Akousma (1): press
La danse pour s’initier à l’électroacoustique
by Sylvie St-Jacques
in La Presse (Québec), January 26, 2005
C’est une exploration des sens que nous propose la série de concerts électroacoustiques Akousma, de la société Réseaux. À l’occasion de ce spectacle multidisciplinaire présenté au Monument-national, du 20 au 29 janvier, l’acousmatique, l’installation sonore, le vidéo-musique et la danse se juxtaposent et se relaient. Sur 10 jours, cinq concerts musicaux alternent avec cinq spectacles de danse où les chorégraphes Yoshito Ohno (Eye) et Lucie Grégoire (Erinyes pour Lucie) intègrent la danse à un environnement musical composé par Robert Normandeau.
Pour les amateurs de danse contemporaine, qui seraient des non-initiés en matière de musique électroacoustique, l’occasiom est belle de réfléchir à la place de la musique dans l’art chorégraphique. Dès que l’on pénètre dans la salle de spectacle, l’environnement sonore est là, enveloppant, même aliénant. Il est inspirant de se laisser porter par cette ambiance qui évoque les bruits incessants de la vie urbaine, tout en faisant poindre, à l’occasion, des sons de la nature. On a l’habitude de servir la musique en guise d’accompagnement à la danse. Cette fois-ci, les rôles sont renversés et le spectateur doit réévaluer ses repères.
Si l’idée du projet est porteuse, le fruit de la rencontre entre chorégraphe et compositeur nous laisse un peu sur notre faim. La brièveté des pièces, l’austérité du mouvement chorégraphique, l’harmonie difficile entre les deux formes artistiques qui revendiquent leur place à l’avant-plan, nuisent à la transcendance. Chorégraphe et interprète chevronnée, Lucie Grégoire danse avec une intensité introvertie qui convient à l’aspect inquiétant de la pièce. Cependant, la distance entre elle et le public est amplifiée par son caractère cérébral.
À l’issue de la pièce, il est intéressant de parcourir le café du Monument-national pour voir l’installation de Roxanne Turcotte intitulée Le Musée sonore. Cette exposition qui regroupe des petits objets sonores et lumineux, des textes inspirés et une ambiance musicale dans le même esprit que le spectacle, permet une transition bénéfique avant de retrouver les bruits «réels» de la ville frigorifiée.
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Louis Dufort, le polymorphe
by François Tousignant
in Le Devoir (Québec),
January 24, 2005
On peut diviser ce concert en deux parties. D’abord celle qui utilise les instruments traditionnels en combinaison avec l’électronique, en temps direct comme en «bande» (faute de meilleur terme pour le nouveau support sonore).
On assiste à trois états du «théâtre» musical. D’abord le plus intellectuel et pictural: Accident, où Marie-Chantal Leclair fut renversante. L’interaction avec l’électronique comme sa provocation par ses interventions révèlent un univers aussi parlant que prenant. Un son part du saxophone, l’électronique le magnifie avant de le lui rendre, ou vice-versa, sous forme de moult péripéties, sorte d’accidents dans un parcours formel net et saisissant.
Les adjonctions d’effets spéciaux (bruits de clés, usage de grelot qui tinte ou qui choque l’instrument) s’inscrivent dans la trame évolutive; le truc anecdotique, Dufort n’en veut pas, il lui redonne un sens.
Pour Spiel, la parole poétique des quelques vers cités guide mieux l’auditeur. La flûtiste Claire Marchand avait déjà ébloui à la SMCQ plus tôt cette saison; on la retrouve ici aussi maîtresse de tout ce qu’elle a à faire au point que l’on n’écoute plus que ce qu’elle a à dire. Qui pense que ce type de répertoire n’est que facilité ou vision absconse se voit ici enveloppé dans un monde de sonorités stellaires qui rejoint le plus intime de l’Être (pour parodier le bref texte utilisé par Dufort). Malgré certains éclats, cette oeuvre intimiste mérite de se voir reprise, souvent et en divers milieux pour que chaque nouvelle interprétation en apporte une vision plus intérieure. Voilà une des forces de Dufort: nonobstant ce qu’il présente de mieux, on sent qu’il y a là potentiel à évolution interprétative selon les conditions de présentation, une des caractéristiques de cet art acousmatique.
Avec Consomption, le théâtre fait son entrée de plain-pied. Un éclairage plus soigné aurait aidé à mieux faire passer le jeu d’Émilie Laforest. Sa bouche se fait parfois émettrice du cri (sous toutes ses formes), parfois elle devient émettrice virtuelle de ce que diffusent les haut-parleurs. Le jeu est assez surprenant, malgré une mise en scène un peu lourdaude. L’expression n’en est pas moins poignante et le résultat, encore une fois, se montre digne d’un grand créateur.
La seconde partie se consacre plus directement à l’électronique «pure». Sound Object, avec ses trois écrans qui peignent l’origine des sons transformés, reste un premier essai; soigné, certes, mais sans réelle conséquence que ludique et superficielle. La démonstration l’emporte sur le reste, surtout quand on sait ce que ce domaine a déjà donné de fort.
Grain est curieusement plus conventionnel. L’idée est trop simple pour supporter un traitement original, et Dufort se contente de rester dans les sentiers battus, Après le reste, cela décevait un peu. On s’est repris en revoyant Cantique #2, toujours aussi efficace et intrigant, laissant perplexe, et dont la lecture aux niveaux deux ou trois sans les manipulations polyphoniques d’images et de sons demeure encore aussi stimulante.
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Promesse de belles éclosions
by François Tousignant
in Le Devoir (Québec),
January 21, 2005
Pas bête de lancer cette nouvelle série basée sur l’électroacoustique qui intègre danse, arts visuels… pour revivifier des activités en crise. Un premier bravo à Réseaux pour cette initiative qui remplace les Rien à Voir. Très bien aussi de commencer la manifestation par des lauréats du Prix Hugh-Le Caine de La Fondation SOCAN. On se fait une idée de ce qu’accomplissent les jeunes et des personnalités des jurys de 2003 et 2004.
Une chose en commun chez tous ces jeunes compositeurs: ils ne sont guère apprentis et maîtrisent fort bien la technologie. Un peu trop même: hormis Googolplex et À l’horizon du silence, on entend beaucoup de jeux de boutons décoratifs sans toujours une grande substance.
Pourtant, Nicolas Bernier manie bien les «entonnoirs» pour engouffrer ou faire s’épanouir le son; son oeuvre montre une réelle sensibilité au timbre, à sa distribution; l’effet, s’il est souvent superficiel, n’est jamais gratuit. En cela, la dernière pièce du programme va bien plus loin dans le même genre; Dorward sait en effet se protéger de la complaisance. Sa pièce est la plus courte et aussi la plus structurée. Ici, on tient un musicien.
L’autre bon moment fut la seconde prestation de Wilson: Googolplex. Bien des musiques acousmatiques usent du phonème et s’y cassent les dents. Pas lui; on passe de l’humour à l’horreur, du trivial au sérieux avec une discipline de musique «pure» généralement si réfractaire au matériau linguistique souvent anecdotique. Ill faut regretter y quelques flottements de montage. Avec l’expérience, il arrivera à plus finement fignoler la technique.
Peu à dire d’Ellipse (de Baril) et de la «proposition» Marcoux. Cette année-là, le jury a couronné du trop vert. Même le premier prix, l’oeuvre de Leclerc, reste encore dans des frontières gauchement limitées — ou mal explorées. L’intégration de la trompette en direct par le truchement de l’écho est efficace, mais son écriture reste banale, comme bien des commentaires enregistrés. Pourtant, il y a plus que de bonnes idées, sans pour autant apporter autre chose que des promesses une fois le temps de la concentration venu car, malgré même l’usage de simple stéréo plutôt que les huit pistes des confrères, cela se montre de fort bon niveau et porteur de potentiel.
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Des rendez-vous originaux
by Christophe Huss
in Le Devoir (Québec),
January 20, 2005
Les mélomanes intéressés pourront se retrouver le lendemain au Monument-national pour le portrait de Louis Dufort dans le cadre d’Akousma. Montréalais né en 1970, Louis Dufort avoue une passion pour les musiques électroniques mais aussi un amour pour le cinéma, la peinture et la danse contemporaine, ce qui l’amène à intégrer des éléments extramusicaux dans ses compositions. Ainsi, dans Sound Object, oeuvre de vidéo-musique qui ouvrira le concert, Dufort utilise son «outil audio-vidéo granulaire, le grainKrusher». La veille, demain donc, Akousma organise sa première soirée danse-musique. Faites votre choix…
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Systèmes de son
by Réjean Beaucage
in Voir #876 (Québec),
January 20, 2005
Akousma, c’est le titre d’une nouvelle série de concerts qui vise à présenter les différentes formes de musique électroacoustique. On en parle avec le compositeur Robert Normandeau, cofondateur de Réseaux.
La société de concerts Réseaux annonçait en février dernier, à la fin de sa 15e édition, la disparition de sa série de concerts Rien à voir et lançait un appel de projets afin de renouveler sa façon de présenter le vaste répertoire de la musique électroacoustique. En décembre dernier, premier fruit de ce renouvellement, la série Pulsar, consacrée à la musique acousmatique (concert multiphonique), était lancée au Planétarium de Montréal avec des œuvres récentes et nouvelles de Robert Normandeau. Ces œuvres seront regroupées sur le prochain disque du compositeur, Puzzles, qui doit paraître ces jours-ci chez Empreintes Digitales et qui créera une petite révolution dans la manière de présenter la musique électroacoustique sur disque.
Le disque est en effet encodé en trois formats différents, soit DVD-Audio, DVD-Vidéo (Surround 5.1 et stéréo) et DVD-ROM (fichiers MP3), ce qui permettra aux auditeurs équipés d’un système de cinéma maison de bénéficier du même type de multiphonie qui peut être entendu en concert (ou presque). «Les lecteurs de DVD sont beaucoup plus populaires que les lecteurs de SACD, l’autre format appelé à remplacer le CD, alors il était plus naturel pour Empreintes Digitales d’aller dans cette direction, explique Robert Normandeau. Et à ce que l’on sache, c’est le premier producteur québécois à réaliser un DVD-Audio». Il devrait être rendu disponible durant la série de concerts Akousma, qui débute ce jeudi 20 janvier.
Véritable petit festival qui s’étend sur 10 jours, Akousma présente l’éventail des pratiques en musique électroacoustique, une nouveauté pour Réseaux, qui a souvent été perçue comme le dernier bastion de l’orthodoxie acousmatique. «On s’est rendu compte, explique Normandeau, que la musique électroacoustique, sous quelque forme que ce soit, était très peu défendue à Montréal; en fait, nous sommes pratiquement les seuls à le faire à Réseaux, les autres producteurs s’étant spécialisés dans la musique populaire ou le multimédia. Les compositeurs de musique acousmatique pratiquent souvent d’autres formes de musique et nous avons décidé de leur offrir la possibilité de présenter les différentes facettes de leur travail dans des soirées ‘portrait’.»
C’est ainsi que des soirées sont offertes à Louis Dufort (musique mixte, acousmatique et vidéo-musique), Monique Jean (musique interprétée en temps réel avec Christian Bouchard, Christian Calon et Mario Gauthier), Annette Vande Gorne, de Belgique (musique acousmatique), et Marcelle Deschênes, pionnière montréalaise de l’électroacoustique. Chacune de ces soirées sera présentée en alternance avec un programme danse-musique concocté par Robert Normandeau avec la collaboration de la chorégraphe et danseuse Lucie Grégoire. On pourra aussi découvrir dans le Café du Monument-national une installation de Roxanne Turcotte.
Robert Normandeau: «On s’est rendu compte que la musique électroacoustique, sous quelque forme que ce soit, était très peu défendue à Montréal.»
Fidèle à ses habitudes, Réseaux offre une soirée à la relève, en l’occurrence les lauréats des éditions 2002, 2003 et 2004 du Concours national des jeunes compositeurs de la Socan (soirée d’ouverture). Réseaux avait d’ailleurs prévu présenter une série complète consacrée aux compositeurs émergents, la série Magnéto, mais n’a pu obtenir l’indispensable soutien du CALQ… Souhaitons que ce ne soit que partie remise.
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