Rien à voir (4): press

Espèces d'espaces

by Bernard Lamarche
in Le Devoir (Québec), October 31, 1998

Parlons musique actuelle, si vous le permettez. Saviez-vous que le cinquantenaire du manifeste Refus global est concurrencé par celui de la musique concrète (1948~1998)? Pour l’occasion, le collectif Réseaux tient, depuis mercredi et jusqu’à demain soir, la quatrième édition de sa serie de concerts de musique pour bande et console acoustique, intitulée à juste titre Rien à voir. Aucun orchestre, interprète ou performeur (hormis le compositeur derrière sa console) n’entre en jeu dans ce qui devient un théâtre de spatialités sonores (incidemment, quelques artistes en arts visuels exploitent ces possibilités captivantes). La musique acousmatique est diffusée sur un ensemble d’une vingtaine de haut-parleurs disposés dans la salle, dans le noir. Les organisateurs empruntent au cinéma son langage dans ce qu’ils présentent comme un «cinéma pour l’oreille».

Non pas que nous ayons beaucoup à dire dans ce dornaine, du moins du point de vue esthétique, amateur que nous sommes. Laissons cela à nos confrères critiques musicaux mieux nantis que nous en cette affaire. Sauf pour un amour non déclaré à ce jour pour le compositeur américain Charles Ives (1874-1954), à peine contemporain de la musique dont nous vous parlons actuellement, très peu de références peuvent venir à notre rescousse en ce territoire étranger. Pour ce qui est du visuel, par contre, nous savons deux ou trois choses.

Parlons de la soirée de mercredi dernier, en attendant les concerts de ce soir et de demain cependant, avec la venue du légendaire François Bayle, de France. C’est que, voyez-vous, il appert que derrière le «rien à voir» qu’annonce la série de concerts se cache, paradoxalement, une dimension visuelle appréciable. L’atrophie attendue du visuel s’est certes soldée par une remarquable économie de signes visuels, mais ces derniers subsistaient tout de même.

Sons et objets

Le programme de mercredi, du moins pour le concert de 19h (Jean-François Denis, Gilles Gobeil, Robert Normandeau et invités), était bâti de projections sonores où l’objet acoustique entretenait de fortes relations avec des référents presque tangibles, clairement revendiqués. À cette dimension référentielle s’ajoutaient, certains l’auront peut-être rernarqué, les soubresauts des voyants lumineux de la console de son, qui venaient appuyer les mouvements sonores. D’accord, nous trichons un peu. Plus éloquente pour notre propos était la disposition des haut-parleurs. Certains sont peu visibles, au-dessus des estrades ou au-dessous, derrière les rideaux de l’arrière scène. Les boites de son visibles étaient quant à elles dispersées selon une symétrie soulignant le travail sur Ia polyphonie et le déploiement du son dans l’espace, principal thème de la série. Une petite asymétrie persistait toujours: deux paires de haut-parleurs n’étaient pas disposées selon l’axe central de la scène. Là encore, toutefois, une petite correction était opérée: La hauteur respective de ces deux paires contrebalançait de facto la dérogation à la symétrie.

Convenez avec nous que cette disposition étudiée (appelée à se modifier selon les concerts) organise et spatialise visuellement la syncope des silences et les arythmies des compositions. Les musicologues emploient souvent le vocabulaire utilisé par les historiens de l’art — facture, couleur, texture, composition, perspective, etc. La disposition des boites de son en quatre plans successifs (perspective) et l’asymétrie savamment étudiée de la mise en scène faisait que le «rien à voir» reprenait à la peinture et au théâtre leur rhétorique de mise en scène.

Ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Derrière la scène presque totalement dans l’obscurité avait été disposés deux projecteurs d’éclairage qui venaient lézarder la nocturne de leur faisceau en croisée. En contre-jour les haut-parleurs se métamorphosaient en monolithes solennels. Cet aspect de la mise en scène généralement peu affirmée dotait les effets sonores d’une dramaturgie apte à donner corps et à augmenter les sensations d’espace procurées par l’exploration des compositeurs.

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Terra incognita

by Michael D. Hogan
in Ici Montréal (Québec), October 29, 1998

On croit, par habitude, que la musique électroacoustique est le seul fait de la France qui l’a vue naître. La raison en est principalement que, dès le départ, les compositeurs qui l’ont créée se trouvaient sur le terreau fertile de la radio, et donc de la diffusion. Pourtant, à la même époque, en Allemagne, la musique électronique émergeait. L’Amérique, quant à elle, expérimentait aussi — de façon peut-être plus accessoire — les nouvelles technologies. Cette année marque le 50e anniversaire de la naissance de la musique concrète. L’événement Rien à voir, tout à entendre, qui le commémore, nous donne l’occasion de visiter différentes contrées d’un idiome mal connu. Robert Normandeau, coorganisateur de la série et lui-même compositeur, nous a fait part de deux coups de cœur. Bien entendu, il ne pouvait pas passer sous silence la présence de François Bayle, l’un des animateurs principaux du Groupe de recherche musicale qui a fondé ce genre.

«Bayle se démarque par sa rigueur, par des oeuvres qui toujours répondent à une volonté de résoudre une problématique qui se présente à l’art contemporain. Ses pièces sont très diverses: miniatures ou grandes fresques, selon le problème qu’elles posent. Il est aussi un maître de la spatialisation. On peut comparer sa manière de projeter sa musique à celle d’un orchestre, en ceci qu’il dispose les haut-parleurs sur la scène selon les timbres et les registres: comme des sections d’orchestre (violons, cuivres, etc.).» On retrouve aussi chez lui des musiques très abstraites qui se conjuguent à des sons parfaitement reconnaissables, parfois même de la voix humaine. En cela, il se rattache, avec Bernard Parmegiani, aux origines autodidactes, hétéroclites et disparates de la musique concrète. Cette fraicheur existe également dans la musique de Normandeau. Dans celle d’autres Québécois aussi. Qu’en est-il des autres pays? «Il y a actuellement au Royaume-Uni un extraordinaire bouillonnement qui est presque embarrassant pour les autres pays. On retrouve chez ces compositeurs une articulation et une densité d’information phénoménales. En Suède également. Erik Mikael Karlsson possède une palette sonore incroyable et exempte de censure qui le rapproche des compositeurs québécois. Beaucoup d’entre nous provenons de la musique rock, et ça parait dans nos œuvres parce qu’elles sont très articulées et très «punchées.» D’ailleurs, les jeunes qui s’intéressent au techno nous suivent de près. Ils retournent à un langage proche de ce que nous faisions il y a 20 ans. Mais la facture sonore de Karlsson est prodigieuse. Ça va étre une découverte.»

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Rien à voir

by Bernard Lamarche
in Le Devoir (Québec), October 29, 1998

Cette année, on célèbre le cinquantenaire de Refus global. Et aussi celui de la musique concrète. Rien à voir avec les arts visuels? Nenni. Le Théâtre La Chapelle présente la quatrième édition du festival de musique Rien à voir, où précisément, il s’agit de ne rien voir, puisque aucun performeur ne sera sur scène (de toute manière, il n’y aura pas de scène). Une série de neuf concerts sans interprètes est diffusée depuis hier et jusqu’à dimanche, par un ensemble d’une vingtaine de haut-parleurs.

Les musiques sur bandes proposent des expériences de spatialisation sonore, qui fait de la musique un matériau sonore. L’équivalent sonore de la projection cinématographique, dans le noir. Les concerts se produisent tous les soirs à 19h et 21h, en plus, dimanche, d’un concert «jeunes compositeurs» à 14h. Entre autres, samedi et dimanche, on attend le compositeur français de grande renommée François Bayle. Le prix du billet est de 12 $. Le Théâtre La Chapelle est situé au 3700, rue Saint-Dominique. On se renseigne au (514) 843-7738.

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Quatre concerts de musique acousmatique

by Manon Guilbert
in Journal de Montréal (Québec), October 28, 1998

Jusqu’au 1er novembre, des compositeurs de Montréal, de l’Allemagne, de la France, de la Suède viendront diriger des projections sonores des oeuvres prevues au programme.

Chaque soirée de concert sera précédée d’une rencontre publique du compositeur et du chroniqueur Réjean Beaucage-Bowell. Cette rencontre se fait avec le public.

L’année 1998 marque le 50e anniversaire de la musique concrète.

Depuis cinq décennies, des compositeurs se servent du matériau sonore en le manipulant, le traitant, le modulant. Ils créent la musique directement.

Jusqu’au 1er novembre, Jean-François Denis, Gilles Gobeil, Robert Normandeau. Stéphane Roy, Erik Michael Karlsson, Ludger Brümmer et de jeunes compositeurs feront, soir après soir, des performances live.

Compositeur français

Le compositeur français François Bayle, légende vivante, premier compositeur à avoir vécu l’aventure sous la direction de Pierre Schaeffer, soulignera par sa présence les festivités du 50e anniversaire.

Grâce à des projecteurs sonores disposés dans toute la salle, les compositeurs-projectionnistes pourront ajouter une dimension supplémentaire à la musique. On assistera à un véritable «cinéma pour l’oreille».

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Rien à voir, tout à entendre!

by Alain Brunet
in La Presse (Québec), October 28, 1998

Cette musique ultra-moderne que l’on disait jadis concrète a… 50 ans. Durant les années 60, cette façon d’organiser les sons fut rebaptisée électroncoustique, réservée à une «secte» mondiale de créateurs exclusivement formés dans les facultés de musique de tradition européenne. Longtemps, elle a proliféré dans de petits clubs d’admiration mutuelle.

L’électro ( pour les intimes ) compte-t-elle plus d’adeptes au bout de cinq décennies? Bien sûr que si. L’organisme Réseaux, qui présente sporadiquement ces compositeurs situés au centre d’une salle, «spatialisant» leurs oeuvres via un «orchestre de 24 haut-parleurs», en illustre une fois de plus la vitalité avec une autre série de concerts.

À compter de ce soir et ce jusqu’à dimanche au Théatre la Chapelle, l’événement Rien à voir présente ( de nouveau ) une série de créateurs d’ici et d’ailleurs.

Au programme d’aujourd’hui, à compter de 18 h, on livre Alibi de Jacques Tremblay, Musiques naives d’Yves Daoust, Lieux inouis de Robert Normandeau. En deuxième partie, les pères fondateurs de Réseaux ( l’organisme mise exclusivement sur des concerts acousmatiques, qui excluent toute intervention visuelle ) s’expriment via leurs oeuvres: Jean-François Denis, Gilles Gobeil, Robert Normandeau et leurs invités. Le dernier volet aura lieu à 21 h: Stéphane Roy, un créateur québécois établi aux USA, vient nous faire goûter le fruit d’une année de travail.

Demain jeudi, Rien à voir sera construit autour de Erik Mikael Karlsson, Suédois de 32 ans, un prodige qui impressionne ses collègues d’ici. «Pour sa facture, pour sa brillance et surtout pour le plaisir qu’il procure», dixit Robert Normandeau, un des promoteurs de l’événement.

Vendredi soir, on découvre le compositeur Ludger Brümmer, et quelques-unes de ses créations en plus de «spatialiser» une oeuvre de son choix — spatialiser, en fait, consiste à mixer l’oeuvre en temps réel, devant un public qui n’a rien de virtuel. Brümmer a ainsi opté pour le compositeur italien Luciano Berio… qui a renié l’életroacoustique depuis des lustres!

Samedi, un «classique» de l’électro a été invité afin d’y livrer une rétrospective de son oeuvre: retraité depuis un an, François Bayle a succédé au regretté compositeur Pierre Schaeffer à la direction du fameux collectif français GRM, une des tribus fondatrices de la musique électroacoustique. Vu l’ampleur de son oeuvre, François Bayle sera de nouveau au programme pour la soirée dominicale, la dernière de cette édition de Rien à voir.

Durant l’après-midi de dimanche, on aura aussi droit au travail de jeunes compositeurs. «Ce qui est intéressant chez Pierre-Alexandre Tremblay, Alain Gauthier, Nicolas Boucher ou Nicolas Boryki, c’est qu’ils sont issus de la culture pop ou rock, contrairement à plusieurs de leurs aînés qui ont passé direnement de la musique classique contemporaine à l’électrouctoustique. Même s’ils sont solides au plan académique, leur approche puise dans la musique populaire moderne, ce qui modifie leur facture électroacoustique», explique Robert Normandeau, un de nos plus éminents créateurs dans le domaine.

Fier promoteur du genre qu’il préconise, notre homme voit dans l’électroacoustique une issue au problème historique de la musique contemporaine, encore mal aimée. «Plusieurs compositeurs modernes de musique instrumentale ( jouée avec des instruments classiques ) ont préféré le langage écrit au résultat sonore. Quand tu te préoccupes strictement d’écriture, tu risques de t’éloigner des phénomènes de perception. Le compositeur électroacoustique, lui, ne peut s’éloigner des phénomènes de perception, parce qu’il fabrique TOUT, de A à Z. Les structures, les sons, le mixage, la présentation sur scène.»

À revérifier la semaine durant…

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Un cinéma pour l'oreille

by Clément Trudel
in Le Devoir (Québec), October 26, 1998

Parmi les compositeurs de musique concrète l’un des plus prolifiques est François Bayle qui dirigea à Paris, durant 30 ans, l’INA-GRM ou Groupe de recherches musicales de l’ORTF. Ces journées organisées par Réseaux font la part du lion à Bayle que certains qualifient de «légende vivante». Le samedi, 31, les concerts de 19h et de 21h (Rétrospective n°1 et Rétrospective n°2) portent entièrement sur des œuvres de Bayle. Ces concerts sont repris le dimanche (1er novembre) aux mêmes heures. Francois Bayle s’entretient dimanche (14h) avec de jeunes compositeurs.

Un catalogue abrégé de ses œuvres présenté par la revue d’esthétique musicale LIEN (printemps 1994) contient une cinquantaine de titres. Sous la direction de Michel Chion, LIEN a recueilli une vingtaine de témoignages de musiciens et de compositeurs sur Bayle, auteur de plusieurs ouvrages théoriques. Certains ont découvert l’électroascoustique au contact d’œuvres comme L’Oiseau chanteur ou Espaces inhabitables de Bayle dont l’un des disques porte le titre Motion-Émotion.

Cet événement Rien à voir accueille trois autres compositeurs: le Montréalais Stéphane Roy (mercredi 28), Ie Suédois Erik Mikael Karlsson qui offre (jeudi 29) ses propres compositions (19h) suivies à 21h, d’une Carte blanche. Venu d’Allemagne, le compositeur Ludger Brümmer, qui a remporté en 1993 le prix Ars Electronica d’Autriche, offrira deux concerts le 30 octobre.

L’étiquette empreintes DIGITALes lancera (28 octobre) trois disques: Musiques naives (Yves Daoust), Alibi (Jacques Tremblay) et Lieux inouis (Robert Normandeau).

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Rien à voir 4

by Dominique Olivier
in Voir (Québec), October 22, 1998

Rien à voir en est déjà à sa quatrième édition! Ces mini-séries consacrées à la musique électroacoustique se tiennent régulièrement depuis deux ans et touchent un public enthousiaste et curieux. Il n’y a qu’à voir: salles combles, intéret manifeste des auditeurs, l’événement Rien à voir est devenu un must pour tout mélomane en mal d’acousmatique, cet art musical qui n’implique pas le regard, mais qui mobilise totalement notre sens auditif et, surtout, notre imagination. Comme à l’accoutumée, la série propose un lancement de disques de l’étiquette empreintes DIGITALes, des rencontres avec les compositeurs ainsi que des concerts. Cette 4e édition débute le mercredi 28 octobre à 19h avec un concert présentant des œuvres de Jacques Tremblay et Yves Daoust, en plus des fondateurs de Réseaux — qui organise Rien a voir -, Jean-François Denis, Gilles Gobeil et Robert Normandeau. Le Montréalais invité à cette édition est Stéphane Roy à qui on a donné carte blanche pour le concert solo du 28 octobre à 19h. Les invites étrangers sont le Suédois Erik Mikael Karlsson, l’Allemand Ludger Brümmer et le Français François Bayle, qui seront présents et dont les œuvres seront diffusées respectivement les 29, 3o et 31 octobre. Chacune des soirées consacrées à ces compositeurs européens présente deux concerts, précédés d’une rencontre. Le dimanche 1er novembre, trois concerts sont prévus: un premier qui fera se rencontrer François Bayle et de jeunes compositeurs électroacoustiques, ainsi que la reprise des deux rétrospectives Bayle déjà présentees la veille. La cinquième edition de Rien à voir est déjà annoncée pour le mois de février prochain, entre le 17 et le 21 Monique Jean, Christian Zanési, Paul Dolden, Francis Dhomont et de jeunes compositeurs sont invités à participer à cet évenement marquant de l’hiver qui s’en vient…

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Rien à voir: 4e édition


in La Scena Musicale #4:2 (Canada), October 1, 1998

L’organisme Réseaux présente pour la 4e fois depuis 1997 la série Rien à voir, série dont la formule est gagnante: dans une petite salle qui a l’avantage d’être facilement bondée (en l’occurrence le Théâtre La Chapelle) et de créer ainsi une atmosphère de convivialite entre tous les participants (auditeurs et compositeurs), des enceintes acoustiques sont réparties un peu partout, les lumières sont éteintes et l’auditeur (le terme prend ici tout son sens) est invité à se laisser transporter, toucher, choquer ou bouleverser par une aventure sonore unique. Cette édition nous présentera des compositeurs d’un peu partout: Stéphane Roy (Québec), Ludger Brümmer (Allemagne), Erik Michael Karlsson (Suède) et de la grande visite de France avec François Bayle, l’un des pionniers avec Pierre Schaeffer. Cinq formules de concerts sont proposées. D’abord, la formule Solo, ou un compositeur présente un éventail de ses œuvres. Deuxièmement, le concert Carte blanche, pour lequel un compositeur a sélectionné des œuvres acousmatiques de son choix. La soirée Rétrospective se consacre quant à elle à un compositeur reconnu. Un concert Réseaux met au programme des œuvres des directeurs artistiques de l’événement (Jean-François Denis, Gilles Gobeil et Robert Normandeau), alors que, finalement, un concert Surprise fait place à des œuvres de jeunes compositeurs, souvent encore étudiants. Rien à voir no 4: à entendre absolument!

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Une petite histoire de l'électroacoustique

by Frederic Cardin
in La Scena Musicale #4:2 (Canada), October 1, 1998

II n’y a pas qu’Israël qui ait 50 ans en 1998. La musique électroacoustique atteint, elle aussi, le demi-siècle cette année. Ce fut un parcours semé d’innovations, d’expériences à la fois des plus déroutantes, intéressantes et fascinantes mais aussi d’incompréhension. Ces dernières sont venues d’abord de la part d’un public qui avait et a encore à assimiler les bouleversements apportés au début du siècle par la Seconde École de Vienne, puis du milieu classique lui-même et de ses institutions, qui parfois ne savaient trop quelle atitude adopter envers cet art nouveau, pour qui, souvent, toutes les conventions du passé ne tiennent plus. Voyage rapide au coeur d’une histoire tres actuelle.

La naissance survient en 1948. Le père en est Pierre Schaeffer, un homme fasciné par les sons, ceux enregistrés surtout, et par la myriade de possibilités créatrices provenant de leur manipulation, de leur transformation et de leur juxtaposition. La mère? La technologie naissante capable autant de créer de nouveaux sons que de capter, d’emmagasiner et de transformer des sons «réels» (ou «concrets»: un chien qui jappe, par exemple).

Les pionniers sont ceux qui travaillent avec le concret, d’où le terme de concrète pour qualifier la musique résultant de leurs recherches. Des studios dotés d’immenses consoles et de machines tout aussi gigantesques apparaissent en France, puis à Milan, notamment. Lieux de pèlerinages où se rencontreront les premiers iconoclastes. Lieux de découvertes apparemment infinies. Lieux fascinants où les artisans de la Nouvelle Ère avaient sans doute l’impression de réinventer la musique et, probablement, le monde.

La discorde va rapidement s installer, cependant. Les tenants du concret, de par la nature même du matériau, n’avaient que faire des structures traditionnelles de la musique. Une forme sonate, ou encore une séquence sérielle s’avère diffcilement applicable lorsque l’on traite les sons de la ville, par exemple. Pourtant, certains compositeurs vont faire bande à part et tenter de créer une musique électronique pouvant se plier à certaines exigences des lois musicales, en particulier à celles du serialisme. Au début des années 1950, un studio se formera à Utrecht (Pays-Bas) et deviendra le point de mire de l’école électronique. On y travaillera surtout avec des sons électroniques plutôt que concrets, les premiers étant plus faciles a contrôler dans une structure musicale, qu’elle soit tonale, atonale ou sérielle. Il serait cependant erroné de croire qu’il y eut ghettoïsation des clans. Les tenants de l’une ou de l’autre voie ont utilisé des sons de toutes les provenances. Pierre Henry s’est servi de sons purement électroniques alors que Stockhausen, que l’on place volontiers dans le camp électronique (du moins à cette époque), a réalisé l’une de ses oeuvres marquantes (Gesang der Jünglinge) à l’aide de voix d’enfants!

La différence fondamentale entre les deux approches ne se situe pas au plan du matériau mais plutôt à celui de l’attitude adoptée face à lui. Chez les concrets, il y a une volonté de travailler les caractéristiques intrinsèques du matériau (comme un sculpteur adaptant son travail selon qu’il soit face à du bois ou du marbre). Chez les «électroniciens», il s’agit plutôt d’une volonté de contrôler le son dans un contexte structurel précis.

En 1960, une étape fondamentale est franchie avec l’arrivée du synthétiseur moog. Alors qu’auparavant, il fallait se rendre dans des studios pour travailler (studios fort coûteux à mettre sur pied), l’avènement du «synthé» banalise la lutherie et rend accessible à un grand nombre la manipulation électronique des sons. Deuxième conséquence moogienne: l’électronique rejoint la musique populaire.

Seconde revolution technologique en presque 20 ans : 1982 voit arriver le synthétiseur numérique (le DX-7 de Yamaha) aux possibilités multipliées par cent, voire par mille. On assiste à une intégration de plus en plus poussée de l’ordinateur, et maintenant, de l’Intemet.

Finalement, en 1987 apparait dans les faubourgs de Détroit ce qui deviendra la «techno», un genre musical pop aujourd’hui omniprésent.

Quel bilan peut-on faire aujourd’hui? Les vieilles querelles se sont atténuées, mais il persiste une différence entre «l’attitude» concrête et «l’attitude» électronique. Les concerts se font plus nombreux qu’auparavant. Le synthétiseur, la bande magnétique et divers autres moyens de reproduction sont utilisés de plus en plus fréquemment (le synthétiseur est méme devenu un accessoire courant dans plusieurs orchestres). Mais surtout, et c’est peut-être là l’élément le plus important, l’électroacoustique est maintenant entrée dans nos mœurs. Ne serait-ce que grâce à la «techno», les jeunes sont familiers avec le principe d’«objet sonore». Reste à les former à écouter une musique electroacoustique où le discours prime sur l’effet.

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