avait des compositeurs qui avaient écrit pour réunir les deux aspects, je ne me suis plus posé de questions. J’ai tout de suite commencé à chercher des pièces et à voir ce qui pouvait être fait.» La réserve que l’on oppose toujours à ce type de rencontre instrument-machine est celle du manque de liberté. La bande étant une composition sonore figée, l’artiste n’est-il pas tenu de donner toujours la même interprétation d’une oeuvre mixte? «En musique instrumentale non plus, on n’a pas le choix, on ne peut pas commencer à déplacer le temps. D’autre part, il y a des pièces qui permettent beaucoup plus de latitude que d’autres. Je crois avoir trouvé des réponses à une certaine forme de scepticisme qui frappe la musique mixte», confie Jacques Drouin. En effet, si on pense, par exemple, à une des pièces les plus magistrales composées ces dernières années au Québec, Chute/Parachute de Michel Gonneville — que Jacques Drouin jouait l’hiver dernier à Paris dans le cadre du festival Présences de Radio-France -, on se rend compte que la pièce a connu autant d’interprétations différentes que d’interprètes.

Le musicien qui joue avec une bande peut aussi rechercher une plus grande variété de timbres à partir de son propre instrument. L’infini des possibilités offertes aux compositeurs de musique électroacoustique est un puissant stimulant pour le musicien, même s’il peut s’y perdre au début. «L’océan est immense, témoigne Drouin. Il faut faire des catégories, constater les ressemblances, les différences. Après un certain temps et beaucoup de pièces, on se rend compte qu’il y a de la définition dans cette infinité. On fait des rapprochements, on perçoit différentes esthétiques. Par exemple, certains créateurs travaillent avec des sons instrumentaux; d’autres, pas du tout. On finit par apprivoiser tout ça. Pour moi, c’était une belle occasion de sortir des sentiers battus.»

Doubles messieurs

Plein la vue explore de différentes façons les sentiers de la musique mixte. D’une part, le compositeur Robert Normandeau, membre de Réseaux, songeait à organiser une nouvelle série de concerts électro avec des instrumentistes. D’autre part, le compositeur Gilles Gobeil et le guitariste René Lussier travaillaient conjointement à une création pour guitare, daxophone et bande, d’une durée de soixante minutes, Le Contrat, les deux musiciens ayant déjà créé ensemble une courte pièce intitulée Associations libres, en 1990. On a donc cherché à compléter l’événement, ce qui convenait à merveille à Jacques Drouin et au percussionniste Julien Grégoire, qui avaient projet, pour leur part, de monter une pièce du compositeur français Luc Ferrari, Cellule 75. L’oeuvre, écrite par un des pionniers de la musique électroacoustique, sera donnée en première montréalaise. Drouin interprétera également, en «solo» avec bande, une oeuvre de Robert Normandeau, Figures de rhétorique, qui lui est dédiée. La pièce a valu à son auteur de recevoir le Premier prix au concours international Musica Nova, à Prague, à l’automne 1998.

Plein la vue, avec les musiciens René Lussier à la guitare acoustique et au daxophone, Jacques Drouin au piano et Julien Grégoire aux percussions, ainsi qu’un orchestre 20 haut-parleurs, sera présenté au Théâtre La Chapelle les 4, 5 et 6 novembre, à 20 h. Mentionnons également qu’à cette occasion, l’étiquette empreintes DIGITALes lancera ses 44e et 45e disques — Figures, le troisième disque de Robert Normandeau et Le Voyage d’hiver, premier disque de Daniel Leduc — le 5 novembre, en présence des compositeurs qui diffuseront des extraits de leurs disques en salle.

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Plein la vue

par Patrick Baillargeon
in Ici Montréal (Québec), 28 octobre 1999

Après avoir présenté la série d’événements (très courus) de musique acousmatique Rien à voir, le collectif Réseaux amorce le premier volet de Plein la vue. Nous pourrons en effet voir à l’oeuvre des musiciens en chair et en os dialoguer par voie de mixage avec des bandes supportant des musiques électroacoustiques. Les invités sont de grande classe: René Lussier présentera la pièce «Le contrat» pour guitare, daxophone et bande co-écrite avec Gilles Gobeil. Jacques Drouin jouera ensuite la pièce de Robert Normandeau pour bande et piano, «Figures de rhétorique». Enfin, Jacques Drouin et Julien Grégoire interpréteront le classique «Cellule 74» de Luc Ferrari, pour piano, percussions et bande. Luc Ferrari fut membre de la première équipe du Groupe de Recherche Musical fondé par Schaeffer à la fin des annces 50.Il figure en bonne place au palmarès des sources souvent citées par de nombreux musiciens techno.

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