Autour de l'électroacoustique

Par Philippe Tétreau in La Presse (Québec), 22 novembre 1997

Pour ceux qui l’ignoraient, sachez que Montréal fut du 12 au 16 novembre l’un des rares centres mondiaux de l’électroacoustique grâce à la tenue d’un festival intitulé Rien à voir au Théâtre La Chapelle. Plusieurs électroacousticiens d’ici et d’ailleurs y présentaient leurs oeuvres. Parmi eux, soulignons la présence événementielle du Français Luc Ferrari, que l’on peut ranger sans sourciller aux côtés des Pierre Henry, Pierre Schaeffer ou, plus près nous, Francis Dhomont. Mais il revenait à l’un des nôtres — Claude Schryer — d’inaugurer ledit festival par une conférence prononcée conjointement par Schryer lui-même et Hélène Prévost. Cette conférence fut suivie de l’audition de leur nouveau disque faite dans des conditions optimales.

Un nouveau disque ( disponible au début de décembre ) vient donc de s’ajouter au catalogue de la maison empreintes DlGlTALes vouée à la vitalité de l’électroacoustique. Ce premier disque de Claude Schryer intitulé Autour reflète à sa façon l’écologie sonore, théorie élaborée et mise de l’avant par le musicien canadien bien connu R. Murray Schafer. Schryer a d’ailleurs travaillé récemment aux côtés de Schafer et a fondé avec lui l’Association canadienne pour l’écologie sonore.

Les séquences sonores de Schryer sont composées de diverses prises effectuées dans plusieurs lieux d’Amérique du Nord, prises dont l’intérêt repose sur l’agencement sensible que Schryer en fait. Cet électroacousticien manipule le micro telle une caméra, choisissant ses angles, grossissant tel ou tel détail, définissant une image sonore pour en varier les effets, bref, déploie tout un art de l’écologie sonore afin que l’image audible puisse restituer tout un climat. Nous sommes ainsi beaucoup plus proches des procédés cinématographiques que de ceux qui ont cours dans la musique écrite sur des portées. Il n’y a qu’à examiner les partitions de ce type de répertoire pour voir en elles des espèces de diagrammes que l’on pourrait croire issus d’un institut de cardiologie.

Claude Schryer privilégie surtout le montage des éléments captés pour les transformer par la suite en studio. Cette post-production n’est pas négligeable quant au produit fini mais à l’écoule de celui-ci, c’est davantage les sonorilés de la nature ou celles des centres urbains qui demeurent en mémoire plutot que les artifices scintillants de la cybernétique. Évitant de matraquer l’auditeur d’effets surchargés et promis à l’oubli, Schryer accorde à l’occasion une place assez importante au silence favorisant du même coup le souvenir des sonorités choisies et la sensation de plénitude recherchée. Celle-ci est, il faut le dire, plusieurs fois obtenue.

Des quatre montages que l’on retrouve sur ce nouveau compact, trois sont composés de miniatures, sorte de cartes postales sonores qui forment une suite possédant son caractère propre que l’on ne peut confondre aux autres oeuvres du disque. Toutes ces séquences montées propesent des itinéraires variés et portent des titres à la fois subjectifs et explicites: Musique de l’odyssée sonore; El medio ambiente acustico de México; Vancouver soundscape revisited et Autour d’une musique portuaire oeuvre camposée conjointement avec Hélène Prevost, réalisatrice à Radio-Canada. Cette dernière, très impliquée depuis plusieurs années dans la création d’oeuvres contemporaines, signe avec Schryer une solide réalisation qui concilie adroitement les sons des monuments du Vieux-Port de Montréal aux improvisations inspirées des instruments à vent faites en studio.

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La surprise de redécouvrir

Par François Tousignant in Le Devoir (Québec), 22 novembre 1997

L’écologie sonore voudrait nous faire prendre conscience de la variété, de l’unicité et de la poésie de notre environnement sonore. Claude Schryer s’efforce d’écrire de tout petits poèmes, ne dépassant que rarement deux minutes, basés sur des archives sonores que lui ou d’autres ont glanées au fil de leurs tribulations.

Force est de reconnaître que le «paysage sonore» de Mexico, de Vancouver ou de Québec est d’une uniformité navrante. Comme le compositeur va toujours chercher le même type de sons (eau, sirènes de bateau, bruit de train… ), il ne reste alors que le traitement où l’on puisse chercher l’originalité. En vain. Ce n’est pas un chant espagnol qui montre la spécificité mexicaine, non plus que les cris d’un foreman anglophone qui nous insuffle la particularité de Vancouver.

Musicalement parlant, cela reste de l’électroacoustique élémentaire qui, loin de magnifier son sujet, décourage l’auditeur, même bien intentionné. Pas d’appel, pas d’interpellation de la part de notre poète en herbe; qu’un appliqué report sur bande de choses et d’autres qui n’offre aucune perspective. Le choc est encore plus grand quand on arrive au dernier morceau.

Sur la symphonie portuaire qui fut entendue dans le port de Montréal, et grâce à la sensibilité d’Hélène Prévost et de deux formidables improvisateurs, on sent un peu de vie, d’imagination. Un souffle qui passe, qui apporte un rai de lumière dans toute la grisaille du disque. Peut-être que l’écologie sonore c’est cela: une toile de fond sur laquelle vous faites ce que vous voulez sans vraiment trop l’entendre. Pourtant, je pense comme Murray Schafer, un des instigateurs de cette discipline: le paysage, c’est beau, encore faut-il en faire quelque chose. Et quand il compose…

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L'acousmatique nécessaire et formidable

Par François Tousignant in Le Devoir (Québec), 17 novembre 1997

La seconde édition de Rien à voir s’est révélée un énorme succès artistique et public. Bien qu’encore marginalisés par les médias, pendant cinq jours, des électroacousticiens venus de Scandinavie, de France, des États-Unis et d’ici ont rendu compte de leurs avancées musicales devant un auditoire aussi nombreux qu’enthousiaste. La formule est remarquable: chacune des cinq journées est consacrée à un compositeur. En fin d’après-midi, il y a conférence de l’invité. Suit un concert consacré uniquement à ses œuvres. En soirée, il offre un programme d’œuvres qu’il aime parmi celles de ses collègues. On peut donc faire un tour varié stimulant. Dans un domaine si boudé par le large public (et également par la presse), il y a là occasion de chocs salutaires.

Ce qui ne veut pas dire que tout atteigne au chef-d’œuvre indiscutable. On y apprend, bribe de temps par éclat esthétique, comment s’articule une autre façon de penser la musique aujourd’hui, ce genre de création valsant entre l’élaboration d’un solfège, les idées musicales, et une parfois trop évidente soumission à la lutherie.

Donnons un aperçu en trois temps. Mercredi soir, conférence de Claude Schryer. Il s’intéresse à l’écologie sonore, explique sa démarche avec des illustrations de son premier disque (dont je parlerai plus tard). Force est de reconnaître qu’il a peine à convoyer son message dans cette formule; la fin de conférence d’Hélène Prévost fut plus sentie.

Jeudi était consacré à Åke Parmerud. Il a concocté un récital remarquable de construction et d’intelligence. Des pièces entendues, Interiors de Blackford et l’«antique» Momenti de Berio ont le plus marqué. Si la technologie de ce dernier a vieilli, idées et gestes triomphent des ridules du temps. Ce qu’a démontré l’Hommage à Pollock qui précédait, utilisant un traitement, une disposition dans l’espace infiniment plus sophistiqués, où le brio technique compense le manque d’inspiration — comme tant de pièces pour piano du XIXe siècle.

À retenir, la qualité de l’acousmonium et, surtout!, l’immense sensibilité de Parmerud comme virtuose de la console. Il rend les œuvres sans agressivité physique ni ennui, laissant plus de place à la musique qu’aux décibels. On souhaite que la leçon soit assimilée. De plus, l’éclectisme permit d’apprécier la diversité des perspectives.

Bouquet final, les deux compositions de Ferrari de samedi soir, reposant sur le verbe poétique comme fond narratif d’émotions subtiles (parfois trop subtilement déployées) qui accrochent. Images fortes: la confrontation entre les Fusillades de Goya et une femme qui ne porte pas de dessous, qui se termine en acte charnel sur l’Escalier des aveugles avant de reprendre le train, ou, encore, la belle allégorie sensuelle entre brise-glace et glace, et homme et femme.

Sur ces images d’apparence crue, le poète (Tondichter beethovénien) tisse sa trame; si la technique est sans flamboyance, ses nuances attestent sa force. On regrette un peu la profondeur d’un Dhomont et une tendance vers une séduction au goût du jour, sans pour autant dénier qu’on ait devant soi un artiste vrai qui émeut loin par spn approche des phénomènes sonores. A ceux qui doutent de cette forme d’art, sa nécessité triomphalt sans conteste. Vivement février pour la troisième édition annoncée!

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Quête électroacoustique

in Journal de Montréal (Québec), 14 novembre 1997

Après une première édition très réussie, Rien à voir poursuit en ce moment sa deuxième série de concerts électroacoustiques, dans une amblance cabaret au Théâtre de la Chapelle.

Depuis mercredi 12 novembre, des compositeurs de Montréal, de Suède, des USA et de France occupent l’espace de ce théâtre de 100 places. Vingt hauts-parleurs projettent leur musique. Les compositeurs qui ont travaillé au montage des bandes sonores n’apparaissent pas sur la scène et pour cette raison on a baptisé cet événement Rien à voir.

Programme

Ce soir, à l’horaire, une rencontre entre Réjean Beaucage-Bowell et Jon Appleton. Ces deux compositeurs s’entretiennent de leur art de 17h15 à 18h00. L’Américain Jon Appleton sera la vedette de la soirée. À 18h30, il se consacre à la projection d’oeuvres solos et plus tard à 20h30, il se permet toutes les libertés avec «concert carte blanche».

La soirée de vendredi sera consacrée au Français Luc Ferrari. Une rencontre précédera le concert-hommage et, dans un deuxième temps, Le bruit de la parole pénètre l’intime.

Samedi à 14 h, un concert-découverte rassemble de nombreux jeunes compositeurs de musique électroacoustique.

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Agenda

in La Presse (Québec), 13 novembre 1997

Rien à voir. La société de concerts Réseaux présente Rien à voir, un festival de musique élecro-acoustique, ce jeudi 13 jusqu’au samedi 15 novembre à 18h30 et 20h30, et le dimanche 16 novembre à 14 h, au Théâtre La Chapelle, 3700, rue Saint-Dominique (métro Sherbrooke). Concerts présentés sur un ensemble de 20 haut-parleurs. Coût: 14 $, 7 $. Rens.: 843-7738.

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Sens unique

Par Nicolas Bérubé in Montréal Campus (Québec), 12 novembre 1997

Aucune musique ne berçait l’appartement de la rue De Lorimier. Pourtant, de sa cuisine, Jean-François Denis pouvait imaginer un orchestre avec les sons ambiants qui perçaient le silence. «Du ronronnement d’un ordinateur au bruit de verres qui s’entrechoquent, tout son devient une matière première exploitable en musique concrète (électroacoustique), explique le compositeur. Ce genre musical est un montage de sons tirés de leurs contextes, plus ou moins modifiés par le compositeur, qui ne produisent aucune mélodie», précise-t-il.

C’est ce type d’arrangement sonore qui sera présenté au Théâtre La Chapelle du 12 au 16 novembre à l’occasion de la série Rien à voir. Ainsi, une vingtaine de haut-parleurs seront dispersés dans la salle pour créer un véritable «cinéma pour l’oreille». Les spectateurs pourront donc se laisser emporter par un tourbillon musical différent chaque soir. Pas de danseurs, pas de jeux de lumière. Une scène totalement vide, qui laisse la place à une célébration de l’ouïe…

Le festival Rien à voir, qui avait fait salle comble lors de sa première édition en février dernier — «nous avons dû rajouter des chaises certains soirs», se rappelle l’artiste — , propose des invités de renommée mondiale. La série de concerts s’ouvre avec une prestation des trois créateurs du festival: Jean-François Denis, fondateur de la Communauté électroacoustique canadienne, Gilles Gobeil, dont le travail a été primé à travers le monde et Robert Normandeau, premier docteur en électroacoustique de l’Université de Montréal, présenteront leurs œuvres personnelles. Ned Bouhalassa, compositeur montréalais, le Suédois Åke Parmerud, l’Américain Jon Appleton et le Français Luc Ferrari présenteront aussi leurs créations et c’est la relève montréalaise qui conclura le festival.

Comme c’est souvent le cas dans le domaine des arts, l’événement est organisé avec l’aide de quelques commanditaires et des subventions négligeables. «Mais la base du festival est l’extraordinaire complicité entre les auteurs», pense Jean-François Denis.

Électroacoustique 101

Malgré son petit cachet nouvel âge, la discipline électroacoustique a vu le jour il y a 50 ans. Pierre Schaeffer, responsable du Studio d’essai de la Radio française, commençait à exploiter les boucles créées par un disque qui sautait. Parallèlement, en Allemagne, les bruits produits par des oscillateurs étaient enregistrés en studio. De la fusion de ces deux procédés est née l’acousmatique, ou l’électroacoustique. Depuis, cette forme d’art a beaucoup évolué.

«On retrouve, comme dans toute discipline, plusieurs tendances et plusieurs modes. Mais la liberté de création est toujours un élément prédominant, lance Jean-François Denis. L’artiste peut décider d’enregistrer le bruit d’un papier qui se froisse, pour ensuite étirer le son et couper les hautes fréquences. Le produit fini est souvent loin du son origirial.» En fait, l’artiste manipule les sons en studio jusqu’à ce qu’il arrive à un résultat satisfaisant.

Suffit-il simplement d’enregistrer des bruits pour faire de la musique concrète? «Comme le peintre qui peut lancer de la peinture sur une toile, le musicien est libre de faire ce qu’il veut avec les sons, précise Jean-François Denis. Une fois enregistrée et retravaillée, La pièce est prête à être jouée.»

En spectacle, le compositeur contrôle le volume, les aiguës et les basses, afin de donner de la texture à la musique. «Mais La musique électroacoustique est hautement intuitive: elle n’a pas besoin de partitions», indique Jean-François Denis, qui souligne que la présence humaine est par ailleurs un des éléments essentiels de cette discipline. «Contrairement au projectionniste d’une salle de cinéma, qui ne fait que mettre en marche le projecteur, la présence du compositeur ajoute de la profondeur à la pièce, pense-t-il. Ce dernier amène souvent des petites notes gribouillées qui lui permettent de suivre la progression de l’œuvre et de manipuler les haut-parleurs en conséquence.»

Des limites, l’électroacoustique ne semble pas en avoir. L’artiste cite le cas du compositeur Luc Ferrari, qui a un jour produit une pièce en enregistrant quinze minutes de son sur une plage… «Un son quelconque n’est pas une œuvre: il en devient une quand le musicien l’enregistre et choisit de l’incorporer dans sa musique.»

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Sorties de secours

Par Judy Funky in Ici Montréal (Québec), 6 novembre 1997

Cinq jours de musique électroacoustique débutent aujourd’hui. L’événement Rien à voir, tout à entendre nous permettra d’experimenter le son comme une dimension spatiale manipulable et presque concrète. Avec 20 haut-parleurs dans la salle, je crois qu’ils y arriveront facilement. Au Théâtre La Chapelle, 3700 Saint-Dominique des 18h30.

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Montrer le son

Par Dominique Olivier in Voir (Québec), 6 novembre 1997

Jean-François Denis présente la deuxième édition de la série Rien à voir, consacrée à la musique électroacoustique. Après le succès populaire inattendu de l’an dernier, Denis remet ça, et fait découvrir d’autres compositeurs.

En février dernier, Réseaux produisait une série de concerts de musique électroacoustique intitulée Rien à voir. Surprise: malgré le côté spécialisé de l’événement, Rien à voir première mouture fut un succès public. «La salle était presque pleine certains soirs, et trop pleine certains autres. On a rapatrié toutes les chaises qu’on a trouvées pour être capable d’accueillir les gens qui étaient venus au concert de Michel Chion. C’est toujours très agréable, alors on s’est dit: on va refaire la même chose», rapporte un des fondateurs de la série, Jean-François Denis, également directeur des disques empreintes DIGITALes.

La même formule se répète donc ce mois-ci, avec un second Rien à voir. Du 12 au 16 novembre, Réseaux présente sept compositeurs, québécois et étrangers, à raison de deux concerts par soir. Seule exception, le concert des jeunes compositeurs qui clôture cette édition, le 16 novembre à 14 h.

Est-ce que la deuxième série aura autant de succès que la première? «Une première édition, ça a toujours de l’impact. C’est cette fois-ci que le test va se faire! lance Jean-François Denis. Je produis des disques depuis huit ans, mais je reste un grand naïf. Je me dis tout le temps qu’on ne peut pas savoir. C’est sûr que des concerts comme ceux-là, des concerts dans le noir pour bande seulement, c’est très «focussé». Mais il n’y en avait pas eu beaucoup depuis quelques années. Nous, on se spécialise volontairement dans un créneau bien marginal, la musique sur bande diffusée par haut-parleurs, parce qu’on trouvait que c’était un genre qui n’était pas bien servi.» Et qui a son public!

Les compositeurs invités de ce Rien à voir sont le Montréalais Ned Bouhalassa, le Suédois Åke Parmerud, l’Américain Jon Appleton et le Français Luc Ferrari. Le concert d’ouverture, à l’instar de la saison dernière, sera consacré aux trois fondateurs: Jean-François Denis, Gilles Gobeil et Robert Normandeau.

À propos des invités, Denis situe les choses: «Il s’agit de musiciens qui sont soit des espèces de phares à cause de leur travail dans le passé, soit des créateurs très actifs aujourd’hui. Ils font partie des plus grands compositeurs, ceux qu’on reconnaît dans les concours et les festivals à travers le monde. Nous les côtoyons parce que nous voyageons beaucoup, mais on n’avait jamais été en mesure de les accueillir à Montréal, par manque de structure. On a créé Réseaux pour être capable d’avoir cette structure, pour pouvoir renvoyer l’ascenseur.»

«Du cinéma pour l’oreille»

Les compositeurs électroacoustiques du Québec et de Montréal en particulier sont très actifs à l’étranger. Montréal est même considérée comme un centre important en électro, malgré le peu de concerts qui se donnent dans la métropole. Il y aurait même un «son» montréalais, reconnu à travers le monde. «On dit déjà: ah oui, ça, ça vient de Montréal. Nous avons une culture américaine francophone. Ça crée une musique très américaine, mais pas des États-Unis. Il y a tout ce côté autre, minoritaire, fait de différences, qui devient une sorte de signature, tente de définir Jean-François Denis. Évidemment, quand on écoute Yves Daoust, Gilles Gobeil ou Robert Normandeau, c’est très différent. C’est bien clair que ce n’est pas la même musique. Mais il y a presque toujours des sons de la vie, de l’environnement, ou des références à ceux-ci.»

Montréal est donc sur la carte électroacoustique mondiale. Non seulement à cause de ce «son» typique, mais également parce que nos compositeurs raflent régulièrement les prix les plus prestigieux aux concours internationaux. De plus, empreintes DIGITALes est une des rares compagnies au monde à se spécialiser dans ce répertoire. Avec ses huit ans d’existence et 36 disques au catalogue, elle est d’une importance capitale pour notre rayonnement à l’étranger, aux États-Unis, en Europe et au Japon.

Jean-François Denis, qui fait rouler tout seul la machine, est plus fréquemment sollicité par des compositeurs de l’extérieur que par ceux de Montréal. «Ici, ils savent qu’empreintes DIGITALes, c’est une seule personne, alors ils ne me submergent pas!»

Lorsqu’on oeuvre dans le domaine de la musique électroacoustique, ou acousmatique, c’est-à-dire une musique qui n’offre rien à voir, mais tout à entendre — on parle de «cinéma pour l’oreille» — , il faut s’attendre à avoir du pain sur la planche, et pas beaucoup de beurre à mettre dessus… «L’année dernière, récrimine Denis, on a eu un petit coup de main des gouvernements, mais la somme était ridicule, moins de 11 000 $! On a tout fait avec la très grande complicité des intervenants. Il faut être capable de louer un système de son très important pendant une semaine, puis payer la salle, la publicité, la promotion, l’accueil des invités et l’avion! Cette année, on a eu deux fois plus d’argent, alors on fait deux séries au lieu d’une. Ce qui fait qu’on travaille encore sur le régime passion.» Rien à faire…

Le 12 novembre, le trente-sixième disque du catalogue empreintes DIGITALes, consacré au compositeur Claude Schryer, sera lancé en même temps que la seconde édition de Rien à voir.

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Gilles Gobeil, cofondateur du festival de musique électroacoustique Rien à voir

Par Dominique Olivier in Paroles et musique #4:10 (Québec), 1 novembre 1997

Le festival de musique électroacoustique Rien à voir en est à sa seconde édition. Pendant cinq jours, du 12 au 16 novembre, au Théâtre La Chapelle à Montréal, Ies amateurs d’électro et les autres pourront se plonger dans un bain de musique, entourés par un veritable orchestre de haut-parleurs. Un des trois co-fondateurs de l’évenement, le compositeur Gilles Gobeil, a été très surpris de l’accueil qu’a reçu la première édition en février dernier. «On a fait salle comble, et on s’est rendu compte qu’on ne s’était pas trompé. Il y a un public, une demande pour ce genre de musique-là. Pour nous, ça a été très important.»

Cette seconde édition permettra au public montréalais d’entendre et même de voir quelques uns des meilleurs compositeurs électroacoustiques au monde. Rien à voir recevra également le compositeur québécois Ned Bouhalassa pour un concert Carte blanche.

Le concert d’ouverture du festival sera sur le même modèle que l’an dernier puisqu’il présente des œuvres des trois fondateurs, Jean-François Denis. Robert Normandeau et Gobeil. Ce dernier diffusera sa pièce Point de passage, créée en mai dernier lors d’un concert de l’Association pour la création et la recherche électroacoustique du Québec (ACREQ).

Professeur en technique du son au CEGEP de Drummondville, Gobeil est une personnalité discrète. Perfectionniste acharné, il remet sans cesse sur le métier son ouvrage. «Je préfère produire peu et être satisfait du résultat», confie-t-il. Adversaire de la technologie à outrance, ce poète des sons considère qu’il y a un danger à se laisser accaparer par une «machinerie» en constante évolution. «C’est comme un labyrinthe dans lequel on peut facilement perdre son temps et son énergie. Ce qu’il faut, c’est savoir bien manipuler les outils pour passer le plus vite possible à l’acte de création.» Dernièrement, le compositeur remportait le Premier Prix et le Prix du public au Concours international de musique électroacoustique de Sao Paulo, au Brésil, avec sa piece Nuit Cendre. L’œuvre sera présentée en avril prochain aux Journées mondiales de la musique 1998, à Manchester, en Angleterre.

Ces temps-ci, Gilles Gobeil travaille sur deux pièces électroacoustiques qui seront prêtes dans le cours de l’année 1998. La première est une commande du guitariste Arturo Parra et sera pour bande seule avec adjonction de gestes de guitare. La seconde, pour bande et ondes Martenot, sera créée par l’ondiste Suzanne Binet-Audet en octobre 1998, lors de la Semaine internationale des ondes Martenot, organisée par l’Ensemble d’ondes de Montréal à l’occasion du 100e anniversaire de naissance de Maurice Martenot et du 70e anniversaire de l’invention de son instrument.

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Rien à voir, tout à entendre

in Voir (Québec), 28 août 1997

La seconde édition de l’événement Rien à voir, tout à entendre» se déroulera au Théâtre La Chapelle en novembre. «Déjà», diront certains, alors que la toute première édition de l’événement se tenait en février dernier. «Enfin», diront ceux qui attendent et espèrent que l’électroacoustique aura un jour, au Québec, Ia place qui lui revient… Est-ce inutile de répéter que cette discipline, chez nous ignorée, a une audience tout à lait respectable à l’étranger? Et que nos compositeurs électro sont parmi les plus réputés au monde? Pour en avoir le cœur net, il faut venir entendre les œuvres des organisateurs Jean-François Denis, Gilles Gobeil et Robert Normandeau, qui accueilleront aussi des invités: Ned Bouhalassa de Montréal, Åke Parmerud de Suède, Jon Appleton des États-Unis et Luc Ferrari de France. Le tout, bien sûr, dans une ambiance de cabaret. Du 12 au 15 novembre.

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Une semaine produite par Réseaux avec l’aide du Conseil des arts du Canada, du Conseil des arts avec l’aide du Conseil des arts du Canada, du Conseil des arts et des lettres du Québec, du Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal et de la Fondation SOCAN en collaboration avec la Chaîne culturelle FM de Radio-Canada.

• Réseaux (www.reseauxconcerts.com) est membre du Conseil québécois de la musique (www.cqm.qc.ca), du Groupe Le Vivier (www.levivier.ca) et est partenaire de LA LISTE (www.laliste.qc.ca).

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