Rien à voir (3): press

Auditory perceptions: fringe benefits, 8

by Alcides Lanza
in Musicworks (Canada), June 21, 1998

Rien à voir: At the Théâtre La Chapelle in Montreal, another edition of the electroacoustic festival Rien à voir… took place from February 18-22. Organized by Réseaux [Jean-François Denis, Gilles Gobeil, and Robert Nommandeau], this series of electroacoustic events had a number of novelties in its programming, and benefited from the presence of several composers specializing in the field. Two concerts were presented each day. One of the curators was the American composer Mark Wingate. He opened his program with Pufferfish — a short piece written last year — with watery sounds prevailing. It was followed by Klang, Kar, und Melodie, a word-play on the teutonic “klangfarbenmelodie”. It gave the impression of a Sinfonia Doméstica mechanically sampled from any American city soundscape, intelligently reassembled. A good diffusion in the performance space gave life to these everyday sounds. We were quite taken by the novelty we encountered in From Scratch (1995). Originally written for ballet, it has been re-worked for concert performance. The many imaginary bird-songs originated mostly from samples of a folkloric African string instrument. The many transformations of the sampled sounds demonstrate the sophistication of Wingate’s compositional technique. Textorias (1994) by the Brazilian Arthur Kampela was an interesting piece which has been heard frequently of late. The title derives from semantic play with the words text, texture, and the Portuguese “estorias” (an English version should be “textories”). The music successfully expands the potential of the guitar, bringing it to the level of a “hyper guitarist”, able to perform “impossible gestures”. It was realized at the Columbla-Princeton Electronic Music Center in May 1994.

After the well known Artikulation (1958) by Ligeti, the first part closed with Pianolia (1995), by Michael Kapoulas, who composed it in the studios at the University of Texas (Austin). The composer descrihes it as “a study of the extreme placement of sound objects within the stereophonic field”. All sounds heard in this piece were extracted from piano samples, treated both with digital and analogue techniques — not very enticing music. During the second part, Wingate presented Angelus Domini (1996) by Italian composer Alessandro Cipriani. Repetitive, and giving the feeling of slow motion, the piece reminded us of monk vocatizations with echoes of Chion’s Requiem. It is a skiliful elaboration of recordings of Gregorian chant sung by Giacomo Baroffio and transformed with the PODX program at Simon Fraser University. La nuit Sauvage (The wild night, 93-94) by Wingate was an excellent study in low frequencies, with intriguing serrated sonorities extractod from transpositions of bass clarinet sounds. The piece produced at the EMS in Stockholm — creates “imaginary” sounds during one night spent with a family of lions. It was followed by a weak piece co-creatod by the Swedish composers Karlsson and Hedman (who frequently have co-authored compositions). It was strangely tonal, with inexplicable ubiquitous voices and choirs. A return to a Wingate piece brought the concert back to life. His Ode to the South-Facing Form (1992) is a strong piece. It uses human voices extracted from different religious rituals — including Buddhists from Tibet, the Japanese Shomo, and African ethnic chanting. The audience was absolutely taken by the hypnotic atmosphere created by the music, and the composer received warm and plentiful applause.

The following night a concert was curated by Christian Calon, currently living in Germany, but a former resident of Montreal, whose music is well known to local audiences. Calon presented a restrained but quite illuminating sound projection, particularty effective in the very good piece Unàcrès (1996), by Antonio Ollerts — giving a tenuous sensation of hidden voices within glacial textures. The première of Calonts piece Sémaphore-Nord (1998), merited its very warm reaction from the audience. It is based on vocal sounds — at times perhaps utilizing words from other cultures, including Inuit. Formally very strong, Calon controls a fantastic and inventive sonic palette. It was a hard act to follow, and after the break the pieces by Bayle and Brümmer left us cold. Things picked up a bit during the Denis Smalley composrtion, Empty Vessels (1997), an ingenious use of empty earthen pots from Crete and Turkey. As a garden of rich sounds carefully extracted from hollow structures, it was quite entertaining.

The Saturday concerts with Bemard Parmegiani were, once again, a revelation. Parmegiani has been to Montreal several times, starting with the festival Semaine de Musiques Nouvelles in 1975 — a co-production of McGill University, Université de Montreal, the Consematoire and s.m.c.q. Each visit is a reaffirmation of the exceptional quality of his musical works. The program was like timetravel, with old pieces still engaging us intensely: Violostries (1963) — what a performance! — and Pour en finir avec le pouvoir d’Orphée (1971). Another strong memory is evoked by La Création du monde — Signe de vie (1986), featuring an almost mechanical bird chirping, building to a tremendous, arcane, animal-like sonority. We were elated with Parmegiani’s visit, and what an enjoyment it was to be able to perceive his magnificent restraint in carefully and imaginatively moving sound masses within the performance space.

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Nouvelles vagues

by Dominique Olivier
in Voir (Québec), February 26, 1998

Cette année, le monde de la musique célèbre le cinquantième anniversaire de la musique concrète. Le groupe Réseaux a souligné l’événement avec la troisième édition de Rien à voir, qui fut l’occasion de redécouvrir de grands compositeurs d’ici et d’ailleurs. Réseaux ne pouvait évidemment pas ignorer le cinquantième anniversaire de la musique concrète. L’organisme québécois, fondé par les compositeurs électroacousticiens Robert Normandeau, Gilles Gobeil et Jean-François Denis, se dévoue corps et âme pour faire entendre cette musique sur la place publique.

La troisième édition de Rien à voir organisée par Réseaux, qui se tenait la semaine dernière au théâtre de la Chapelle, se devait donc de souligner cette date importante dans l’histoire de la musique: en 1948, le responsable du Studio d’essai de la radio française (anciennement ORTF), Pierre Schaeffer, prend conscience de la possibilité de manipuler les disques souples utilisés à l’époque pour graver les enregistrements faits en studio. Le disque devient de ce fait un matériau sonore en lui-même, le compositeur agissant directement sur la matière sonore, pour la première fois de l’histoire! Depuis, la musique concrète n’a cessé de se développer, techniquement et esthétiquement, les nouveaux moyens techniques apportant une plus grande liberté créatrice.

Dans l’esprit de cette célébration, Rien à voir (3) se voulait non seulement un hommage à ceux qui font vivre la musique concrète, mais aussi un parcours à travers les différents aspects de cet univers sonore multiple et foisonnant. Les invités de cette édition étaient choisis avec le souci de faire entendre à la fois certains grands «classiques» du répertoire, et ce que font les jeunes et moins jeunes créateurs d’aujourd’hui. Les invités en étaient Mark Wingate des États-Unis, Christian Calon de Montréal, Annette Vande Gorne de Belgique, plusieurs jeunes compositeurs, ainsi qu’un vétéran de la musique concrète, le Français Bernard Parmegiani. Les deux concerts du samedi 21 février étaient entièrement consacrés aux œuvres de ce grand compositeur qui a marqué l’évolution de la musique électroacoustique. Parmegiani, présent tout au long de ce Rien à voir, diffusait lui-même ses oeuvres: Pour en finir avec le pouvoir d’Orphée (1971) et La Création du monde: Signe de vie (1986), Bidule en ré (1969), Violostries (1963), Entre-temps (1992) et Sonare (1996).

L’expérience était troublante. Dans une salle plus que pleine, les oeuvres de Parmegiani, de la plus ancienne à la plus récente, ont transporté l’auditoire. La musique de ce créateur exigeant et fignoleur au possible s’étalait dans l’espace acoustique avec la plénitude des chefs-d’oeuvre. Autant de pièces différentes, autant d’univers sonores à explorer les yeux fermés. Les transformations du son imaginées et réalisées par Parmegiani, bien que loin de l’anecdotique, nous racontent des histoires qui ne laissent jamais notre imagination vacante. Avec ses oeuvres, Parmegiani accomplit un miracle: abolir la sensation du temps qui passe. N’est-ce pas le but ultime des oeuvres musicales? Encore une fois, bravo à Réseaux.

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Tout à voir avec le succès

by Louise Leduc
in Le Devoir (Québec), February 24, 1998

Petite planète que celle de la musique électroacoustique. Les organisateurs du récent festival Rien à voir le savent bien. Ils se sont contentés d’une salle montréalaise de 95 places, celle du Théâtre La Chapelle, et l’ont remplie tous les soirs de la semaine dernière, avec un peu d’aide de visiteurs américains.

«Compte tenu de notre créneau très pointu, nous sommes très satisfaits de nos résultats», admet le compositeur québécois Robert Normandeau, l’un des trois organisateurs de l’événement.

Avant d’aller plus loin, peut-être est-il besoin de vous rappeler le genre musical dont il est ici question. Lors des neuf concerts de la semaine dernière, les spectateurs ont pu écouter ensemble de la musique sur bande, amplifiée par vingt haut-parleurs.

Le public naturel de la musique électroacoustique? Des gens avides en général, de nouveauté, semblables au public d’art visuel ou de danse contemporaine.

Bonne nouvelle pour le festival de musique électroacoustique: voilà maintenant que, grâce à un site Internet, les Américains ont été mis au courant de la tenue de l’événement. «La musique, sur bande n’a jamais mordu aux Etats-Unis à l’extérieur des universités. Un New Yorkais a donc fait expressément le voyage à Montréal pour le festival. Un professeur du New Hampshire est quant à lui venu ici avec dix de ses étudiants. De plus en plus, il sera avantageux de tisser des liens avec des institutions d’enseignement», continue M. Normandeau.

Il s’agissait du troisième festival du genre à Montréal. Chaque fois les organisateurs doivent y mettre le plus grand sérieux. «Notre public est fragile. Nous ne pouvons nous permettre de mettre en vedette un compositeur dont le travail n’est pas abouti.»

Pour les deux festivals de cette année, Rien à voir disposait «d’un budget ridiculement bas de 26 000 $» aux dires de M. Normandeau, arraché des trois paliers gouvernementaux. Comment s’en sont-ils tirés? «Le Théâtre La Chapelle ne fait pas que louer une salle, il assume aussi une certaine direction artistique. Dans le milieu sa renommée se fait grandissante. Sans même savoir les concerts à l’affiche, de plus en plus de gens se rendent au Théâtre La Chapelle parce qu’ils savent avec quel sérieux ses administrateurs décident de leur programmation.»

Les amateurs de musique électroacoustique peuvent se réjouir à l’avance: il y aura trois festivals du genre l’an prochain.

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L'acousmatique vivante et croulante

by François Tousignant
in Le Devoir (Québec), February 23, 1998

Encore une fois, les trois compères de Réseaux peuvent joyeusement crier victoire: la troisième édition de Rien à voir s’est méritée un succès public imposant: salles surbondées de gens de tous horizons. Le magique univers acousmatique commencerai-t-il à sortir des chapelles pour interroger un plus large auditoire? Il est peut-être trop tôt pour l’affirmer, mais il est vivifiant de pouvoir applaudir à cette vie musicale qui, inlassablement poursuit sa route, la force de son art lui donnant les moyens de surmonter toutes les embûches.

De ce qu’on a entendu, tout n’est pas du même intérêt cependant (de quel art oserait-on n’exiger que des chefs-d’œuvre?). Deux soirées ont retenu l’attention. D’abord celle de jeudi consacrée à ce que le milieu appelle «le retour de l’enfant prodige», Christian Calon, ayant œuvré longtemps à Marseille puis maintenant à Berlin.

Sa sonorisation du programme proposé est d’un raffinement et d’une sensibilité extrêmes. On n’insistera jamais assez: cette musique enregistrée — qui peut sembler froide sur disque — prend toute sa force lorsque diffusée en salle dans l’interprétation du manieur de console.

Trois pièces ont été entendues de lui. Toutes partagent ce même parti pris de la concentration sur l’évolution du discours (traduire: modification de l’objet sonore utilisé). S’il y a de magiques moments, des instants où il saisit vraiment l’oreille en la séduisant et la satisfaisant, son discours reste encore trop hachuré pour que l’articulation par le silence entre les diverses idées fonctionne. L’impression d’incapacité à structurer de longues plages frustre, mais sa dernière pièce (on entendait en création Sémaphore-Nord) montre que son séjour berlinois lui fait du bien: le langage s’intéresse moins à lui-même (caractéristique outrageusement mise de l’avant par la section «GRMienne» et française de l’acousmatique) qu’à ses potentialités expressives. À l’instar d’un Dhomont, Calon semble s’engager sur la voie de la plénitude discursive du nécessaire plutôt que se limiter à la glose herméneutique de la syntaxe.

Il est intéressant de constater que, des concerts de jeudi soir, ce sont les œuvres de deux compositeurs travaillant à Berlin qui ont dominé l’affiche. Unàcès de Ralph Ollertz et, surtout, Dele! de Ludger Brümmer. Ce dernier a plus que créé forte impression. Devant sa pièce, le vrai souffle artistique envahit l’espace physique et psychologique. Partant de presque rien (on suit aisément les manipulations sur le matériau de départ), il arrive à étirer le champ musical aux frontières de l’audition, amenant son public aux limites de l’audibilité, ce lieu secret où silence et musique, durée et geste, s’épousent pour réinventer le sens. Ces presque vingt minutes sont une illumination rimbaldienne d’une force inouïe qui interpelle et exige que Rien à voir propose une quatrième édition.

Samedi soir était consacré à une rétrospective en deux temps de pièces de Bernard Parmegiani, une figure de proue. Réentendre sa musique fut une expérience un peu amère: le compositeur a mal vieilli. Si Violostries, l’œuvre la plus ancienne, intéresse encore, Parmegiani, qui voulait «en finir avec le pouvoir d’Orphée», doit constater sa défaite. Ses manipulations les plus actuelles sont presque une trahison au vocabulaire rêvé par Schaeffer. Que de gammes par ton, d’agrégats pentatoniques n’y retrouve-t-on pas!

Il a encore désespérément besoin de la note et du «vieux solfège» pour orienter et structurer son discours, usant de la palette harmonique ancienne pour isoler des contrastes. Devant l’arsenal rhétorique déployé par le compositeur, on se révolte comme un John R. Saul se rebiffe contre la morale néolibérale.

Sa mise en espace est très, très conventionnelle et manque d’inspiration. Sauf pour Entre-Temps, là où le geste musical est plus senti, il n’y a que peu d’avantages à entendre ces pièces défiler froidement de visu. De musique faite par la même génération, Calon avait posé des jalons avec son interprétation de …derrière l’image de Bayle; «l’élève», en ce domaine, surpasse le «maître». Dans le même ordre, autant Luc Ferrari s’est imposé l’an dernier, autant Parmegiani déçoit. Le discours sur le discours du discours a fait son temps au profit de sa maîtrise qui libère l’imagination. Comme il y avait énormément de jeunes dans la salle, on attend beaucoup d’eux.

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L'art des machines

by Philippe Tétreau
in La Presse (Québec), February 21, 1998

À l’heure qu’il est, pas moins de six concerts électroacoustiques se sont déjà tenus au festival Rien à voir qui se déroule chaque soir depuis mercredi au Théâtre La Chapelle. Trois autres concerts sont encore à venir, aujourd’hui à 17het demain, dimanche, à 14 h. On pourra y entendre les oeuvres de l’imposante figure venue de France pour l’occasion, Bernard Parmegiani.

Mais reprenons les choses depuis le début. Mercredi soir, il appartenait aux instigateurs du festival, Jean-François Denis, Gilles Gobeil et Robert Normandeau, de proposer chacun à leur tour une séquence de cinq électroclips. Ces productions sonores peuvent évoquer aussi bien les chantiers industriels, l’animation urbaine, le spectacle de la nature quand ce n’est pas celui de la voûte sidérale. Il en résulte parfois, et même assez souvent, la création d’heureuses utopies à l’esthétisme hypercontemporain. Notons en particulier la séquence conduite par Gilles Gobeil, d’une rare violence, qui nous laissa presque sans voix.

Pourtant, c’est sous l’égide de Pierre Schaeffer, dont quelques pièces furent diffusées, que s’est effectuée cette première soirée, fertile en sensations fortes. On a donc puisé dans les archives sonores pour mettre en évidence l’évolution qui s’est faite depuis 50 ans en matière d’oeuvres électroacoustiques. Le contraste était net. Autant les enregistrements de Schaeffer — d’une importance fondamentale pour l’art des machines — semblaient en noir et blanc, autant ceux des compositeurs d’aujourd’hui paraissent avoir été traités par le procédé du cibachrome. Le nouveau disque Minitiatures concrètes en témoigne bien. Plus tranquille que prévu, notons que ce disque regroupe 24 électroclips de trois minutes chacun et permet un survol assez synthétique de ce qui se fait actuellement dans ce domaide.

Lors de cette première soirée toujours, nous avions aussi la présence de l’Américain Mark Wingate dont les pièces, très structurées et faciles à suivre, ne manquaient pas d’humour ce qui demeure un fait assez rare dans sa profession. Son Klang, Kar, und Melodie rappelle volontiers les procédés musicaux des dessins animés — art dans lequel sont passés maîtres les Américains — et donne lieu, comme le suggère le titre, à une joyeuse symphonie de klaxons. Cependant Wingate avait également à son prograrnme des pièces autrement plus sombres.

La soirée de jeudi était entièrement consacrée à Christian Calon, certainement l’un des acousmaticiens les plus doués de sa génération. Rappelons que Calon fut le tout premier compositeur à inaugurer l’étiquette empreintes DIGITALes il y a huit ans par son disque Ligne de vie. Un calme habité, découpé par de puissantes arêtes, caractérise son art. Son nouveau disque, Les corps éblouis, reste basé sur des échantillons sonores de guitare. Calon transforme ceux-ci au point de gommer toute référence directe à l’instrument. Il s’en suit de stupéfiantes spirales au terme desquelles apparait — c’est à s’y méprendre en tout cas — la première mesure reconstruite de All Along the Watchtower non sans rapport avec la version légendaire qu’en a faite Jimi Hendrix.

Le festival Rien à voir a permis aussi d’entendre les compositeurs invités se produire eux-mêmes à la console et donner ainsi une véritable interprétation de leurs oeuvres. Cette manière de faire nous rapproche de la performance avec tous les risques qu’elle implique. Les pièces présentées de cette façon diffèrent de mêmes qui figurent sur le disque compact car l’interprète modifiera, selon son gré, tel détail ou atténuera tel autre. N’oublions pas enfin que le Théâtre La Chapelle contient une vingtaine d’enceintes acoustiques et que grâce à elles, le public est littéralement plongé à l’intérieur des oeuvres proposées.

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Tasty spread of sound art

by Alan Conter
in The Gazette (Québec), February 20, 1998

Rien à voir, but what a spread for the aural palette. At least that’s what I felt at the end of Wednesday night’s two concerts at the Théâtre La Chapelle.

This clever electroacoustic series is really a homage to the 50th anniversary of musique concrète. It continues until sunday with two concerts each day.

The series was conceived by Réseaux — made up of Jean-François Denis, Gilles Gobeil and Robert Normandeau — and marries Montreal’s next wave of fine electrically inclined composers with stars from away — Mark Wingate from the United States, Christian Calon and Bernard Parmegiani of France and Annette Vande Gorne of Belgium.

While “rien à voir” is a nicely direct title in that there really isn’t much to see, I couldn’t help but think of “rien à voir” in the sense of a break with the North American popular conception of that dreadful term “electroacoustic.”

Almighty Microchip

I confess to being only partially perplexed by the fact that a culture that lionizes the microchip and all who labour (and profit) in the erection of some tremendous virtual edifice shuns the world of computer music. We’ve reformed our image of the computer nerd with the pocket protector, but seem wedded to the notion that computer and electronic-assisted music is the mind-warping stuff hatched in the bowels of Bell’s psycho-acoustic laboratories in the ’50s and ’60s.

Only some of it is — and thankfully the curatorial spirit guiding Denis, Gobeil and Normandeau has produced a refreshing, lyrical and sometimes whimsical array of sound art.

Perhaps I should reveal my colours here. In an earlier life I was a minor art czar in the media-art section of the Canada Council. Confronted with the problem of people who loved working with sound but didn’t fit the canon of the music academy, a colleague and I created a fund for artists whose exploration of sound may have come from growing up listening to pop radio, watching rock videos and comfortably appropriating and manipulating sound from whatever source was at hand.

In short, just as video artists had to create a space outside of film, sound artists needed room to play. The sampling, mixing and general deconstruction and reconstruction of noise that goes into your standard film score or pop back-track didn’t fall from Mars. It comes from young composers who want to, as they say, push the envelope.

The first concert Wednesday night presented three programs of five works called “miniatures concrètes,” each by a different composer, each three minutes long. They were elegantly framed by recordings by Pierre Schaeffer, whose postwar “études de bruit” laid the foundation for musique concrète.

His Étude aux Chemins de Fer of 1948, which the program started off with, is still fresh. In it, the familiar sounds of trains and train stations assume an independent narrative through an easily recognizable musical syntax.

Next, each of the three Réseaux founders presented a program, starting with one of their own works and followed by those of four other young composers. The over-all effect was of a shifting soundscape of musical colours whose resolution at 15-minute intervals was punctuated by the spoken words of Schaeffer.

After the intermission it was time for Austin, Tex.-based Mark Wingate. Wingate was born in 1954 on the East Coast but grew up in Texas. His greatest influences — outside the French tradition of musique concrète — lie in pop culture, radio and television.

The neat thing about this program is that the invited composer presents not only his own work but that of the composers who’ve informed his sensibility. So Wingate also had us hear from Arthur Kampela, Gyorgy Ligeti and Alessandro Cipriani, among others.

Wingate praises the exuberance and “nonsense” of Kapela’s Textorias, and that same whimsy, augmented by a soundly rooted pop vernacular, resounds in his own three pieces. The second part of the program moved into a darker, more contemplative mood but one in which Wingate’s work seems less sure of its resolve.

Parmegiani, a pioneer

Yesterday’s concerts featured Christian Calon. Today is Annette Vande Gorne at 6:30 and at 8:30 p.m. Six-thirty is her own work, and at 8:30 she presents a program of composers she likes. Tomorrow, same schedule, but the day is given over to Bernard Parmegiani a pioneer in the field whose work spans four decades.

Sunday’s concert is at 2 p.m. More Parmegiani, but preceded by five young men — the eldest born in 1968 — it promises to be an exciting generational mix.

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Rien à voir avec Calon, Vande Gorne, Parmegiani et les autres


in Le Devoir (Québec), February 19, 1998

Hier commençait au Théâtre La Chapelle la troisième série de concerts Rien à voir. Au menu: cinq jours d’électroacoustique, des compositeurs venus de tous les horizons, trois lancements de disque. Ces concerts ne sont pas comme les autres: aucun musicien sur place, mais vingt haut-parleurs faisant entendre des œuvres déjà fixèes sur bandes.

Le festival veut souligner le 50e de la musique concrète. En 1948, alors qu’il était responsable du Studio d’essai de la Radio française, Pierre Schaeffer se rendit compte qu’un disque souple permettait de transformer le son, de le moduler. Comme les couleurs pour le peintre, la musique peut être utilisée en tant que véritable matériau.

Le concept a fait des petits et a étendu ses tentacules. À la suite de Schaeffer, les Québécois se sont employés à développer ce créneau. Il est d’ailleurs revenu à trois d’entre eux — Jean-François Denis, Gilles Gobeil et Robert Normandeau — de lancer hier le festival Rien à voir, tout à entendre.

Aujourd’hui, le public pourra entendre le travail de recherche de Christian Calon, un compositeur autodidacte qui partage sa vie entre le Québec, la France et l’Allemagne.

La soirée de demain sera entièrement consacrée à la Belge Annette Vande Gorne. Samedi, pleins feux sur le Français Bernard Parmegiani, dont on entendra un total de six pièces. À la séance de 18h30: Bidule en ré (1969), Entre Temps (1992), Sonare (1997); à celle de 20h30: Violostries (1965), Pour en finir avec le pouvoir d’Orphée (1972) et La Création du monde (1982-1984).

Le festival Rien à voir, tout à entendre se conclura par un concert-surprise. On sait tout de même que ce concert mettra en vedette Parmegiani, dont on entendra l’œuvre la plus célèbre, De natura sonorum, et cinq jeunes compositeurs de Montréal.

Le festival ne quittera son repère du Théâtre La Chapelle que pour un seul événement. Aujourd’hui, à 13h, sera donnée en première nord-américaine Die Zimmer der Erinnerung (Les Chambres de la mémoire) de Christian Calon, au Goethe Institut, au 418, rue Sherbrooke Est.

Par ailleurs, seront lancés trois disques, tous sur étiquette empreintes DIGITALes: Miniatures concrètes (24 clips électroacoustique), Les Corps éblouis de Christian Calon et Impalpables d’Annette Vande Gorne.

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Réseaux a choisi de remettre ça avec Rien à voir

by Manon Guilbert
in Journal de Montréal (Québec), February 19, 1998

Les deux premières séries Rien à voir, dédiées à la musique électroacoustique, en février et novembre 97, ont bien marché. La maison de production Réseaux formée de Jean-François Denis, Gilles Gobeil et Robert Normandeau ont choisi de remettre ça du mercredi 18 au dimanche 23 février.

«Tout comme dans les deux premières séries, nous regroupons un ensemble d’événements, de concerts et d’ateliers dans un même lieu le Théâtre La Chapelle. Cette fois, nous avons des invités étrangers venus des États-Unis, de la Belgique et de la France.»

Robert Normandeau, fondateur de Réseaux, souligne par ailleurs que la concentration des concerts permet justement aux musiciens venus d’ailleurs d’être présents tout au long de sa durée.

1998 est le 50e anniversaire de la musique électroucoustique. Le Français Pierre Schaeffer est le premier qui a fait un travail de transformation du son. Depuis cette musique est toujours d’actualité. Au Québec, elle est plus vivante encore que partout ailleurs dans le monde. On l’enseigne dans les institutions, on y trouve de très bons compositeurs. «L’art contemporain, souligne encore Robert Normandeau, est très présent dans notre culture. Nous avons même deux compagnies de disques qui distribuent cette musique. empreintes DIGITALes comptent quelques dizaines de productions sous son étiquette.»

Robert Normandeau affirme aussi que le public, curieux de toutes les musiques alternatives, de techno y trouve son compte.

Ce soir, on retrouve sur la scène du Théâtre La Chapelle Christian Calon, compositeur québécois, ayant travaillé à Marseille et à Berlin. La Belge Annette Vande Gorne sera présente dans deux différents concerts à 18h30 et à 20h30, vendredi soir. Bernard Parmegiani, venu de France, est l’artiste invité de la soirée de samedi. Dimanche soir, on le retrouvera en compagnie de jeunes compositeurs.

Notons aussi que chaque soirée, dès 15h15, est précédée d’une discussion avec le compositeur.

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Voyage au pays des sons

by Isabelle Lord
in La Presse (Québec), February 19, 1998

Dans une ambiance cabaret, vous voilà assis à une table, complétement immergé par la musique, les sons et… la noirceur. Votre imagination fonctionne alors à son maximum et crée un veritable cinéma pour l’oreille. Ce formidable voyage sonore, c’est ce que le festival Rien à voir vous invite à vivre jusqu’à dimanche.

«Le surround du cinéma à la puissance dix!», dit en souriant Robert Normandeau, compositeur de musique acousmatique ( art des sons générés en studio et projetés en salle ) et cofondateur de Réseaux des arts médiatiques qui produil sa troisième série Rien à voir; soit neuf concerts de musique acousmatique. Des compositeurs des États-Unis, de la Belgique, de la France — avec Bernard Parmegiani, sommité en musique concrète — et de Montréal dirigeront la projection sonore de leurs propres oeuvres sur un ensemble de 20 haut-parleurs dispersés dans la salle. Une expérience spatiale inédite, promet-on.

«La diffusion des différentes pièces se fait, la plupart du temps, dans la pénombre, ce qui permet une grande concentration d’écoute, poursuit ce dernier. L’auditeur n’est pas distrait par l’aspect visuel et c’est en quelque sorte son imagination qui est responsable de son plaisir.»

Les adeptes de musique underground, de musique actuelle et de jazz adoreront l’expérience.

Le festival souligne également le 50e anniversaire de la musique concrète et organise une série d’événements entourant la venue des différents compositeurs dont notamment quelques rencontres publiques et trois lancements de disques. Rien à voir? Peut-être bien, mais tout à entendre, tout à découvrir!

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Cinquante ans de musique concrète à écouter dans le noir

by Philippe Tétreau
in La Presse (Québec), February 18, 1998

Tandis que la planète bleue est à l’heure du télécopieur et du réseau Internet, que le quidam s’embrouille dans les méandres de son ordinateur, les électroacousticiens, eux, sourient. On aura d’ailleurs l’occasion de les voir s’amuser cinq jours durant, du mercredi 18 au dimanche 22 février, pendant le troisième volet du festival Rien à voir qui se tiendra au Théâtre La Chapelle, situé au 3700, rue Saint-Dominique.

Pourquoi le festival s’appelle-t-il Rien à voir? Parce que ceux qui y prendront part seront conviés à écouter les réalisations acousmatiques dans le noir complet pour laisser aux sons leurs pleins pouvoirs d’impression. Donc, rien à voir, peut-être; mais n’oublions pas de mentionner le sous-titre du festival: «Tout à entendre».

La société de concerts Réseaux, qui parraine l’événement, poursuit ses activités avec une kyrielle d’invités dont plusieurs ont contribué largement au développement de l’électroacoustique. À l’occasion du 50e anniversaire de la musique concrète, plusieurs nouveaux disques compacts seront à l’honneur dont le premier s’intitule Miniatures concrètes regroupant 24 électroclips — présentés comme autant d’électrochocs — de compositeurs en provenance des quatre points cardinaux. Ce lancement, prévu pour 18h mercredi sera suivi d’un concert où les fondateurs de Réseaux, Jean-François Denis, Gilles Gobeil et Robert Normandeau, en plus de quelques autres invités, auront le champ libre. À 20h30, toujours au même endroit, aura lieu également un concert de l’Américain Mark Wingate.

Le lendemain, jeudi 17h15, se déroulera une soirée exclusivement consacrée au compositeur marseillais, montréalais d’adoption, Christian Calon. Les Corps éblouis, tel est le titre de son nouveau disque qui sera lancé à cette occasion; le deuxième à paraitre sur empreintes DIGITALes depuis Ligne de vie qui avait vu le jour en 1990 sous la même étiquette. A 18h30, après le lancement et une causerie animée par Réjean Beaucage-Bowell, Calon aura les coudées franches pour donner deux concerts lors de cette soirée au Théâtre La Chapelle.

Le vendredi 20, toujours aux mêmes heures et au même lieu, ce sera au tour de la Belge Annette Vande Gorne à retenir l’attention. Elle aussi s’entretiendra publiquement avec Réjean Beaucage-Bowell avant de lancer son nouveau disque Impalpables et d’offrir ensuite des séquences acousmatiques. Même chose ou presque pour la soirce de samedi avec cette fois le Français Bernard Parmegiani, qui aura l’occasion de clore le festival Rien à voir le jour suivant, dimanche, à 14h. Un concert-surprise est prévu avec la participation de plusieurs jeunes compositeurs.

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Agenda


in Le Devoir (Québec), February 14, 1998

Mercredi à 18h30: Jean-François Denis, Gilles Gobeil, Robert Normandeau (Québec) et Mark Wingate (Etats-Unis) à 20h30. Jeudi à 18h30 et 20h30: Christian Calon (Montréal). Vendredi à 18h30 et 20h30: Annette Vande Gorne (Belgique); Samedi à 18h30 et 20h30: Bernard Parmegiani; Dimanche à 14h: Parmegiani et la relève.

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De l'âge de la couture au règne de la souris

by Louise Leduc
in Le Devoir (Québec), February 14, 1998

La musique dite «concrète» célèbre cette année son demi-siècle. La troisième édition de l’événement Rien à voir, tout à entendre soulignera cette semaine la chose en grand avec la présentation au Théâtre de la Chapelle du travail de quelques-uns des plus illustres représentants de ce genre musical, notamment celui du compositeur français Bernard Parmegiani.

À travers ce seul Parmegiani, aujourd’hui âgé de 70 ans, c’est presque toute l’évolution de la musique concrète qui se trouve résumée, de «l’âge de la couture» jusqu’au règne de la souris.

La couture? «À l’époque, on travaillait le son et les bandes avec des ciseaux. Le travail d’alors, très artisanal, s’apparentait à celui d’une dentellière. Il n’était pas question de recommencer: une fois la coupe réalisée, on ne pouvait plus retourner en arrière», rappelle Bernard Parmegiani, joint à son domicile de Saint-Rémy-de-Provence, où il possède son propre studio.

Chez lui, il a conservé des rayons entiers de bobines, des sons de toutes sortes, des milliers de sons, tirés du quotidien, comme de la pluie qui tombe, des lucarnes qui grincent. Retravaillés, jadis au ciseau, aujourd’hui avec des logiciels informatiques, les sons sont mis sur bande magnétique ou sur un disque dur et amplifiés par quantité de haut-parleurs. Pour la musique acousmatique, les salles de concert n’ont ni fosse, ni chef, ni solistes. Comme l’exprime si bien le nom de l’événement, il n’y a rien à voir, tout à entendre, par l’entremise de ces haut-parleurs.

Aussi spécialisé soit ce créneau, il compte à Montréal de nombreux adeptes. On enseigne la musique concrète et électroacoustique dans trois des quatre universités (Montréal, McGill et Concordia). L’an dernier, Rien à voir, tout à entendre a, pour la plupart de ses représentations, fait salle comble au Théâtre de la Chapelle et des supplémentaires ont été ajoutées. Vu le succès de la série, les organisateurs ont cru bon cette année de présenter un Rien à voir… à l’automne et un autre en cette semaine de février.

D’autres musiques expérimentales que celle-là ont fait long feu. Comment expliquer la pérennité de celle-là, cinquante ans plus tard? «Il est vrai que la musique dodécaphonique ou sérielle n’a pas survécu. La musique électroacoustique a profité, elle, de compositeurs qui ont su se remettre en cause, faire preuve d’objectivité face à leur travail et sans cesse se renouveler», estime Bernard Parmegiani.

Loin de l’unanimité

Bien sûr, ils n’ont jamais fait l’unanimité et ne rallient toujours pas la majorité, même au Québec. Un groupe de compositeurs, Les Mélodistes indépendants, a même été formé en 1996 pour contester cette forme de musique et pour prôner un retour aux sources, à une musique plus traditionnelle, avec de vraies notes et de vraies mesures. «Le compositeur Michel Chion, grand défenseur de la musique concrète, a déjà ainsi résumé le débat: les romantiques ou les expressionnistes n’avaient pas tort de ne pas être des fauves, tout fait partie d’une évolution. La création ne suppose pas nécessairement la suppression», note Bernard Parmegiani.

Comment en est-il venu à assister aux premiers balbutiements de cette musique concrète? De fil en aiguille, pourrait-on dire. Très tôt initié à la musique par ses deux parents qui l’enseignaient, Bernard Parmegiani a été élevé entre deux pianos. Très jeune, il manifesta un goût prononcé «pour la construction et la déconstruction». Avec des illustrés, il créait des photomontages, la plupart du temps humoristiques. De l’expérience visuelle à l’expérience sonore, il n’y avait qu’un pas. Devenu ingénieur du son, Parmegiani commence son travail de couture et découpe des petits morceaux de bandes pour des compositeurs aussi réputés de Iannis Xenakis. Le père de la musique électroacoustique, Pierre Schaeffer, remarque cet ingénieur du son et l’invite à un stage de deux ans, sous sa direction.

Au fil des ans, Parmegiani compose une soixantaine d’œuvres, sans compter ses nombreux génériques pour la télévision et quantité de commandes de musique de films.

Aujourd’hui moins en demande dans ces secteurs, il écrit beaucoup de pièces destinées à la danse. L’une de ses œuvres phares, De natura sonorum, sera notamment jouée au Théâtre de la Chapelle le dimanche 22 février. S’il ne se dit pas très enthousiaste en général envers la musique électroacoustique, le musicologue Jean-Jacques Nattiez a tout de même collaboré, en 1982, à la rédaction de l’essai L’Envers d’une œuvre. Écrit par Jean-Christophe Thomas, cet ouvrage suivait à la trace le compositeur Parmegiani au fil de sa création De natura sonorum.

Jean-Jacques Nattiez estime que cette oeuvre a bien vieilli. «Souvent, le compositeur de musique électroacoustique est pris de vertige devant la multiplication des sons qu’il peut fabriquer. J’ai toujours considéré De natura sonorum comme une espèce de modèle, notamment par son économie de moyens.»

Comme quoi, parfois, les orientations musicales ne sont pas, d’office, irréconciliables…

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Agenda

by Dominique Olivier
in Voir (Québec), February 12, 1998

Cette semaine débute le deuxième Rien à voir de la saison, événement consacré à la musique électroacoustique. Réseaux présente encore une fois une édition prestigieuse, avec des artistes tels Bemard Parmegiani, Annette Vande Gorne, Christian Calon et Mark Wingate, en plus de jeunes compositeurs. Du 18 au 22 février, au Théâtre La Chapelle.

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Discreet Music

by Chris Yurkiw
in Mirror (Québec), February 12, 1998

“At first the art of music sought and achieved purity, limpidity and sweetness of sound. Then different sounds were amalgamated, care being taken, however, to caress the ear with gentle harmonies. Today music, as it becomes continually more complicated, strives to amalgamate the most dissonant, strange and harsh sounds. In this way we come ever closer to noise-sound.”

Whenever this quote from Luigi Russolo is bounced around, the kicker is that the futurist artist wrote it in his manifesto The Art of Noises back in 1913. Russolo was ushering in the modern era and he gets cited because he turned out to be a damn good futurist. By the ’20s, French composers like Erik Satie and George Antheil were writing ballets for sirens, crying babies and typewriters; a generation later, American John Cage was reinforcing the idea that all sounds — including silence — were musical; into the rock era it was no great leap to the feedback of Hendrix, the kling klang of Kraftwerk and the scratching of Grandmaster Flash.

But long before the avant-garde became popular, a pair of Pierres named Schaeffer and Henry made a crucial discovery while playing around with the new technology of magnetic recording tape in 1948. In the studios of Radiodiffusion Télévision Française they manipulated recorded sounds — both “musical” and non — by splicing the tape, rearranging it, varying the speed, looping it and overdubbing it. Schaeffer called it “musique concrète,” and with that he allowed for the possibility of a truly “artificial” music. Not many considered it to be music then, and even 30 years later people were still railing against studio creations with the battle cry, “Disco sucks!”

Fifty years after the birth of musique concrète (and a few changes in name, like electroacoustic or acousmatique music), Pierre Schaeffer’s break is certainly not lost on Jean-François Denis. Denis is one of the pillars of Montreal’s vibrant electroacoustic scene — the French connection not insignificant — a composer first but nowadays more of an instigator who spends most of his time promoting the music by releasing it on the crucial empreintes DIGITALes label. It’s a tiresome job pushing an ambient, jarring and intellectualized music, but Denis places more faith in its acceptance by the proverbial “people” than any industry, media or festival.

“I think electroacoustic music is becoming less bizarre for the public,” says Denis, “and more present in their lives. The scores for lots of films, for example, are often verging on electroacoustic music, but it’s never pointed out to the audience.”

So Denis and composers Robert Normandeau and Gilles Gobeil, a trio who make up the electroacoustic promotional body Réseaux, are using the 50th anniversary of musique concrète to try to make their point once again. Not that they need an excuse: the upcoming concerts Rien à voir (3) are the third in a series presented by Réseaux in the past year. But the link with the past is going to be made clear with the works and presence of two European figures; Frenchman Bernard Parmegiani, one of the godfathers of electroacoustic music whose work dates just post-Schaeffer, and Belgian Annette Vande Gorne, whose breaking of the gender barrier in yet another boys club has inspired Canadian electroacousticiennes such as Wende Bartley and Roxanne Turcotte.

Works by Denis, Normandeau and Gobeil will also be accompanied by those of Montrealer Christian Calon and Mark Wingate, one of the few American practitioners of a form rooted much more firmly in Europe and its stronger outposts. And while the presence of the composers is a nice touch, it’s certainly not needed in electroacoustics, where the recorded works are played for the audience via a surround-sound style set up of 20 loudspeakers.

“When the lights go down at an electroacoustic concert,” says Denis, “I always think, ‘I have no idea what this might sound like.’”

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Papa! C'est de la poésie

by Michael D. Hogan
in Ici Montréal (Québec), February 12, 1998

En 1948, Pierre Schaeffer, alors responsable du studio d’essai de la Radio française, découvrait les possibilités du disque souple pour enregistrer, transfommer et organiser des sons existants dans l’environnement. On assistait ainsi à la naissance de la musique concrète. Cinquante ans plus tard, ce type de musique n’a cessé d’évoluer et est plus présent que jamais dans notre univers sonore (indicatifs radio et télé, pubs, créations radio, etc.). Réseaux, une société de diffusion des arts médiatiques, a donc décidé de célébrer l’anniversaire de ce vaste champ d’expérimentation de la musique moderne en présentant Rien à voir (3) une série de neuf concerts acousmatiques et de rencontres avec des compositeurs invités: Mark Wingate, Christian Calon, Annette Vande Gorne et, surtout, Bernard Parmegiani, à qui l’on rendra hommage pour la circonstance.

Bernard Pammegiani compte parmi les plus grands compositeurs de musique concrète. Plus tôt cette semaine, il nous a parlé depuis son studio de Paris. Bien que très loquace, l’homme se révèle assez peu en entrevue. Issu d’une famille de musiciens et très tôt fasciné par le découpage et le collage d’images, Parmegiani est d’abord venu à la création sonore comme technicien, puis comme ingénieur de son à la radio et à la télévision. Il fut ensuite invité à faire un stage au Groupe de recherche musical piloté par Pierre Schaeffer et Pierre Henry. C’est à cette époque qu’il eut l’occasion de réaliser des films, tant du point de vue de l’image «de synthèse» que du son. Puis vint la composition de Violostries, qui le rendit célèbre.

Ce qui frappe au premier abord dans ce cheminement, c’est la multiplicité des champs d’investigation (il a aussi pratiqué la pantomime pendant quatre ans), autant que l’incessante rencontre entre les préoccupations pour l’image et pour le son. Il est également intéressant de constater la fréquence avec laquelle reviennent dans son discours des mots se rapportant à une certaine indétemmination: intuition, pressentiment, inconscient, diffusion, hasard.

La musique concrète est un genre très jeune. Aussi, n’a-t-elle pas encore développé de grammaire commune, à l’instar de la musique orchestrale. Les compositeurs peuvent donc se permettre d’explorer une multitude de possibilités dans l’arrangement de leurs différents matériaux sonores. Parmegiani explique: «C’est en traduisant de manière plus ou moins consciente les images de ma vie onirique dans l’œuvre que j’organise ces agencements.» Et toute autre expérience quotidienne peut aussi y être intégrée (une lecture, une rencontre, le souvenir d’une expérience passée). «C’est dans la rencontre réussie de tous ces éléments que se produit un moment de trouble indéfinissable. Soudainement, cette musique génératrice d’images mentales ouvre à l’auditeur les portes menant à son propre cinéma intérieur.»

La musique électroacoustique est souvent considérée comme austère et difficile d’accès. Pourtant, elle n’est que l’expression (plus ou moins bien rendue parfois, il est vrai) d’un paysage intérieur. Beethoven, à qui on faisait les mêmes reproches en son temps, est aujourd’hui siffloté dans toutes les chaumières. Parmegiani dirait qu’il faut se mettre des «oreilles fraîches» et les garder ouvertes. Edgar Varèse, qui a aussi touché à la musique concrète aimait raconter cette anecdote: se promenant sur un site où l’on diffusait une de ses pièces, il croisa un homme avec ses enfants. L’homme pestait contre ce magma informe, mais sa fille lui répondit: «Chut papa! C’est de la poésie».

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ACREQ: tout à entendre, plus à découvrir


in Le Devoir (Québec), January 3, 1998

On tend à oublier que le Québec est une terre de prédilection pour la musique électroacoustique. Le vocable a une définition fort élastique et deux ou trois tendances se maintiennent. L’Association pour la création et la recherche électroacoustique au Québec (ACREQ) a fort discrètement vécu un schisme, la tendance ordinateur et la tendance acousmatique ayant parfois maille à partir.

Aussi, trois compères ont fondé Réseau, un organisme qui se consacre à la diffusion de concerts acousmatiques, une esthétique plus issue des studios du Groupe de recherche musicale (GRM) que des fabricants de logiciels Macintosh. Jean-François Denis, fondateur de l’étiquette de disques empreintes DIGITALes, et Robert Normandeau en sont les plus visibles.

Déjà, il y avait les concerts au Planétarium Dow de Montréal, organisés en saison. Maintenant, Réseau organise selon les moyens qu’on lui accorde des sortes de mini-festivals, concentrés de rencontres, concerts et échanges.

Après deux éditions fort bien reçues, une troisième se prépare pour février. Robert Normandeau y fait un peu figure de porte-parole, présentant les concerts. Les nombreux prix qu’il a reçus pour ses oeuvres lui ont donné l’énergie pour encore mieux défendre une cause qui fréquemment passe sous silence, à tort.

Dans un acousmonium de qualité (c’est le nom qu’on donne à l’orchestre de haut-parleurs qui vous regarde, vous entoure, vous violente et vous caresse avec autant de bonheur qu’une symphonie du romantisme tardif) au Théâtre la Chapelle, l’équipe de Réseau va donc célébrer les 50 ans de la musique concrète (un autre nom pour cette forme d’art), lancée à Paris par Pierre Schaeffer.

Des invités de partout, notamment Bernard Parmegiani, un des bonzes de l’électroacoustique.

On aimerait bien déjà annoncer la tenue de la suite du pendant de février, prévu en automne, mais Réseau est un organisme qui subsiste sans subvention de fonctionnement, uniquement de fonds recueillis projet par projet. Souhaitons-lui plus que bonne chance.

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Français

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