Laurie Radford: press
Là où va la musique
by Réjean Beaucage
in Voir (Québec), November 29, 2007
Le compositeur Laurie Radford est un invité pour un soir de la série de concerts Akousma (4). Pour faire voyager le son entre les différents univers musicaux.
S’il est aujourd’hui reconnu comme un électroacousticien passé maître dans l’art de faire voyager le son, il faut savoir que Laurie Radford n’est pas non plus du genre à faire du sur-place. Natif du Manitoba, il étudiera la musique en Colombie-Britannique avant de faire un doctorat à Montréal et de se perfectionner à Paris et à Darmstadt. Il sera lui-même enseignant à Montréal, puis à Lennoxville et Edmonton, avant d’accepter de diriger le studio de musique électroacoustique de la City University de Londres, où il réside maintenant depuis 2005. Une pareille bougeotte n’est peut-être pas étonnante de la part d’un musicien qui a d’abord joué du piano, puis du trombone, de la contrebasse et de la guitare, avant de se fixer sur l’ordinateur! «C’est une recherche constante, explique-t-il depuis Londres, mais c’est surtout relié à la musique, à un désir de trouver des environnements stimulants. C’est ma musique qui m’amène là où je vais, même si elle va quelquefois à des endroits où je ne vais pas!»
Ces divers chemins qu’emprunte la musique se reflètent aussi dans le programme du concert que présentera Laurie Radford dans le cadre d’Akousma, alors qu’il fera entendre des musiques acousmatiques et des musiques mixtes, mais présentera aussi des vidéomusiques. «C’est vrai que j’aime voyager d’un univers à l’autre, et c’est en fait le sens du titre du concert: Les ponts de l’espace. C’est aussi le titre de deux des pièces qui seront sur le DVD-Audio qui sortira bientôt chez Empreintes Digitales.» On ne retrouvera malheureusement pas sur ce DVD la vidéomusique Filling, première œuvre du genre pour le compositeur, que l’on pourra voir au concert. «Les technologies pour travailler l’image ou le son sont tellement similaires que c’est très tentant pour les compositeurs de faire les deux. Je ne me considère pas comme un vidéaste, mais l’objet visuel, comme l’objet sonore, n’est qu’un fichier que je peux traiter pour en faire… une vidéo concrète! Il y aura aussi de la vidéo dans quelques courtes pièces pour deux violons.»
Le Quatuor Bozzini participe en effet à ce concert de Laurie Radford. Les violonistes Nadia Francavilla et Clemens Merkel interpréteront trois courtes pièces et leurs collègues Stéphanie et Isabelle Bozzini (alto et violoncelle) les rejoindront pour jouer Everything We See in the Sky. «Je n’ai jamais cessé d’écrire de la musique instrumentale, même si je fais de l’électroacoustique depuis 25 ans. Les ensembles instrumentaux font de plus en plus appel à moi, ou à d’autres compositeurs, pour des œuvres qui incorporent des traitements électroniques. Je crois que c’est en train de devenir quelque chose d’assez commun, et je pense que les compositeurs sont de plus en plus des artistes numériques (son, image, traitement, etc.).» Voilà qui risque d’effrayer certains puristes… «Oh! Il y a même des électroacousticiens qui n’aiment pas que l’on fasse aussi de l’image, mais à vrai dire, je pense que les artistes font seulement ce qu’ils ont à faire!» Ils vont simplement là où les mène la musique.
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L’électro savant d’Akousma
by Alain Brunet
in La Presse (Québec), November 28, 2007
Dans son studio de la Petite Patrie, le compositeur Robert Normandeau remet les pendules à l’heure de Réseaux, l’organisme qu’il a fondé en 1991 avec ses collègues Gilles Gobeil et Jean-François Denis et qui présente dès aujourd’hui quatre soirées consécutives de nouvelle musique électroacoustique: l’Anglaise Natasha Barrett, le Portugais Miguel Azguime, le Canadien Laurie Radford et le Québécois Gilles Gobeil.
Cet organisme, qu’on a déjà qualifié de pur et dur, a abandonné son volet acousmatique comme mode dominant, c’est-à-dire la musique élecroacoustique présentée sans intervention humaine en temps réel - sauf quelques spatialisations du compositeur à la console. Désormais, la plus savante des formes de musiques électroniques s’accompagne régulièrement d’instruments joués sur scène et même parfois de compléments multimédias.
Robert Normandeau ne parle pas d’abandon de l’austérité… il préfère évoquer la mutation de la lutherie pour justifier ce passage progressif de l’acousmatique aux musiques mixtes: «Maintenant, on peut se permettre à faibles coûts ce qui n’était pas possible jusqu’à une période relativement récente — plus ou moins cinq ans. Auparavant, cela nécessitait un dispositif extrêmement lourd et très cher. Or, les ordinateurs personnels sont maintenant assez puissants pour admettre les logiciels permettant cette cohabitation avec les instrumentistes. Cela a forcément changé la façon dont on crée l’électroacoustique.»
D’où l’événement Akousma, marqué par un retour en force du compositeur électroacoustique avec l’instrumentiste qui complète en temps réel sa proposition numérisée.
Question de génération, ajoute Normandeau, qui observe le phénomène en tant que professeur à la faculté de musique de l’Université de Montréal: «On voit apparaître de jeunes créateurs qui baignent depuis l’enfance dans l’informatique. Ce langage leur est parfaitement naturel. Et leurs collègues instrumentistes, issus de la même génération, se montrent parfaitement ouverts à la transmission orale de leurs consignes. Ainsi les oeuvres revêtent un caractère unique, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas jouées par d’autres instrumentistes que ceux en relation directe avec le compositeur.»
D’envergure internationale, Akousma se veut un «mélange de compositeurs» connus et moins connus de la petite constellation Réseaux — la seule société de diffusion qui présente uniquement les musiques électroacoustiques de concert, doit-on rappeler. Ainsi, oeuvres acousmatiques (diffusées sur plus de 20 haut-parleurs par les compositeurs), mixtes (pour instruments et bande), et vidéomusiques (performance multi-technologique) en constitueront le menu.
Bien qu’on y présentera d’autres oeuvres, notamment les gagnantes du prix Hugh-Le Caine (du Concours des jeunes compositeurs de la Fondation SOCAN 2007), chacune des soirées sera dédiée à un créateur: les compositions de l’Anglaise Natasha Barrett (établie en Norvège) seront présentées aujourd’hui, le Portugais Miguel Azguime sera sur place demain, le Canadien Laurie Radford (transplanté en Angleterre) et le Montréalais Gilles Gobeil seront respectivement à la barre vendredi et samedi.
Des exemples de ce qu’ils feront? Miguel Azguime combinera électroacoustique, poésie et percussion en temps réel dans le cadre d’une intervention multimédia. Une partie du travail de Laurie Radford, par ailleurs, impliquera le quatuor à cordes Bozzini. D’autres oeuvres incluront des instruments en temps réel. Gilles Gobeil, pour sa part, présentera trois oeuvres créées en Allemagne, soit au centre d’art médiatique ZKM.
«De l’électro comme jamais vue», dit le slogan promotionnel.
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Explorer le son
by Christophe Huss
in Le
Devoir (Québec), November 27, 2007
Si les quatre soirées d’Akousma (4), qui se tiendront de mercredi à samedi au Monument-National, nous promettent «de l’électro comme jamais vue!», c’est que la vidéo prendra une part non négligeable au coeur de ces concerts de musique acousmatique.
Akousma est organisé par Réseaux des arts médiatiques, une société de concerts de musique électroacoustique fondée en 1991 par Gilles Gobeil, Robert Normandeau et Jean-François Denis. Réseaux définit la musique acousmatique de la manière suivante: «Un son acousmatique désigne un son que l’on entend sans déceler la cause physique qui lui a donné naissance; il devient possible de l’écouter pour lui-même, plutôt que de le cataloguer selon sa cause.»
La musique électroacoustique, concrète ou acousmatique, selon les termes divers utilisés, doit beaucoup au Français Pierre Schaeffer, son inventeur, à son compatriote Pierre Henry, qui a le plus «popularisé» le genre et, bien sûr, au Québec, à Francis Dhomont, auquel la précédente édition d’Akousma avait rendu hommage. On signalera d’ailleurs qu’un DVD consacré à Pierre Henry, L’Art des sons, est paru chez Juxtapositions (distribution Naxos) il y a une semaine.
Le but de Réseaux est de faire de Montréal la capitale nord-américaine de l’électroacoustique. À l’occasion d’Akousma, vingt haut-parleurs relaieront les créations conçues préalablement en studio. La soirée d’ouverture sera consacrée à l’anglo-norvégienne Natasha Barrett (Angleterre, Norvège). Jeudi, le Portugais Miguel Azguime livrera une «performance multitechnologique» mêlant audio et vidéo avec, sur deux écrans, un traitement électronique des images et du son en temps réel, additionné d’une spatialisation sonore et vocale.
Vendredi Laurie Radford dialoguera avec le Quatuor Bozzini (Québec) dans «Les ponts de l’espace», la soirée de clôture de samedi dressant un portrait de Gilles Gobeil intitulé «Exploration des grands espaces». Tous les concerts sont précédés d’un avant-programme, avec, notamment, des oeuvres primées de jeunes compositeurs.
Parallèlement, des cours de maître, ateliers et conférences ouverts gratuitement au public,
auront lieu avec Miguel Azguime, Natasha
Barrett et Laurie Radford jeudi 29 novembre à 13h à la
Faculté de musique de l’Université de Montréal.
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