Montréal / Nouvelles musiques: critiques

Le parcours du compositeur Yves Daoust

par Bernard Lamarche
in Le Devoir (Québec), 28 février 2003

Le Musée d’art contemporain de Montréal accueille dimanche le compositeur Yves Daoust, lors de la journée inaugurale du nouveau festival Montréal/Nouvelles musiques. Le concert, Petite musique sentimentale, propose un parcours de la musique de l’électroacousticien entre 1984 et 2003. Deux réalités s’y rencontrent, celle des bruits ambiants, captés et remaniés sur bande, et celle des instrumentistes, en chair et en os.

Sur son disque Bruits, paru en 2001 sur l’étiquette empreintes DIGITALes, l’électroacousticien se réclame des influences de Cage, Xenakis, de Stockhausen, de Beethoven et Schumann, mais aussi de René Magritte. Un peintre au pays des compositeurs?

«Ce que j’aime chez lui, c’est l’usage du réel, mais transformé, qui devient surréel. Dans ses tableaux, une tour peut devenir une rue, une fenêtre est brisée, mais les morceaux de vitre, en tombant, entraînent le paysage.» Le lien entre le travail de Magritte et de Daoust vient de ce que les deux se nourrissent du réel. La musique de Daoust foisonne de sons tirés de la réalité: «mais je ne les utilise pas comme une carte postale, il ne s’agit pas de faire de la description sonore. Je les transporte dans un autre univers, pour leur faire signifier autre chose. Mais en même temps, il faut rappeler que c’est de l’illusion».

La musique de Daoust est en bonne partie portée par ces sons dits anecdotiques. Le programme de ce dimanche revient à une série Petite musique sentimentale, entamée en 1984. Majoritairement des pièces mixtes pour bandes et instrumentistes, la série de pièces retenues pour ce jour «joue sur l’artifice, la rhétorique. Elles sont théâtrales.» Par exemple, une flûtiste, sur scène, «des phrases issues de son répertoire, mais qu’on ne reconnaîtra pas trop, dont on reconnaîtra toutefois les couleurs, les affects.» Les sons fixés sur bande donneront un décors à ces prestations.

La plupart des pièces de cette série ont été commandées par des instrumentistes que Daoust connaissait et chez qui il a pu aller chercher des particularités dans leur jeu. Une de ces pièces, Impromptu (1995), inspirée de Chopin, fait passer Lorraine Vaillancourt du piano au clavier électronique. «Pour la musique de studio, je travaille de l’exploration de l’univers qui m’entoure, au sens large»: des oiseaux peuvent être entendus dans ces compositions, mais aussi des sirènes, ou des extraits documentaires, comme pour Ouverture, de 1989, avec ses références politiques nettes. «Si j’écris pour instruments, mes unités signifiantes seront le répertoire de l’instrumentiste, dont je me sers pour aller chercher des affects.»

Le professeur du Conservatoire de musique de Montréal concède que l’écriture de ces pièces reste «assez rude, brute», sans la recherche de structures ou de syntaxes usuelles. Par exemple, Solo, une des pièces composées pour cette série — une pièce pour cor seul, une rareté —, présente une partition où se succèdent des notes comme «énergique», «retenu», «agité», «élégant», «lyrique», «confortable», «lourd», «grandiloquent», etc.: «l’instrumentiste qui ne respecterait pas ça passe complètement à côté. La musique serait d’une platitude totale». Le corniste Louis-Philippe Marsolais, de l’Orchestre symphonique de Québec, saura à quoi s’en tenir, sur scène, dimanche: «Je le sors de l’orchestre, c’est comme s’il était nu, sur scène. Je lui fais jouer des choses dans un contexte complètement déchiré, complètement brisé». Différents climats sont à prévoir.

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