Robert Normandeau: press

Robert Normandeau, compositeur de musique acousmatique

by Florent Garcimore
in CIBL 101,5 Radio-Montréal (Québec), November 30, 2007

Dans le cadre de la série de concerts acousmatiques Akousma, qui a lieu du mercredi 28 novembre au samedi 1 décembre 2007, Florent Garcimore est allé rencontrer Robert Normandeau, un des fondateurs de Réseaux. Créée en 1991 Réseaux est la seule société de diffusion qui présente uniquement les musiques électroacoustiques de concert, autant celles des compositeurs d’ici que celle des compositeurs étrangers. Leurs salles sont toujours pleines. Mais Robert Normandeau est surtout compositeur. Dans son sous-sol, studio impressionant, il répond aux questions de Florent Garcimore.

• Il nous parle tout d’abord de la «musique par excellence» qu’est la musique acousmatique. • Ensuite Robert Normandeau évoque le peu de place accordé à la musique acousmatique, dans une société du spectacle telle que la nôtre. • Pour finir, Robert Normandeau nous parle de la branche de la musique acousmatique dans laquelle il exerce, à savoir le «cinéma pour l’oreille».

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L’électro savant d’Akousma

by Alain Brunet
in La Presse (Québec), November 28, 2007

Dans son studio de la Petite Patrie, le compositeur Robert Normandeau remet les pendules à l’heure de Réseaux, l’organisme qu’il a fondé en 1991 avec ses collègues Gilles Gobeil et Jean-François Denis et qui présente dès aujourd’hui quatre soirées consécutives de nouvelle musique électroacoustique: l’Anglaise Natasha Barrett, le Portugais Miguel Azguime, le Canadien Laurie Radford et le Québécois Gilles Gobeil.

Cet organisme, qu’on a déjà qualifié de pur et dur, a abandonné son volet acousmatique comme mode dominant, c’est-à-dire la musique élecroacoustique présentée sans intervention humaine en temps réel - sauf quelques spatialisations du compositeur à la console. Désormais, la plus savante des formes de musiques électroniques s’accompagne régulièrement d’instruments joués sur scène et même parfois de compléments multimédias.

Robert Normandeau ne parle pas d’abandon de l’austérité… il préfère évoquer la mutation de la lutherie pour justifier ce passage progressif de l’acousmatique aux musiques mixtes: «Maintenant, on peut se permettre à faibles coûts ce qui n’était pas possible jusqu’à une période relativement récente — plus ou moins cinq ans. Auparavant, cela nécessitait un dispositif extrêmement lourd et très cher. Or, les ordinateurs personnels sont maintenant assez puissants pour admettre les logiciels permettant cette cohabitation avec les instrumentistes. Cela a forcément changé la façon dont on crée l’électroacoustique.»

D’où l’événement Akousma, marqué par un retour en force du compositeur électroacoustique avec l’instrumentiste qui complète en temps réel sa proposition numérisée.

Question de génération, ajoute Normandeau, qui observe le phénomène en tant que professeur à la faculté de musique de l’Université de Montréal: «On voit apparaître de jeunes créateurs qui baignent depuis l’enfance dans l’informatique. Ce langage leur est parfaitement naturel. Et leurs collègues instrumentistes, issus de la même génération, se montrent parfaitement ouverts à la transmission orale de leurs consignes. Ainsi les oeuvres revêtent un caractère unique, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas jouées par d’autres instrumentistes que ceux en relation directe avec le compositeur.»

D’envergure internationale, Akousma se veut un «mélange de compositeurs» connus et moins connus de la petite constellation Réseaux — la seule société de diffusion qui présente uniquement les musiques électroacoustiques de concert, doit-on rappeler. Ainsi, oeuvres acousmatiques (diffusées sur plus de 20 haut-parleurs par les compositeurs), mixtes (pour instruments et bande), et vidéomusiques (performance multi-technologique) en constitueront le menu.

Bien qu’on y présentera d’autres oeuvres, notamment les gagnantes du prix Hugh-Le Caine (du Concours des jeunes compositeurs de la Fondation SOCAN 2007), chacune des soirées sera dédiée à un créateur: les compositions de l’Anglaise Natasha Barrett (établie en Norvège) seront présentées aujourd’hui, le Portugais Miguel Azguime sera sur place demain, le Canadien Laurie Radford (transplanté en Angleterre) et le Montréalais Gilles Gobeil seront respectivement à la barre vendredi et samedi.

Des exemples de ce qu’ils feront? Miguel Azguime combinera électroacoustique, poésie et percussion en temps réel dans le cadre d’une intervention multimédia. Une partie du travail de Laurie Radford, par ailleurs, impliquera le quatuor à cordes Bozzini. D’autres oeuvres incluront des instruments en temps réel. Gilles Gobeil, pour sa part, présentera trois oeuvres créées en Allemagne, soit au centre d’art médiatique ZKM.

«De l’électro comme jamais vue», dit le slogan promotionnel.

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Explorer le son

by Christophe Huss
in Le Devoir (Québec), November 27, 2007

Si les quatre soirées d’Akousma (4), qui se tiendront de mercredi à samedi au Monument-National, nous promettent «de l’électro comme jamais vue!», c’est que la vidéo prendra une part non négligeable au coeur de ces concerts de musique acousmatique.

Akousma est organisé par Réseaux des arts médiatiques, une société de concerts de musique électroacoustique fondée en 1991 par Gilles Gobeil, Robert Normandeau et Jean-François Denis. Réseaux définit la musique acousmatique de la manière suivante: «Un son acousmatique désigne un son que l’on entend sans déceler la cause physique qui lui a donné naissance; il devient possible de l’écouter pour lui-même, plutôt que de le cataloguer selon sa cause.»

La musique électroacoustique, concrète ou acousmatique, selon les termes divers utilisés, doit beaucoup au Français Pierre Schaeffer, son inventeur, à son compatriote Pierre Henry, qui a le plus «popularisé» le genre et, bien sûr, au Québec, à Francis Dhomont, auquel la précédente édition d’Akousma avait rendu hommage. On signalera d’ailleurs qu’un DVD consacré à Pierre Henry, L’Art des sons, est paru chez Juxtapositions (distribution Naxos) il y a une semaine.

Le but de Réseaux est de faire de Montréal la capitale nord-américaine de l’électroacoustique. À l’occasion d’Akousma, vingt haut-parleurs relaieront les créations conçues préalablement en studio. La soirée d’ouverture sera consacrée à l’anglo-norvégienne Natasha Barrett (Angleterre, Norvège). Jeudi, le Portugais Miguel Azguime livrera une «performance multitechnologique» mêlant audio et vidéo avec, sur deux écrans, un traitement électronique des images et du son en temps réel, additionné d’une spatialisation sonore et vocale.

Vendredi Laurie Radford dialoguera avec le Quatuor Bozzini (Québec) dans «Les ponts de l’espace», la soirée de clôture de samedi dressant un portrait de Gilles Gobeil intitulé «Exploration des grands espaces». Tous les concerts sont précédés d’un avant-programme, avec, notamment, des oeuvres primées de jeunes compositeurs.

Parallèlement, des cours de maître, ateliers et conférences ouverts gratuitement au public, auront lieu avec Miguel Azguime, Natasha Barrett et Laurie Radford jeudi 29 novembre à 13h à la Faculté de musique de l’Université de Montréal.

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Rien à voir II - Music for Loudspeakers

January 13, 2007 • Isabel Bader Theatre • Toronto

by David Fujino
in The Live Music Report (Canada), January 15, 2007

Understand — it's an evening of electroacoustic music.

At centre stage there's a chair and table. A box sitting on the table emits a pinpoint red light. Cables sprawl from the box onto the floor and lead off stage.

Both the stage and the audience sit in the dark, for there's nothing to see, and there are no musicians on the stage.

The sound technician, Paul Hodge, stands with his control boards and monitors in the middle of the audience. Hodge will end up being as much a performer as each of the composers who work at his side to control and alter their pre-recorded electroacoustic music, music which is not produced by musical instruments.

For its part, the audience has comfortably huddled together in the centre of their rows in order to sit in a sound universe produced by four strategically placed speakers. The audience sits, waiting for 'playback'.

Ann Southam's Fluke Sound (1989), with its mysterious, late night mood, was a composition of measured and well-placed sounds recorded from three Revox open reel track tape recorders and two Synthi AKS voltage control synthesizers. Southam's piece was largely characterized by a ringing telephone sound that continually rang and rang as a connecting motif through the criss-cross and layered waves of new sound that kept dropping in and later faded out entirely. The 'fluke' in the title refers to the lucky coincidence of making a new composition by putting two separate compositions together.

The historical part of electroacoustic music was beautifully represented by György Ligeti's pioneering pieces, Glissandi (1957) and Artikulation (1958). This 'historical' reference does not mean to say that the recently departed Ligeti (1923-2006) is anything but startling, original, and always exciting to listen to. Glissandi — with its opening sensual sound like a steel guitar glide — is a beautifully imagined exploration of all manner of glissandi — the short, long, burpey, and longer. Artikulation is all about the tissue of sound that results when new sound elements meet. It starts with the sound of huge water gurgles as they mutate into electronic droplets and then become highly animated, electronic atmospheres.

Meanwhile, the symphonic dimension (or the grand gesture) of electroacoustic music was represented by Gilles Gobeil's often exciting and occasionally nervous-making Ombres, espaces, silences… (2005) and by Robert Normandeau's more intellectually planned out (or so it seemed) composition, Palimpseste (2005-2006).

Palimpseste — with its recorded and manipulated vocal sounds — was crafted by Normandeau into five sections, each with a different rhythm, timbre, dynamic, emotional quality, and space. At times it was unclear when the piece was finished, but what touched the audience was the audible scope and ambition of this inter-layered composition, whereas Ombres, espaces, silences… by Gobeil — which started with a loud wind storm and a vast scale 'THX sound' — grew dramatically and surely into a true 'cinema of the ear'. 'Cinema of the ear' is Normandeau's phrase to describe his composition Palimpseste, but to these ears, 'cinema of the ear' better describes Ombres, espaces, silences…. Notable were its quick jabs of violence and loud cosmic door slams; plus its adventurous mixing of tones with noise in startlingly forceful ways that made Gobeil's composition stand out as one of the more expressive compositions played this evening. The sounds seemed to emanate from deep space.

John Oliver's Nylong Symphony (excerpt 2005) was a composition of electroacoustic music with a solo guitarist, Oliver himself, on stage. A drone established itself — and over and against it, Oliver played Flamenco and Middle Eastern styled passages, then he moved into an extended sequence where he rapidly ping-pong-ed single notes inside a vibrating framework that was like a suspended Flamenco guitar strum. While playing his guitar, Oliver was kept busy looking back and forth between the music on his stand and the computer screen, but despite all this activity, the music increasingly began to sound the same.

The most engaging compositions this evening were surely those with a clear sense of form — a holistic sense of form, perhaps, but nonetheless a sense of form — something which open-eared audiences intuitively respond to.

[January 13, 2007 • Isabel Bader Theatre • Toronto]

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Gala des prix Opus 2004

by Réjean Beaucage
in La Scena Musicale #10:6 (Québec), March 1, 2005

[…] La musique électroacoustique est également sortie du gala la tête haute, mais ne s’est pas pour autant privée de montrer les dents! En effet, le compositeur Robert Normandeau a utilisé une bonne partie du mot de remerciement qu’il prononçait pour Luigi Ceccarelli, récipiendaire du prix du «concert de l’année - musiques actuelle, électroacoustique», donné dans le cadre de la série Rien à voir (14), organisée par Réseaux, pour apostropher le Conseil des arts et des lettres du Québec et le nouvel Espace musique de Radio-Canada. Les deux organismes seraient en effet coupables de laisser à eux-mêmes les artistes ayant choisi de s’exprimer par l’électroacoustique, un art dont le Québec est certes l’un des meilleurs représentants à l’échelle mondiale, Normandeau faisant lui-même figure de chef de file dans le domaine. Le «disque de l’année - musiques actuelle, électroacoustique» est allé à Seuil de silences, de Paul Dolden, publié chez empreintes DIGITALes, et le «livre de l’année» est celui de Stéphane Roy, L’analyse des musiques électroacoustiques; Modèles et propositions, publié dans la collection Univers musical chez Harmattan.

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La danse pour s’initier à l’électroacoustique

by Sylvie St-Jacques
in La Presse (Québec), January 26, 2005

C’est une exploration des sens que nous propose la série de concerts électroacoustiques Akousma, de la société Réseaux. À l’occasion de ce spectacle multidisciplinaire présenté au Monument-national, du 20 au 29 janvier, l’acousmatique, l’installation sonore, le vidéo-musique et la danse se juxtaposent et se relaient. Sur 10 jours, cinq concerts musicaux alternent avec cinq spectacles de danse où les chorégraphes Yoshito Ohno (Eye) et Lucie Grégoire (Erinyes pour Lucie) intègrent la danse à un environnement musical composé par Robert Normandeau.

Pour les amateurs de danse contemporaine, qui seraient des non-initiés en matière de musique électroacoustique, l’occasiom est belle de réfléchir à la place de la musique dans l’art chorégraphique. Dès que l’on pénètre dans la salle de spectacle, l’environnement sonore est là, enveloppant, même aliénant. Il est inspirant de se laisser porter par cette ambiance qui évoque les bruits incessants de la vie urbaine, tout en faisant poindre, à l’occasion, des sons de la nature. On a l’habitude de servir la musique en guise d’accompagnement à la danse. Cette fois-ci, les rôles sont renversés et le spectateur doit réévaluer ses repères.

Si l’idée du projet est porteuse, le fruit de la rencontre entre chorégraphe et compositeur nous laisse un peu sur notre faim. La brièveté des pièces, l’austérité du mouvement chorégraphique, l’harmonie difficile entre les deux formes artistiques qui revendiquent leur place à l’avant-plan, nuisent à la transcendance. Chorégraphe et interprète chevronnée, Lucie Grégoire danse avec une intensité introvertie qui convient à l’aspect inquiétant de la pièce. Cependant, la distance entre elle et le public est amplifiée par son caractère cérébral.

À l’issue de la pièce, il est intéressant de parcourir le café du Monument-national pour voir l’installation de Roxanne Turcotte intitulée Le Musée sonore. Cette exposition qui regroupe des petits objets sonores et lumineux, des textes inspirés et une ambiance musicale dans le même esprit que le spectacle, permet une transition bénéfique avant de retrouver les bruits «réels» de la ville frigorifiée.

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Systèmes de son

by Réjean Beaucage
in Voir #876 (Québec), January 20, 2005

Akousma, c’est le titre d’une nouvelle série de concerts qui vise à présenter les différentes formes de musique électroacoustique. On en parle avec le compositeur Robert Normandeau, cofondateur de Réseaux.

La société de concerts Réseaux annonçait en février dernier, à la fin de sa 15e édition, la disparition de sa série de concerts Rien à voir et lançait un appel de projets afin de renouveler sa façon de présenter le vaste répertoire de la musique électroacoustique. En décembre dernier, premier fruit de ce renouvellement, la série Pulsar, consacrée à la musique acousmatique (concert multiphonique), était lancée au Planétarium de Montréal avec des œuvres récentes et nouvelles de Robert Normandeau. Ces œuvres seront regroupées sur le prochain disque du compositeur, Puzzles, qui doit paraître ces jours-ci chez Empreintes Digitales et qui créera une petite révolution dans la manière de présenter la musique électroacoustique sur disque.

Le disque est en effet encodé en trois formats différents, soit DVD-Audio, DVD-Vidéo (Surround 5.1 et stéréo) et DVD-ROM (fichiers MP3), ce qui permettra aux auditeurs équipés d’un système de cinéma maison de bénéficier du même type de multiphonie qui peut être entendu en concert (ou presque). «Les lecteurs de DVD sont beaucoup plus populaires que les lecteurs de SACD, l’autre format appelé à remplacer le CD, alors il était plus naturel pour Empreintes Digitales d’aller dans cette direction, explique Robert Normandeau. Et à ce que l’on sache, c’est le premier producteur québécois à réaliser un DVD-Audio». Il devrait être rendu disponible durant la série de concerts Akousma, qui débute ce jeudi 20 janvier.

Véritable petit festival qui s’étend sur 10 jours, Akousma présente l’éventail des pratiques en musique électroacoustique, une nouveauté pour Réseaux, qui a souvent été perçue comme le dernier bastion de l’orthodoxie acousmatique. «On s’est rendu compte, explique Normandeau, que la musique électroacoustique, sous quelque forme que ce soit, était très peu défendue à Montréal; en fait, nous sommes pratiquement les seuls à le faire à Réseaux, les autres producteurs s’étant spécialisés dans la musique populaire ou le multimédia. Les compositeurs de musique acousmatique pratiquent souvent d’autres formes de musique et nous avons décidé de leur offrir la possibilité de présenter les différentes facettes de leur travail dans des soirées ‘portrait’.»

C’est ainsi que des soirées sont offertes à Louis Dufort (musique mixte, acousmatique et vidéo-musique), Monique Jean (musique interprétée en temps réel avec Christian Bouchard, Christian Calon et Mario Gauthier), Annette Vande Gorne, de Belgique (musique acousmatique), et Marcelle Deschênes, pionnière montréalaise de l’électroacoustique. Chacune de ces soirées sera présentée en alternance avec un programme danse-musique concocté par Robert Normandeau avec la collaboration de la chorégraphe et danseuse Lucie Grégoire. On pourra aussi découvrir dans le Café du Monument-national une installation de Roxanne Turcotte.

Robert Normandeau: «On s’est rendu compte que la musique électroacoustique, sous quelque forme que ce soit, était très peu défendue à Montréal.»

Fidèle à ses habitudes, Réseaux offre une soirée à la relève, en l’occurrence les lauréats des éditions 2002, 2003 et 2004 du Concours national des jeunes compositeurs de la Socan (soirée d’ouverture). Réseaux avait d’ailleurs prévu présenter une série complète consacrée aux compositeurs émergents, la série Magnéto, mais n’a pu obtenir l’indispensable soutien du CALQ… Souhaitons que ce ne soit que partie remise.

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Grand retour en un magnifique lieu

by François Toussignant
in Le Devoir (Québec), December 7, 2004

Pulsar, voici le nom de la nouvelle série que lance le défunt Rien à voir. La manifestation renoue avec les expériences de Clair de terre [produites par l’ACREQ], ces soirées d’électroacoustiques qui ont cessé en 1993, remplacées par la série des Rien à voir [produite par Réseaux]. Les événements Pulsar auront donc lieu une fois l’an, au Planétarium.

L’inauguration s’est faite hier soir avec un concert entièrement consacré à la musique de Robert Normandeau. À part Puzzle, qui ouvrait le programme, ce sont toutes des œuvres que le compositeur a tirées des nombreuses musiques de scène qu’il a imaginées pour différentes troupes.

Puzzle est une pièce charmante et un peu facile. Normandeau y tombe dans la rythmique à 4/4 non pas par simplicité, mais pour permettre un collage et recollage des différents événements sonores conçus. Une précision s’impose d’emblée. Tout le programme devait être lancé en DVD 5.1, mais contingences techniques et esprit perfectionniste aidants, le «produit» ne sera disponible qu’à la mi-janvier. L’avantage ce cette formule est qu’avec les nouvelles possibilités des systèmes de son de cinéma-maison, chacun aura la possibilité d’enfin pouvoir écouter, voire réinventer, l’écoute de cette musique en véritable spatialisation enfin délivrée des limites de la stéréophonie, donc d’un peu recomposer l’œuvre. On attend avec impatience cette première technologique québécoise.

Suivait Éden, pièce narrative du parcours biographique sonorisé de Marguerite Duras. La musique est sensible, traitant des influences avec un sens juste de l’imaginaire, avec de belles vagues de transitions. Chorus, hommage aux victimes des attentats du 11 septembre, reste plus problématique: à vouloir faire du beau son, la guimauve des bons sentiments affleure et noie le message. Néanmoins, si ces deux œuvres semblent plus tièdes, il faut souligner — comme partout dans cette soirée — l’impeccable et, suprenamment, exceptionnelle tenue technologique. Oui, il y a là plus que de quoi s’émerveiller: se réjouir que le médium ne nuise plus au message en aucune façon.

StrinGDberg nous fait pénétrer dans l’étrangeté de la perspective acoustique. Que ce soit dans les diverses densités de couches sonores, dans les jeux de mobiles des «tempos», l’esprit combinatoire des sonorités fait penser aux Couleurs, de Rimbaud comme aux Correspondances de Baudelaire. C’était du grand Normandeau.

Qui va se surpasser en fin de concert avec Hamlet-Machine with Actors. Si, partout ailleurs, on admire le sens de la construction, l’inspiration, l’originalité, ici on se trouve devant le souffle d’un véritable chef-d’œuvre! Effets percutants, dosés et justes, violence jamais gratuite ni agressante en décibels, et une profondeur philosophique critique si actuelle et personnelle qu’on attend le disque pour mieux pénétrer tous les arcanes du grand œuvre accompli.

Pour le reste des activités de Réseaux, on inaugurera en janvier un autre type de manifestations, baptisées Akousma, où se mêleront musiques mixtes, électroniques, technologiques, visuelles, etc. Décidément, l’acousmatique bouge beaucoup! «Avis à la population!»: après la réussite totale d’hier, il faudra suivre avec attention et passion ces nouveaux développements.

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En bref: Concert et DVD au Planétarium


in Le Devoir (Québec), December 4, 2004

Lundi à 20h, au Planétarium de Montréal, Réseaux, producteur de «Rien à voir», inaugurera Pulsar, une nouvelle série de concerts. Au programme: Puzzles, de Robert Normandeau, dont le disque, un DVD-audio multicanal, sera lancé à la même occasion sur étiquette empreintes DIGITALes. Puzzles, le cinquième disque solo de Normandeau, puise sa source dans les musiques de scène composées pour cinq productions théâtrales mises en scène par Brigitte Haentjens de 2001 à 2003: Hamlet-Machine, Mademoiselle Julie, Antigone, L’Éden cinéma et Les Farces conjugales. Les musiques seront entendues au Planétarium dans leur version 16 pistes, mais, pour le disque, le compositeur a remixé ses compositions afin de les rendre compatibles avec le format 5.1 des cinémas maison.

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Travailler dans l’ombre

by Réjean Beaucage
in Voir #834 (Québec), July 20, 2003

La société de concerts électroacoustiques Réseaux [des arts médiatiques] a bien mérité le Prix Opus de diffuseur de l’année que lui octroyait le Conseil québécois de la musique pour 2002, étant d’ailleurs plus souvent présente dans le calendrier avec ses trois ou quatre événements annuels que sa grande soeur l’ACREQ, qui ne produit plus que le festival Elektra, une fois l’an. L’air de rien, je viens de placer dans la même phrase les deux seuls organismes qui ont exclusivement pour mission de promouvoir la musique électroacoustique au Canada, soit l’ACREQ et Réseaux... Puisque les deux sont situés à Montréal, évidemment, d’ici, la situation semble à peu près normale. Pourtant, dans un rapport intitulé Situation de l’électroacoustique au Canada (2001), que Robert Normandeau a rédigé pour le Conseil des Arts du Canada, il apparaît que l’aide accordée au développement de ce secteur est dérisoire en comparaison des budgets disponibles en musique. Normandeau démontre que le CALQ y consacre 0,3 de 1 % et estime à 0,7 de 1 % la part du CAC. Rencontré à son studio, le compositeur explique: «Bien sûr, on peut avoir l’impression, avec les quelques événements annuels à Montréal, que la situation va bien parce que l’électroacoustique est visible. C’est peut-être seulement que les gens qui sont dans le domaine sont très dynamiques et, en plus, acceptent fréquemment d’être sous-payés et de faire du bénévolat! La reconnaissance du travail est là, le Prix Opus le prouve, mais les gens ont tendance à croire qu’un concert électroacoustique coûte moins cher à produire qu’un concert instrumental parce que les haut-parleurs ne sont pas syndiqués... Alors que, bien sûr, toute la production du concert, le coût de la salle ou celui de la publicité sont les mêmes. De plus, comme il n’y a pas de salle dédiée à ce que nous faisons, nous devons souvent louer une salle de théâtre, et c’est absurde, car alors l’argent du budget musique passe au budget théâtre.»

C’est là une seule des raisons pour lesquelles le Nouvel Ensemble Moderne, les productions SuperMusique et Réseaux travaillent actuellement à développer à Montréal un lieu dédié aux musiques contemporaine, actuelle et électroacoustique, qui comprendrait des salles de concert adaptées, des lieux de répétition, un centre de documentation, etc. Robert Normandeau commente: «Il y a un lieu, actuellement désaffecté, qui nous semble convenir pour ce à quoi on le destine, mais on a de la difficulté à obtenir la toute petite somme que ça prendrait pour une étude de faisabilité. On parle d’un endroit qui rassemblerait toutes les tendances de la musique contemporaine et qui permettrait précisément, entre autres choses, que l’argent donné au domaine de la musique reste en musique. On ne remet pas du tout en question le projet de la salle de l’OSM, mais pour nous, un tel projet ne change strictement rien à la situation actuelle.»

En attendant, Réseaux revient au Musée d’art contemporain pour la 13e édition de sa série de concerts de «cinéma pour l’oreille», qui compte précisément 13 concerts. Normandeau détaille le menu: «Le 20, ce sera François Donato, un compositeur français attaché au Groupe de recherche musicale (GRM) qui n’est jamais venu ici et qu’il sera intéressant de découvrir; le 21, nous recevrons Alistair MacDonald, un Écossais qui est de l’école anglaise des Jonty Harrison ou Denis Smalley et qui nous visite aussi pour la première fois. Le lendemain, ce sera un retour au bercail pour Stéphane Roy, qui a participé à la quatrième édition de Rien à voir en 1998, et qui ensuite a vécu aux États-Unis. Il est revenu s’installer au Québec et vient nous présenter deux oeuvres inédites. Quant au Suédois Åke Parmerud, qui avait eu beaucoup de succès en 1997, il compose de moins en moins pour la scène acousmatique et de plus en plus pour l’instrumental et le multimédia. On fera donc, pour clore la série, un retour sur les oeuvres les plus récentes dans le domaine.»

Notons que chaque soirée s’ouvre avec un «court-métrage», soit une oeuvre commandée ou choisie par les membres de Réseaux (Jean-François Denis, Gilles Gobeil et RN). Au fil des ans, Réseaux a pu commander un bon nombre d’oeuvres à différents compositeurs et, question de ne pas les laisser s’évaporer dans les limbes, on a choisi de les rendre disponibles sur Internet sous le titre iConcerts, une nouvelle sélection étant disponible chaque mois (à l’adresse rien.qc.ca sous la rubrique «événements»). Les trois dernières soirées débutent à 18 h par des concerts consacrés à de jeunes créateurs.

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Un grand interprète des haut-parleurs

by François Tousignant
in Le Devoir (Québec), September 16, 2002

La soirée est chargée: plus de trois heures de musique, de quoi assouvir le plus vorace appétit. Auparavant, une courte rencontre avec le compositeur à l’honneur en ce samedi, Robert Normandeau, membre fondateur de cette manifestation Rien à voir avec Gilles Gobeil et Jean-François Denis. C’est la douzième édition de cette sorte de festival quasi bisannuel de l’acousmatique et ce dernier concert est entouré d’une aura spéciale.

Robert Normandeau y tient le haut du pavé, comme compositeur et comme interprète. «Oui, dans ce genre de métier, nous sommes vraiment des interprètes; la diffusion -- certains parlent de projection, en analogie avec le cinéma -- est primordiale car, pour notre forme de musique, rien n’est plus essentiel que la manière dont on met le son en espace.» Le concert s’annonce donc bien puisque, en plus, on y entendra Chorus, une œuvre pour laquelle Normandeau a remporté le premier prix au premier Concours international de musique sacrée de Fribourg. Robert Normandeau fait de la musique sacrée?

«Absolument et je vous prie de ne pas confondre avec musique religieuse», lance-t-il aussi amicalement que Messiaen avait l’art d’aborder ce sujet. «Mon œuvre se base sur le son d’une cloche, représentant le christianisme, la shofa [une sorte de gros hautbois], qui est un instrument rituel judaïque, et l’appel des muezzins, pour l’islamisme. Il ne s’agit donc pas de parler de religion, davantage de spiritualité au sens moderne et dans une perspective individuelle. J’aimerais croire que cette musique amène à une réflexion.» On en jugera plus avant, après le concert.

Formidable interprète

Entré dans la salle, Normandeau présente d’abord des pièces d’autres compositeurs qui le passionnent -- et nombre d’entre elles sont des premières ici.

C’est la formule consacrée de cette série de concerts. Un premier constat s’impose: Normandeau est un formidable interprète. Plutôt que de jouer de l’à-plat des haut-parleurs devant nous pour ensuite faire «tourner» le son dans le volume de la salle, il crée presque systématiquement -- c’est son style -- un axe oblique qui va du côté jardin au fond de la salle qui s’oppose au côté cour. Ainsi, nous nous trouvons au centre même de l’espace sonore, dont l’entièreté est intimement ressentie. On suit alors avec un émerveillement renouvelé les pérégrinations spatiales de la musique.

On apprivoise The Unmoved Center (Randall Smith) avec joie. Surtout, on découvre cette musique de pionnier qu’est l’œuvre de Dockstader -- datant de 1961 -- qui s’impose comme une forte réponse au Poème Électronique de Varèse, possédant la même aspiration à l’énergie de la nouveauté.

L’Athanor, de Marc Favre, sonne plus académique; ce qui stupéfie ici, c’est la mise en sonorisation qu’en fait Normandeau, attentif à tous les détails. Puis arrive le chef-d’œuvre et l’interprétation de génie, l’un semblant fructifier l’autre et vice-versa en ce contexte: pièce la plus «longue», ce fut celle qui, imagination incroyable, séduisante et passionnée imposant l’attention fervente, parut la plus brève. Sur un rire d’enfant, de petits riens de bruits de pierres, on ne pressent rien: Normandeau nous fait pénétrer de plain-pied dans un univers magique qu’on tient absolument à retrouver ultérieurement, tant la découverte fut forte.

Un autre regard

Pour ses propres œuvres, un autre regard est nécessaire. Erinyes, issue d’une musique de scène écrite pour l’Électre de Sophocle, nous fait entrer dans le monde de l’horreur et de la souffrance. Le cri humain de douleur psychologique ou de révolte fort discernable, qu’il soit féminin ou masculin, se confronte à un monde violent de heurts. Le paratexte est important: la pièce fut créée à Belfast et les raccourcis artistiques du grand créateur glacent le sang par leur efficacité.

Chorus s’avère de la même veine. Trois éléments semblent vouloir se confondre. Cet appel à l’œcuménisme vire rapidement au drame, tout en étant entraîné dans un maelström qui amalgame et fait se choquer les idées de bases, à l’image même de la réalité. La virtuosité de l’écriture et de l’interprétation laisse pantois! On attend la création de Strin(G/D)berg avec impatience.

Pour déchanter amèrement. Sur un ostinato de quinte à vide, Normandeau joue du filtre harmonique comme un débutant s’amuse avec cet élément de la quincaillerie. Assurément, ces sons durent être efficaces lors des représentations de Mademoiselle Julie. La pseudo-œuvre tirée de ce travail théâtral, à l’opposé des deux œuvres entendues précédemment, montre un net recul de la pensée et de la curiosité technique dont pâtit l’art. En plus, la diffusion est d’un ordinaire consternant et l’imagination montre sa pauvreté dès que les modèles (le Stockhausen de Stimmung, Unsichtbarer Chöre ou Oktophonie, les passions d’Ian Moody et certaines pages «planantes» de Tavener ou harmoniquement réductrices d’Adams ou de Glass) imposent leur nette supériorité. Tous les créateurs ont leur moment d’égarement et succombent une fois à la facilité. Espérons que c’est là la situation, qu’on souhaite très passagère.

Auparavant, il y eut un concert consacré aux jeunes compositeurs. Deux noms ressortent: Félix Boisvert et Martin Messier. Plus que de belles promesses, déjà une maîtrise assedz originale de ce qu’il y a à dire et comment le dire. Le reste est en général scolaire et sans grand intérêt, sauf qu’une constatation se doit d’être respectueusement faite, qui s’adresse à tous: le haut niveau de qualité que montrent tous ces jeunes à rendre adroitement vivante dans l’espace la musique parfois gauche qu’ils tentent d’inventer.

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Rien à voir, tout à entendre!

by Guy Marceau
in La Presse (Québec), September 14, 2002

Aujourd’hui à l’Espace GO, la soirée sera consacrée aux oeuvres de Robert Normandeau, compositeur et cofondateur de l’événement Rien à voir, ce minifestival de musique électroacoustique qui se termine demain. Dans la salle: les spectateurs; sur la scène: un orchestre de haut-parleurs. S’il n’y a rien à voir, il y a tout à entendre. Et pour imposer le genre en musique électroacoustique, tout est encore à faire.

«Le problème avec la musique électroacoustique, lance Robert Normandeau, c’est que les médias en musique classique font peu de couverture parce qu’ils n’y comprennent rien! Mais aujourd’hui, avec toutes les mouvances électroniques plus populaires, il y a un peu plus de journalistes qui s’intéressent à la scène électro.»

Tout ça est dit sans hargne particulière, mais plutôt comme une affirmation ou un constat. Depuis les premières explorations musicales électroniques, il y a plus d’un demi-siècle, on ne peut pas dire que le genre soit encore aujourd’hui très populaire, ce qui n’a pas empêché les créateurs d’ici et d’ailleurs de poursuivre leurs démarches artistiques en marge des grands courants «populaires», au même titre que les cinéastes, les peintres ou les écrivains.

Robert Normandeau est un bel exemple de pionnier en la matière. En 1992, il décrochait le premier doctorat en composition électroacoustique de l’Université de Montréal (où il enseigne depuis 1999). Son sujet de thèse: le cinéma pour l’oreille. Une métaphore qui est devenue la base conceptuelle de Rien à voir, festival de musique électroacoustique produit par Réseaux, une société de concerts qu’il a fondée avec deux autres compositeurs, Gilles Gobeil et Jean-François Denis.

«Pour l’auditeur novice en électro qui ne sait pas trop à quoi s’attendre, le cinéma pour l’oreille est encore la meilleure dénomination. Et l’analogie ne tient pas tant au cinéma commercial et narratif qu’au cinéma d’animation, par exemple. Parce que ce sont des arts enregistrés et non des arts de performance. Le cinéaste d’animation est très proche du compositeur d’électroacoustique; peu importe la technique utilisée, c’est lui qui fabrique ce qu’il va filmer ensuite, image par image, son par son, etc.»

«L’artiste est aussi l’artisan. C’est moi qui «bidouille» mes sons; ce n’est pas do-ré-mi-fa-sol et, en ce sens, on est aussi très proche du sculpteur ou du peintre. L’objet qui sort de mon studio, c’est la musique dans son ensemble; je ne peux pas la transmettre à quelqu’un d’autre comme on le fait avec une partition; le peintre ne donne pas lui non plus le mode d’emploi avec son tableau. Or, pour l’auditeur qui s’assoit dans la salle de concert, c’est tout l’univers sonore qui lui est donné à entendre, et son imaginaire peut alors s’y projeter de façon beaucoup plus forte et développée que lorsqu’une image lui est présentée.»

Robert explique que l’électroacoustique possède son langage propre et que l’auditeur doit oublier toute référence à un genre musical existant. L’enjeu n’est donc pas tant de comprendre la musique électroacoustique que de se laisser impressionner par les mille et une sonorité de ces paysages sonores, fruits des savants échantillonnages.

La soirée «carte blanche» consacrée à Robert Normandeau réserve donc plusieurs surprises aux auditeurs curieux. À 18h, place à la musique de cinq jeunes compositeurs et, à 20h, Robert Normandeau a choisi des oeuvres de Randall Smith, Tod Dockstader (une pièce de 1961!), Marc Favre, Maurizio Martusciello et trois de ses propres oeuvres dont la création de Chorus, une pièce qui a récemment remporté le premier prix au Concours international de musiques sacrées de Fribourg (Suisse) consacré cette année à l’électroacoustique.

«Les trois pièces que je présente sont nées du travail que j’ai fait au théâtre notamment, et surtout avec la metteure en scène Brigitte Haentjens. Par exemple, Chorus vient d’une musique que j’ai composée pour la pièce Antigone (Sophocle) présentée à Québec cette année. Chorus utilise les symboles sonores de trois religions monothéistes: la cloche d’église (christianisme), le shofar (judaïsme) et l’appel à la prière (islamisme).» D’ailleurs, Chorus sera aussi présentée demain à 16h en clôture de Rien à voir avec les deux autres oeuvres lauréates du concours de Fribourg. Et comme Rien à voir débutait le 11 septembre, le concert intitulé Tolérance se fera au bénéfice d’Amnistie internationale.

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Passion aveugle

by Réjean Beaucage
in Voir (Québec), September 12, 2002

Robert Normandeau compte parmi les compositeurs québécois qui font le plus rayonner la musique d’ici sur le plan international grâce à sa participation à des concours et festivals un peu partout sur la planète. Il remportait justement en juillet dernier le premier prix du Festival de musiques sacrées de Fribourg (Suisse), ouvert pour la première fois à la musique électroacoustique. La pièce récipiendaire, Chorus, sera entendue lors du concert que Robert Normandeau donnera ce 14 août, à 20 h, dans le cadre de Rien à voir; de plus, elle sera reprise lors du concert hors série donné le 15 à 16 h au bénéfice d’Amnistie internationale et qui présentera les trois oeuvres lauréates du concours de Fribourg. J’au rencontré le compositeur dans son studio afin de discuter de son travail et de cette 12e édition de Rien à voir.

Le concert que donnera Normandeau ce samedi s’intitule Mise en son; mise en scène, et s’il est un fervent défenseur de l’expression «cinéma pour l’oreille» lorsqu’il s’agit de décrire la musique acousmatique (musique qui se développe en studio et se projette en salle, sur un orchestre de haut-parleurs), c’est cette fois de théâtre qu’il est question. «C’est un peu par hasard que je fais des musiques de théâtre, me dit Normandeau; j’ai d’abord été l’assistant de Denis Gougeon qui faisait la musique pour Roberto Zucco du Théâtre Ubu en 1993. J’ai retravaillé par la suite avec lui et Denis Marleau pour Nathan le Sage, qui a été présenté à Avignon en 1997, mais depuis j’ai surtout travaillé avec Brigitte Haentjens. Elle me laisse carte blanche plus que tout autre metteur en scène avec qui j’ai pu travailler. Par conséquent, j’ai toujours fait un travail très électroacoustique. Forcément, ce n’est pas une musique qui a la densité d’une musique de concert, parce qu’il n’y aurait plus alors de place pour le texte, mais après je peux prendre les matériaux de base et les retravailler dans le sens d’une musique de concert.»

C’est ainsi que les musiques composées pour la scène sont «recyclées» en suites de concert. Le dernier disque de Robert Normandeau, Clair de terre, paru chez empreintes DIGITALes, comptait deux morceaux de ce type: Malina, dont la musique est dérivée de celle qui fut composée pour la pièce du même titre mise en scène par Haentjens en 2000, et Erinyes, dérivée de son travail pour Électre de Sophocle, également mise en scène par Haentjens en 2000. Dans cette dernière pièce, que le compositeur diffusera lors de son concert du 14, tout le matériel musical de base est constitué par les voix des comédiens de la pièce, transformées à l’extrême et ordonnées par le génie de Normandeau. Aussi au programme, la création de Strin(G/D)berg, composée à partir d’éléments sonores réalisés pour Mademoiselle Julie de Strindberg (mise en scène de Brigitte Haentjens, 2001) et Credo d’Enzo Cormann (mise en scène de Christiane Pasquier, 2001). Enfin, Chorus, qui emprunte certains éléments sonores, mais aussi le thème de la tolérance, à Nathan le Sage. Normandeau explique: «J’y utilise les signatures sonores des trois grandes religions monothéistes, c’est-à-dire la shofa pour le judaïsme, les cloches d’église pour le christianisme et l’appel à la prière pour l’islamisme.» Bien que venu d’un texte écrit au 18e siècle, on peut certes dire que le sujet reste d’actualité. Robert Normandeau présentera lors du concert du 14, en plus des siennes, des oeuvres de Tod Dockstader, Marc Favre et Maurizio Martusciello. Ses propres pièces seront cependant présentées en versions multiphoniques à 16 voies. Toutes les oeuvres seront diffusées sur un orchestre de 24 haut-parleurs.

La pièce Chorus sera reprise durant le concert du dimanche, donné au profit d’Amnistie internationale. «Ça faisait longtemps que je voulais faire quelque chose pour Amnistie et lorsque l’on s’est rendu compte à Réseaux que les dates retenues à l’Espace Go, les seules disponibles, correspondaient à l’anniversaire du 11 septembre et qu’en plus, je revenais de Fribourg avec le premier prix reçu pour une pièce dont le thème est la tolérance, on a pensé que c’était le moment.»

La série de concerts débutait le 11 septembre avec le compositeur danois d’origine américaine Wayne Siegel. Elle se poursuit le 12 avec le compositeur brésilien Flo Menezes, et la soirée du vendredi 13 nous permettra de découvrir l’Américaine Elainie Lillios. Avant le concert de Robert Normandeau le 14, à 18 h, ce sera le traditionnel concert des jeunes compositeurs (qui jouent à demi-prix). Ça fait déjà beaucoup, mais on peut encore ajouter des rencontres avec les compositeurs (en français le 12 à 19 h avec Menezes et Normandeau, en anglais le 13 avec Siegel et Lillios).

Puis il y a les POSTrien, qui se déroulent chaque soir à compter de 22 h 30 juste l’autre côté de la rue, soit à la Casa del Popolo, où se produisent des représentants d’une faction certes moins institutionnelle de la musique électroacoustique. Là-dessus, Robert Normandeau précise: «Malheureusement, il y a un clivage important entre musique populaire et musique de concert, mais les rapprochements s’opèrent de part et d’autre entre ‘électronica’ et électroacoustique. Alors à Réseaux, comme à l’ACREQ aussi d’ailleurs, on cherche à fabriquer des chemins de traverse; de plus, entre l’Espace Go et la Casa, c’est si facile que l’on espère que ça pourra fonctionner dans les deux sens.»

À surveiller à la Casa: la reprise du duo que Magali Babin et Guillaume Rancourt donnaient à Québec en février dernier dans le cadre du Mois-Multi (le 12); l’Américain Click Tracy (de son vrai nom Todd Drootin), qui présentera le même soir un «hommage au free jazz», en prélude à son concert du samedi sous le nom Books on Tape; la première prestation solo de Frédérick Blouin, bien connu des amateurs de l’étiquette No Type sous le nom d’Oeuf Korreckt, et la soirée de clôture avec quatre artistes des États-Unis.

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Soundscape for the ears, not the eyes


in Toronto Star (Canada), October 14, 2001

Rien à voir (nothing to see) is not true.

When Robert Normandeau sets up tomorrow night at the Robert Gill Theatre, the stage will in fact be filled with something- a load of sound-amplifying speakers.

Anything else, like real people or just a simple music stand, might get in the way of the musical sounds. And that’s one thing that won’t happen at a Normandeau concert of electronic music.

Here the sound is a spectacle even if it has nothing to show (perhaps a word should be coined for this sound-only show, something like an “auracle.”

There have been those over the years who have urged the 46-year-old composer to add a visual element. “But we resist,” he replies. “It’s called Rien à voir to make clear to everyone this is not a show.”

This can be a problem for some people. So can the sounds Normandeau creates- abstract, tuneless rhythm-free whooshes and swooshes, and electronica that goes ping in the dark.

Tomorrow night, he is joined by two other practitioners of this art in the dark: his mentor, Francis Dhomont and a younger colleague, Louis Dufort.

“At this concert, there really is nothing to look at,” Normandeau says. “There is nothing of interest to sit in front of. The performance itself is minimal. It is often presented in the dark.”

Does this sound like a lot of fun? Well, it can be, he goes on. “In this way, the audience becomes an audience,” he says. What happens is probably the most musical experience in anyone’s life.

Electroacoustic music was Normandeau’s turf well before he got his degree in musical composition from Université Laval in Québec City in 1984. Back in the early ’80s, it looked like the place to be. It looked like it might be the future of serious music, taking it to the next level. It even had a base in popular culture. All those techno-Brit bands were making electro-sounds so fashionable in hip magazines like The Face. Even Paul McCartney talked about Stockhausen, electronic music’s Big Cheese.

So much for yesterday.

Instead of replacing symphonic classical music, electronic music became its frighteningly eccentric second cousin. Since then, we’ve had no choice but to love it on its own terms.

“Electroacoustic music should not be compared to anything else,” says Normandeau. “The major innovation in it is that the composer does everything in the studio. He doesn’t have to care about the reality of the stage or the realism of his gestures. He doesn’t have to think about someone else reading his score.”

“I think being this kind of composer is a lot closer to being a writer or sculptor. We work like sculptors; we sculpt sound and space. We have to adjust our performance to the acoustics of the hall. Basically the music is written in the studio, but we have to fine-tune it for the performance.”

“But even with this kind of taped music, I don’t think a live performance can be replaced. The live performance is important for human beings. It is a ritual. Going to a place and spending time with other people is something we need in our lives.

“In the past, when we thought about electronic music as being the extension of the instrumental musical world, it didn’t work out very well because the electronic instruments are pretty primitive compared to regular instruments. The quality of sound you have when you play a violin or piano comes from centuries of research. In fact, we haven’t invented a new instrument in over a century. The last one was a saxophone.”

Yes, but there is the computer, he admits. This is good news for composers and bad news. The bad news is that, “when you are working with a computer, you lose contact with the music. You watch what you are doing. You lose contact with the sound. Yet because with computers so many people are working at home, music can become very personal and very intimate.”

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Cinéma sonore

by Bernard Lamarche
in Le Devoir (Québec), April 7, 2001

Quatre jours d’électroacoustique, neuf concerts (deux par soir pendant quatre soirs, en plus d’un programme de jeunes compositeurs montréalais), 35 haut-parleurs, quatre compositeurs invités: c’est ce que propose la nouvelle édition de la série Rien à voir, la neuvième, toujours organisée par l’organisme Réseaux, diffuseur et promoteur montréalais de la musique électroacoustique.

Du «cinéma pour l’oreille»: l’événement conserve sa formule et présente une armada de haut-parleurs en guise d’orchestre, dans un environnement plongé dans le noir et où les signes visuels sont réduits à leur plus simple expression. Mais encore plus, la série n’a jamais mieux porté son nom que depuis qu’elle est accueillie dans les entrailles du Complexe Ex-Centris, boulevard Saint-Laurent. «Ça permet de lever le malentendu de la scène. Là, on est dans une salle de cinéma, il n’y a pas de scène. On est encore plus proches de notre propos, la diffusion sonore. C’est la musique qui importe», explique Robert Normandeau, compositeur et cofondateur de l’organisme Réseaux et de la série Rien à voir.

Lundi, le Britannique Adrian Moore interprétera plusieurs de ses oeuvres, dont certaines viennent d’être publiées sous l’étiquette montréalaise empreintes DIGITALes. Un compositeur dans la jeune quarantaine, de la deuxième génération en Angleterre, Moore «est de la génération des compositeurs qui sont tombés dedans quand ils étaient petits, explique Robert Normandeau. Ils ne sont pas passés de la musique instrumentale à la musique électroacoustique». Moore est reconnu pour sa palette sonore extrêmement étendue. «Il travaille sur la matière, avec des timbres riches.» Avec Jonty Harrison, auprès de qui il a fait ses études à Birmingham, «ils ont carrément un orchestre de haut-parleurs, avec lequel ils font des tournées. Ils sont passés maîtres dans le domaine de la spatialisation sonore».

Le lendemain, le Français Régis Renouard Larivière dévoilera ses musiques, dont la plupart n’ont jamais été diffusées ici. À l’instar des compositeurs d’une jeune génération qui, «délibérément, se sort du postmodernisme», Régis Renouard Larivière «revient à une musique minimale, plus pure, plus dépouillée, dans laquelle le silence a autant d’importance que le son. Il fait des musiques comme à peu près personne n’en fait». L’an dernier, Normandeau avait présenté une des pièces de Renouard Larivière lors d’un de ses concerts. La réaction du public et la critique dithyrambique ont précédé son invitation.

Mercredi, le Montréalais Gilles Gobeil, un des cofondateurs, en 1991, de Réseaux, y ira de sa prestation sur console de son, dont le style est reconnaissable entre tous. «C’est assez exceptionnel, assure Robert Normandeau. Depuis 12 ans, il enfonce le même clou, revient aux mêmes thèmes. Les mêmes éléments sonores, caractérisés par des écarts absolument incroyables entre les sons les plus forts et les sons les plus faibles.»

Seule femme de cette édition - elles sont plus rares dans le domaine -, Beatriz Ferreyra, originaire d’Argentine mais résidant en France, clôturera la série, jeudi. À la suite du Traité des objets musicaux, de Pierre Schaeffer, une référence dans le domaine, publiée en 1966, Ferreyra a collaboré de façon importante à trois disques publiés deux ans plus tard, Solfège de l’objet sonore. «Elle était à la source même des recherches de Schaeffer», explique Normandeau. Dans sa musique plus référentielle, moins abstraite, Ferreyra a recours à des sons dits anecdotiques, «repérables», et propose un travail «très fin» qui «raconte des histoires». La compositrice donnera également une conférence le mardi 10 avril à la faculté de musique de l’Université de Montréal, à 13h (salle B-399).

Les musiques de Rien à voir (9) seront diffusées ultérieurement sur les ondes de la Chaîne culturelle de Radio-Canada, dans le cadre de l’émission L’Espace du son, réalisée par Mario Gauthier. Ceci dit, rien ne vaut l’expérience d’avoir des points de diffusion démultipliés, d’entendre plusieurs sources sonores, d’entendre et de goûter l’art de l’interprétation: «La part d’interprétation est énorme.»

Normandeau arrive de Bruxelles où il a participé, à titre de membre de jury, à un premier concours de spatialisation. «J’étais assez convaincu de la chose, et le concours a confirmé ce que je pensais. L’interprète prend l’espace intérieur de la bande et, à titre de diffuseur, le magnifie. Si des sons s’éloignent dans la pièce, il va accentuer ce phénomène. Essentiellement, c’est un travail d’amplification des gestes qui sont faits sur la bande. C’est un travail extrêmement difficile à faire. Il y a très peu de bons diffuseurs. Ils doivent rendre justice à ce qu’il y a dans l’écriture.» Heureusement, les gens invités par Rien à voir sont reconnus comme de bons diffuseurs, qui peuvent assumer cet aspect.

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La saison des récoltes

by Dominique Olivier
in Voir (Québec), December 9, 1999

Il y a quelques jours se déroulait la troisième édition des Prix Opus. L’occasion pour le milieu dela musique classique de prendre le pouls de son évolution, et de récompenser artistes etcréateurs.

Pour le gala de la troisième édition des Prix Opus soulignant les accomplissements de la saison1998-99, le dimanche 5 décembre dernier, le Conseil québécois de la musique recevait à l’Usine C. Plutôt que de se retrouver en famille, assis autour de nombreuses tables dans la salle deréception d’un hôtel, les musiciens, les organisateurs, les critiques, bref, les intervenants de «l’industrie» de la musique classique au Québec se sont retrouvés une fois de plus assis en rangd’oignons à regarder une scène sur laquelle se succédaient des musiciens. Mais des musiciensqui, à cette occasion éminemment précieuse pour le milieu, parlaient au lieu de nous faireentendre de la musique… C’est que ceux-ci, fondamentalement, ne sont pas loquaces. Le gala des Prix Opus est donc un événement qui revêt une grande importance: réunis, les musiciens peuvent exprimer ce qui les tracasse, ce qui les émeut, les transporte, les motive, les irrite, les désespère… Une action qui, jusqu’à l’avènement du CQM et des Prix Opus, était impossible à imaginer. De plus en plus, la solidarité du milieu musical se fait jour et portera, espérons-le, des fruits magnifiques. Comme à l’accoutumée, le gala était animé avec brio par Catherine Perrin et Michel Keable, animateurs à la Chaîne culturelle de Radio-Canada. Seul élément à déplorer: une sonorisation déficiente qui ne nous a pas permis d’apprécier à leur juste valeur les quelques moments musicaux de la cérémonie.

Fête de la musique

Dans l’ordre de remise, voici la liste des lauréats de cette 3e édition des Prix Opus. Le prix Découverte de l’année a été remis au jeune chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin, pour le concert qu’il dirigeait à l’Orchestre Métropolitain, le 16 novembre 1998, intitulé La Russie romantique. Le prix du Concert de l’année-Montréal est allé au pianiste André Laplante, pour son récital du 3 décembre 1998, dans la série CBC/McGill. Le prix du Concert de l’année-Québec a été remis à l’événement «Des voyages et des musiques» du 5 juin 1999, avec l’Orchestre symphonique de Québec dirigé par Walter Boudreau et Denys Bouliane, présentédans le cadre du festival Musiques au présent de l’OSQ dont la direction artistique est assumée par ces deux mêmes compositeurs à l’énergie pour le moins inépuisable. Le Concert de l’année-Ensemble (20 musiciens ou moins) et musique ancienne ayant reçu le Prix Opus est celui de l’ensemble Les Boréades de Montréal, intitulé Théâtre et musique. Il avait lieu le 2 octobre1998, sous la direction de Francis Colpron.

Le prix du rayonnement à l’étranger revenait de droit au pianiste Marc-André Hamelin dont la carrière internationale ne cesse de prendre de l’ampleur, diffusant partout le génie de ce grand interprète québécois. Le prix Disque de l’année-Musiques médiévales, de la Renaissance ou baroque a été remis à l’enregistrement Haendel: Airs, danses. Extraits de Agrippina et Alcina, avec l’ensemble Tafelmüsik de Toronto et la soprano Karina Gauvin, sous étiquette Analekta. En musiques classique, romantique ou moderne, l’Opus du Disque de l’année est allé au Quatuor Alcan, pour son disque Schubert sous étiquette Analekta. La Personnalité de l’année couronnée par un Prix Opus est le compositeur, chef d’orchestre, organisateur et pédagogue Denys Bouliane, qui depuis plusieurs années remue ciel et terre afin que la musique québécoise d’aujourd’hui soit enfin considérée comme un digne reflet de notre culture, plutôt que commeun art marginal destiné aux seuls initiés.

Faits et gestes

C’est le Refus global du compositeur et pianiste Jacques Drouin, interprété par le Nouvel Ensemble moderne en juin dernier, qui recevait le prix de la Création de l’année. Le prix Écrits de l’année-Livre a été fort à propos décerné à l’ouvrage autobiographique du musicologue Jean-Jacques Nattiez, La musique, la recherche et la vie (un dialogue et quelques dérives), paru cette année chez Leméac. L’Écrit de l’année-Article a été quant à lui décerné à la musicologue Johanne Rivest, pour son article La représentation des avant-gardes à la Semaine internationalede musique actuelle (Montréal 1961), paru dans la Revue de musique des universités canadiennes, Numéro 19/1 (1998).

Le très important prix Hommage a été remis on pouvait s’y attendre en cette année de célébration du 50e des JMC, au fondateur des Jeunesses musicales du Canada, Gilles Lefebvre. L’Opus du Diffuseur de l’année est allé cette fois-ci au Festival de musique de chambre deMontréal, dont le directeur artistique est le violoncelliste Denis Brott. La Production de l’année-Jeune public «opusée» est le Ménétrier, spectacle de l’Atelier du conte en musique et enimages. Le prix du Concert de l’année-Récital, soliste ou soliste accompagné est allé au récital depiano d’André Laplante, dans le cadre de l’événement Musique de chambre à Sainte-Pétronille,présenté le 8 juillet 1999. Des voyages et des mémoires, par l’Orchestre symphonique de Québec sous la double direction de Boudreau et Bouliane, recevait un second Prix Opus, dans la catégorie Concert de l’année-Musiques actuelle, contemporaine, électroacoustique, jazz. L’Opus Concert de l’année-Grand ensemble (21 musiciens et plus) et musique orchestrale ou lyrique a été remis à Hommage à Richard Strauss, par l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Charles Dutoit, présenté le 19 janvier dernier. À l’occasion de cette remise, la directrice générale de l’OSM, Michelle Courchesne, est venue faire de très émouvants adieux, puisqu’elle quitte incessamment sa fonction.

Le prix de l’interprète de l’année est allé à l’alto masculin Daniel Taylor, pour «l’état de grâce» de ses nombreuses prestations au Québec durant la dernière saison. L’événement médiatique de l’année couronné par un Opus est l’émission Musique pour un siècle sourd, réalisée par Richard Jutras et présentée sur les ondes de Télé-Québec. L’Opus du Disque de l’année-Musiques actuelle, contemporaine ou électroacoustique revenait à Figures, sous étiquette empreintes DIGITALes, présentant des oeuvres de l’électroacousticien Robert Normandeau. Dans la catégorie Disque de l’année-Jazz ou musique du monde, le disque primé est Puzzle City, sous étiquette Lost Chart Records.

Robert Normandeau, déjà récompensé pour son disque Figures, recevait également le prestigieux prix de Compositeur de l’année. Le musicien soulignait avec justesse la reconnaissance accordée, lors de cette édition, au milieu extrêmement dynamique de la création. L’événement discographique de l’année était double: en effet, on décernait deux Opus dans cette catégorie, un au disque Haendel de Tafelmüsik, avec Karina Gauvin; et l’autre à Yo soy la desintegracion, opéra électroacoustique de Jean Piché chanté par Pauline Vaillancourt, réalisé par Jean-François Denis sous étiquette Amberola. L’Opus du Disque de l’année-Meilleur vendeur est allé, on s’en doutera, à Berceuses et jeux interdits, avec Angèle Dubeau et la Pièta, sous étiquette Analekta. Le Prix du public, toutefois, a été décerné au chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin, qui concluait le gala tout comme il l’avait ouvert en recevant le prix de la Découverte de l’année. De quoi avoir le vent dans les voiles!

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Le Conseil québécois de la musique distribue ses récompenses


in Le Devoir (Québec), December 6, 1999

Le jury des prix Opus 1999 a saupoudré ses récompenses pour bien refléter la diversité des goûts et des approches, célébrant aussi bien le baroque que la musique contemporaine, aussi bien la reléve que l’expérience.

Les vingt-cinq prix Opus étaient remis hier, à Montréal, par le Conseil québécois de la musique (CQM) dans six catégories: concerts de l’année; disques de l’année, production jeune public; écrits de l’année; prix spéciaux et le Prix Opus du public. La troisième édition récompensait la période de production musicale allant de septembre 1998 à août 1999.

Le jeune chef Yannick Nézet Séguin — il n’a que 24 ans — reçoit deux prix convoités, celui de la découverte de l’année et le Prix du public. Dans le premier cas, le chef du chœur de l’ODM est récompensé pour sa direction dans La Russie romantique.

La musique contemporaine obtient plusieurs lauriers, dont celui du concert de l’année (Québec), avec Des voyages et des musiques, que l’OSQ présentait le 5 juin dernier avec Walter Boudreau et Denys Bouliane à la direction. Cette prestation a également remporté le prix du concert de l’année dans la catégorie musiques actuelle, contemporaine, électroacoustique, jazz. Le même Denis Bouliane est aussi désigné personnalité de l’année. Le compositeur Robert Normandeau reçoit le prix du disque de l’année dans la catégorie musique actuelle ou contemporaine pour son album Figures (empreintes DIGITALes). Celui que l’on pourra entendre au complexe Ex-Centris cette semaine est également désigné compositeur de l’année.

Par ailleurs, le livre La musique, la recherche et la vie (un dialogue et quelques dérives), de Jean-Jacques Nattiez, publié chez Leméac cette année, est désigné comme le meilleur écrit de l’année. Le prix hommage a été remis à Gilles Lefebvre. Sans surprise, le Prix pour le Rayonnement à l’étranger échoit au pianiste Marc-André Hamelin Et ce n’estpas son premier Opus.

La musique disons… précontemporaine n’a pas été oubliée pour autant. Le Quatuor Alcan reçoit le prix du disque de l’année dans la catégorie musique classique, romantique ou moderne pour Schubert: Quatuor à cordes n,° 10 opus 168, n° 15 (Analekta). Cette formation est en train de s’établir comme une sorte de quatuor national. Ses membres sont présentement en résidence à l’université de Montréal.

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Un cycle d'oeuvres électroacoustique sur la voix du compositeur Robert Normandeau

by Dominique Olivier
in La Scena Musicale #5:3 (Canada), November 1, 1999

II ne faut pas se le cacher, l’électroacoustique fait peur. En 1999, on appréhende encore mal cet art musical, apparu dans les années 1940, qui donne au compositeur la possibilité de travailler directement sur la matière sonore et de créer un objet immuable, indépendant des vicissitudes de l’interprétation. Pourtant, derrière cette approche très particulière du monde des sons, se cachent des créateurs qui font, avant tout, de la musique. C’est le cas de Robert Normandeau, un Québécois considéré comme un des meilleurs électroacousticiens du monde. Récipiendaire de nombreux prix, dont le plus prestigieux de tous, le Golden Nica au Concours Ars Electronica, en 1996, pour sa pièce Le Renard et la rose, Normandeau ne s’éloigne jamais de l’idée d’œuvre musicale. Son «cinéma pour l’oreille» n’est ni un concentré d’anecdotes hautement référentielles, ni une construction aride superposant les objets sonores dans un but d’expérimentation. On peut le considérer, à la limite, comme un compositeur de musique à programme — au sens le plus ouvert du terme — ayant une vision symphonique du matériau.

Dans un de ses cycles les plus reconnus, Normandeau a travaillé à partir de la voix humaine, un matériau vivant qui laisse passer l’émotion, malgré toutes les transformations qu’il subit à travers le travail, long et minutieux, de l’électroacousticien. «L’origine de ce projet, raconte le compositeur, c’est une toute petite pièce qui s’appelle Bédé (1990), pour laquelle j’avais enregistré des onomatopées provenant d’une bande dessinée qui s’intitule Le Dictionnaire des Bruits. J’avais utilisé ce matériau comme une sorte de déclencheur, afin d’amener quelqu’un en studio pour enregistrer sa voix. Je me suis rendu compte, après avoir fait Bédé; que la voix est un matériau beaucoup plus riche que je ne le pensais. J’ai donc fait la première pièce du cycle, Éclats de voix.»

Après avoir terminé Éclats de voix ( 1991), sa toute première pièce écrite uniquement à l’ordinateur, le musicien s’est aperçu qu’il avait conservé non seulement les sons utilisés dans l’œuvre, mais également tous les gestes posés au cours de son élaboration. «La pièce était en quelque sorte reproductible. Je me suis donc questionné sur la pertinence de garder la même structure temporelle pour une autre pièce, en remplaçant les sons.» La jeune fille de 11 ans qui avait prêté sa voix à cette pièce a (donc) été remplacée, dans la seconde, par un groupe de quatre adolescents. Ainsi est née Spleen (1993), une œuvre à l’énergie radicalement différente de celle d’Éclats de voix, bien que basée sur les mêmes onomatopées. «D’abord, les timbres sont différents, rapporte Robert Normandeau. Il y a aussi la différence de registre. Les gars ont des voix plus graves, elles ont donc un tout autre impact. On dirait qu’elles ont plus de poids. D’autre part, leur ton était beaucoup plus afffirmatif que celui de la jeune fille.»

Le son de la voix est par essence porteur d’affects, il possède une texture, une empreinte particulière, indépendamment du contenu sémantique du langage. C’est cet aspect qui a, au premier chef, fasciné Robert Normandeau. «J’ai été frappé par le fait que l’onomatopée est un code particulier dans le langage humain, dans lequel il y a une relation directe entre l’émotion et le son qui est produit. Et je me suis rendu compte que malgré toute la lutherie électroacoustique ou informatique que j’utilisais, cette émotion-là n’était pratiquement pas modifiable. Ce qui est fascinant et troublant, quand on travaille en studio avec la voix, c’est qu’on est toujours en contact avec l’émotion de base.»

Pour sa troisième production du cycle, Le Renard et la rose (1995), le compositeur a profité d’une occasion unique — l’enregistrement discographique, par Radio-Canada, du Petit prince de Saint-Exupéry, dont il a composé la musique — pour capter les voix de comédiens professionnels. «Ça a généré autre chose, témoigne Robert Normandeau. C’est une pièce plus orchestrée, où l’énergie est plus à l’état brut, le rythme plus affirmé que dans les deux autres.» Chaque œuvre du cycle comprend cinq mouvements, et chacun de ces mouvements incarne une association entre un paramètre sonore, timbre, rythme, texture, et un sentiment, mélancolie, colère, tendresse… «Pour y arriver, je réduis, je fais des unités et je les classe en catégories de sons», explique Normandeau.

Le travail de l’électroacousticien est très différent de celui du compositeur traditionnel. «Je compose à partir d’une interaction très étroite entre la transformation du matériau et ce qu’il me donne en retour. C’est pour ça que le travail avec la voix est toujours très stimulant. J’ai fait d’autres pièces entre chacune des pièces du cycle, mais chaque fois que j’y revenais, c’était une bénédiction.» C’est sans doute pour cela que Robert Normandeau projette de faire une quatrième œuvre pour compléter son cycle «vocal», cette fois avec des voix d’une tout autre expression, celles de femmes âgées!

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Tout à entendre

by Dominique Olivier
in Voir (Québec), February 13, 1997

Un orchestre d’une vingtaine de haut-parleurs: voilà tout ce qu’il faut pour créer le rituel du spectacle cher aux organisateurs de ce festival de musique électroacoustique.

La musique électroacoustique québécoise a une double vie. D’une part, nos créateurs connaissent en Europe une renommée phénoménale, sont régulièrement couronnés des prix les plus prestigieux, voient leurs disques vendus dans de nombreux pays.

D’autre part, le Québec les ignore ou à peu près, les médias les boudent, les subventionneurs sont trop prudents. Robert Normandeau, un de nos compositeurs de musique acousmatique parmi les plus reconnus et les plus prolifiques, fait 95% de sa carrière en Europe et a reçu récemment le prix le plus important au monde en électroacoustique, le Golden Nica au Prix Ars Electronica en Autriche, l’équivalent musical du Goncourt. Résultat local: personne, ou presque, n’en a parlé. «Je dis que si Stravinsky était vivant, qu’il réside à Montréal et qu’il crée le Sacre du printemps, personne au Québec ne le saurait», déclare avec dépit le compositeur.

Le festival qu’organise Robert Normandeau avec ses collègues Jean-François Denis et Gilles Gobeil de la société de concerts Réseaux, intitulé Rien à voir (mais tout à entendre…), veut contrer le manque de présence de la musique acousmatique dans le milieu musical montréalais. L’acousmatique, mot attribué à Pythagore, était utilisé pour désigner l’enseignement du maître qui se dissimulait derrière une tenture afin que ses disciples ne soient pas distraits par sa présence physique.

Aujourd’hui, pour éviter la confusion avec les musiques électroacoustiques de scène ou d’instruments transformés, le terme de musique acousmatique est utilisé pour désigner une musique ou un art des sons projetés qui «se tourne, se développe en studio, se projette en salle, comme le cinéma». Ce véritable cinéma pour l’oreille, comme le désigne volontiers Robert Normandeau, gagne beaucoup à être présenté en salle, malgré son caractère purement sonore.

«Dans le festival, il s’agit essentiellement de musique acousmatique, ce qui est fondamental puisque nous avons décidé, mes collaborateurs et moi, de nous spécialiser dans ce domaine, explique Normandeau. C’est donc une musique entièrement écrite, si on peut dire, sur support. Le titre Rien à voir désigne très précisément ce concept: le concert acousmatique, ce n’est pas un spectacle, mais un événement dans lequel tout l’accent est mis sur l’écoute. Dans les concerts du festival, il y aura un orchestre d’une vingtaine de haut-parleurs.»

Pour le compositeur et organisateur de concerts, il s’agit de la poursuite d’un travail effectué durant plusieurs années au Planétarium, dans le cadre des concerts de l’ACREQ. «Même si certains le décrient, je crois que la formule concert est encore la meilleure pour ce type de musique parce qu’elle apporte la notion de rituel. Et dans le rituel, il y a la fréquentation des autres humains. Je pense que quand on se retrouve à plusieurs dans un même lieu pour la même raison, ça donne une qualité d’écoute et d’attention qu’on ne retrouve dans aucune autre circonstance. C’est là que la fréquentation de la musique prend tout son sens, que se font les vrais coups de coeur, les vraies révélations.»

Normandeau utilise sans complexe la métaphore du cinéma pour faire comprendre l’attrait du concert acousmatique. Le disque, c’est la cassette vidéo. Le concert, c’est la salle de cinéma: «Quand on a l’orchestre de haut-parleurs, on est tout à coup en cinémascope, s’émeut le compositeur. Il y a une spatialisation et une interprétation qui déploient en quelque sorte cette musique dans l’espace et, tout à coup, on est dans un lieu qui disparaît et qui devient musique. Si on a un bon équipement, il disparaît lui aussi, et on a seulement la musique autour de soi.»

Touché par l’accueil des gens du Théâtre La Chapelle, Normandeau tient beaucoup à l’approche «cabaret» du festival, qui permet une plus grande souplesse et qui ne nuit en rien, au contraire, à la qualité d’écoute du public. Son seul regret tient à la formule festival, à laquelle il ne croit pas. «Les organismes qui font de la production en art contemporain finissent toujours par en arriver à cette formule parce que c’est moins coûteux. Nous le faisons par défaut, parce qu’au départ l’ensemble des événements qu’on a regroupés en quatre jours devait s’étaler sur une saison complète, ce qui aurait permis une présence ponctuelle et régulière. La formule festival, ça marche bien pour les médias…»

Lorsqu’il évoque le montant alloué pour l’ensemble de l’événement, Normandeau ne cache pas qu’il le trouve parfaitement ricidule: douze mille dollars pour huit concerts! Le bénévolat, c’est beau, mais c’est essoufflant… Le choix des compositeurs étrangers invités, lui aussi, est déterminé par cet aspect extrêmement prosaïque. «Nous avons choisi des compositeurs que nous considérons comme important, mais avec lesquels nous avons également des relations amicales de longue date, des gens auxquels nous pouvons dire que les conditions ne sont pas les meilleures au monde. Les compositeurs québécois sont très fréquemment invités à l’étranger, mais nous pouvons très difficilement leur rendre la pareille», déplore l’organisateur.

Outre les trois directeurs artistiques du festival, Robert Normandeau, Gilles Gobeil et Jean-François Denis dont nous entendrons quelques oeuvres le soir du 19 février entre 18h30 et 20h30, nous pourrons écouter des oeuvres des compositeurs invités Randall Smith de Toronto (le 19), Jonty Harrison du Royaume-Uni (le 20), du Québécois Yves Daoust (le 21) et du Français Michel Chion (le 22). Il y aura deux concerts par soirée, un à 18h30 et un à 20h30, toujours au Théâtre de la Chapelle. À partir du 20, des rencontres avec les compositeurs, animées par Bertrand Roux, se tiendront au même endroit, à 17h15.

Cuvée empreintes DIGITALes

L’étiquette de disques empreintes DIGITALes, dirigée par Jean-François Denis, lançait cette semaine sa toute dernière cuvée, produite en 96. Dix nouveaux titres s’ajoutent à la collection déjà abondante de disques consacrés à l’électroacoustique québécoise et étrangère. Cirque de Michèle Bokanowski, Zoo de Dan Lander, Articles indéfinis de Jonty Harrison (un des compositeurs invités à Rien à voir…), Délirantes de Sergio Barroso, Kaleidos de Stéphane Roy, Transformations de Hildegard Westerkamp, Léone de Philippe Mion, Sous le regard d’un soleir noir et Forêt profonde de Francis Dhomont et, finalement, Contes de la mémoire de Jon Appleton. En plus, trois rééditions s’ajoutent à cette liste impressionnante: Électro clips par vingt-cinq compositeurs, le Cycle de l’errance et Les Dérives du signe de Francis Dhomont. À suivre, et bonne écoute!

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Donner corps à la musique

by Mario Cloutier
in Le Devoir (Québec), February 27, 1996

Quel est l’intérêt de s’asseoir de vant des hauts-parleurs dans une salle de concert? Répondre à cette question c’est commencer à définir l’expérience électroacoustique. Et c’est ce que font très bien deux praticiens de ce vaste domaine du possible: les compositeurs, professeurs et coproducteurs de la série de musique électroacoustique ou acousmatique dans le cadre de Musiques échange Québec-Belgique, le Québécois Robert Normandeau et la Belge Annette Vande Gorne.

La forme, c’est la réalité et la réalité figurée, d’expliquer la dame. Toute réalité passe par la forme et la figuration aussi. L’acousmatique tente de suggérér des formes dans la tête de l’auditeur.» Et de compléter Robert Normandeau: «la musique électroacoustique suggère, provoque fait naître des formes avec des moyens différents de la musique instrumentale ou traditionnelle.»

Ce soir et demain, le public pourra donc en avoir plein les oreilles avec 14 pièces de 14 artistes qui représentent la quintessence de l’art acousmatique en Belgique et au Québec. À Montréal seulement, une vingtaine de compositeurs travaillent dans ce domaine. Le Québec est d’ailleurs reconnu mondialement pour sa force électroacoustique.

Trois compositions ont été commandées spécialement pour Musiques-échange aux Québécois Gilles Gobeil, Robert Normandeau ainsi qu’au Belge Jean-Louis Poliart. Les deux programmes comprennent également des œuvres des Belges Ingrid Drese, Slavek Swi, Todor Todoroff, Elisabeth Anderson, Stefan Dunkelman, et Marie-Jeanne Wyckmans, et des Québécois Luc Fortin, Marc Tremblay, Pierre Sainte-Marie, Stéphane Roy et Jacques Tremblay.

Mais il n’y aura pas de musiciens ou de compositeurs sur la scène de l’Agora de la danse, que des orchestre de hauts-parleurs. Un tel dispositif «scénique» représente toutefois un intérêt indéniable pour les amateurs d’expériences musicales sonorisées et spatialisées. Donner corps à la musique, c’est un peu le credo des électroacousticiens, ces créateurs d’holographies sonores.

«Dans un concert acousmatique, note Robert Normandeau, il y a l’idée de rituel qui rassemble plusieurs personnes dans un même lieu et, également, la projection de la musique dans l’espace. La perception du son et le pouvoir de discrimination de l’oreille humaine est très fort.»

Mais la musique électroacoustique n’est pas qu’affaire de forme.

Le contenu, hautement personnel et stylisé, des enregistrements renvoie à une présence indéniable, celle d’un auteur qui se pose en quelque sorte en dieu-le-père du son, le temps d’une piece musicale.

«Dire exactement ce qu’on veut dire avec le temps qu’on veut utiliser pour le dire, explique Annette Vande Gorne. En musique électroacoustique, le message et le sens sont pleinement assumés par le compositeur.»

Commne un romancier

La musique électroacoustique ne fait pas partie des arts d’interprétation au même titre que les autres familles musicales. En concert tout est contrôlé, à l’opposé de ce qui survient avec la musique actuelle des Jean Derome, René Lussier et cie, par exemple. Mais le rapport à l’expérimentation est le même, sauf qu’ici l’acte d’improvisation se fait à l’avance.

«Comme fait souvent le romancier dans un bouquin, raconte Annette Vande Gorne, les personnages mènent le jeu. En électroacoustique, les sons inscrivent la direction, la piste. Notre façon de penser les sons est complètement différente. Ils sont étudiés morphologiquement, selon la texture, la forme, l’espace, la représentation iconique…»

Robert Normandeau travaille d’ailleurs dans le sens d’un cinéma pour l’oreille. Quand il compose, son organisation sonore se base sur les sons référentiels, mais il existe autant de styles et de caractères qu’il y a de compositeurs en musique électroacoustique.

On aura également compris que cette grande famille musicale ouverte sur le futur, en raison d’une lutherie qui bouge continuellement, pose surtout la question de la perception et de la réception du public. Anne Vande Gorne donne l’exemple d’une de ses compositions construite uniquement avec de l’eau. «Il s’agissait de faire entendre ce qu’il y a dans l’eau, mais qui n’est pas de l’eau. Ce qui demande une écoute très attentive, les yeux fermés.»

Robert Normandeau croit la communion non seulement possible, mais évidente avec le public «L’acousmatique est un art de la réflexion qui permet de mener jusqu’au bout une démarche profondément individuelle mais c’est en allant au fond de soi qu’on atteint à l’universel.»

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La cinquième salle de la PdA sied mal à la musique

by Carol Bergeron
in Le Devoir (Québec), June 1, 1992

Ce concert d’ouverture du Musée d’art contemporain de Montréal servalt également à l’inauguration d’une toute nouvelle salle. Sans nom si ce n’est qu’on la dit «Ia cinquième» du quadrilatère de la Place des Arts, cette salle a toutefois été conçue pour un usage pluridisciplinaire. C est en somme un autre lieu polyvalent qui, ainsi qu’il semblait facile de le prévoir, n’aura avec la musique que des liens accessoires.

Comment ne pas s’étonner qu’en cinq tentatives, on ne soit pas encore parvenu à doter le plus important complexe culturel de la ville d’un seul espace véritablement conçu pour le concert!

Les musiciens devront donc s’accommoder de ce petit théâtre de 350 places ou le laisser à d’autres utilisateurs qui profiteront de sa «géographie variable». Ils exerceront encore une fois leur patience à attendre. À attendre la très hypothétique constructlon du Conservatoire de Montréal dans lequel, avec un peu de chance, on fera enfin l’effort de doter la Place des Arts d’au moins une salle exclusivement consacrée à la musique de chambre.

Nettement trop sèche, l’acoustique de cette «cinquième salle» étouffe irrémédiablement les instruments conventionnels: la percussion, le piano, les vents, les cordes y travaillent dans le vide. Seule la musique électroacoustique pourrait-elle y trouver son profit. Capable de créer l’illusion de son propre espace sonore, il ne lui resterait plus qu’à trouver un dispositif idéal de diffusion en se servant notamment de la grande mobilité des sièges — on parle de 41 configurations possibles.

Acoustiquement la plus magique, musicalement la plus captivante l’oeuvre de Robert Normandeau fut la seule à pouvoir donner du volume à cette salle trop basse de plafond. Partagés de manière à servir d’introduction aux cinq autres pièces du programme ses Fragments étaient diffusés à travers un orchestre de 16 haut-parleurs alimentés par un magnétophone 16 pistes.

Dans la même logique, les deux claviers-synthétiseurs DX-7 ajoutèrent à la percussion et au cor anglals une certaine résonance artificielle bienvenue. Mais cela Serge Arcuri ne pouvait l’avoir prévu lui qui accompagna ses Fresques imaginaires des sonorités apaisantes et inoffensives du «nouvel age».

Le minimalisme insignifiant de Hoketus provoqua une réaction presque unanime de rejet. L’auditoire hua copieusement ce que le compositeur néerlandais Louis Andriessen avait peut-être écrit pour tourner en dérision les répétitifs américains.

Les Cinq études pour figures de Jean Derome cherchent apparemment dans la laideur des associations de timbres qui ne parviennent pas à masquer l’indigence de la pensée musicale. Le contraire de ce qu’avec aussi peu d’instruments, la Torontoise Alexina Louie est parvenue à imaginer pour donner au trombone virtuose d’Alain Trudel quelques minutes de séduisante poésie sonore.

Destinés à conjuguer les effectifs instrumentaux du NEM et de la SMCQ (une trentaine de musiciens) les pièces de Bouchard et de Longtin souffrirent différemment de l’aridité de l’acoustique. Ire tourna ainsi à la colère vaine qui ne permit point de juger de l’apparente qualité de l’écriture orchestrale de Linda Bouchard Hommage à trois peintres québécois, Gaboriau, Toupin, Ferrron et les autres… permit à Michel Longtin de s’amuser avec une opulente formation qui contenait trois pianos, des percussions, des vents et des cordes. Une oeuvre qui capte avec bonheur les vibrations invisibles qui, pour un musicien, habitent l’univers de la peinture.

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Montréal fête la musique d'ici


in Le Milieu (Canada), June 1, 1992

La musique joue un rôle important dans les célébrations du 350e anniversaire de la fondation de Montréal, qui ont lieu cette année. En effet, neuf œuvres ont été commandées à des compositeurs canadiens sous la bannière de Montréal Fête, une série de concerts présentés à travers la ville cet été. Une œuvre de Pierre Grandmaison pour orgue et petit orchestre a été créée le 17 mai à la basilique Notre-Dame, lors d’un office divin commémorant la première messe célébrée à Montréal, et un spectacle multimédia d’une heure mettant en vedette la musique électroacoustique de Robert Normandeau est présenté au Planétarium Dow jusqu’au 7 oct.

Dans les mois qui viennent, les Montréalais auront l’occasion d’assister à un concert gratuit de l’ACREQ dans le cadre de son Printemps électroacoustique, le 14 juin au parc Lafontaine. Cet événement, décrit comme un théâtre sonore, se terminera sur des interprétations de nouvelles œuvres de R. Murray Schafer, Myke Roy et André Duchesne qui mettront à contribution 150 musiciens, huit guitares électriques et, pour l’œuvre de Schafer, une danseuse sur une scène flottante.

Un grand nombre de compositeurs canadiens seront également à l’honneur tout au cours de l’année: l’Orchestre mondial des jeunesses musicales, sous la direction d’Eduardo Mata, présentera une nouvelle œuvre de Denis Gougeon (les 12 et 13 août); l’Orchestre symphonique McGill sous la direction du chef d’orchestre Douglas McNabney créera Disolulions I d’Arlan Scholtz, pour soprano, clavecin et orchestre (4 oct.); et sept pianistes québécois interpréteront une nouvelle pièce de François Dompierre, dans le cadre du Festival international de piano de Montréal, à la salle Wilfrid-Pelletier (8 oct.). Pour des informations complémentaires, composer le (514) 872-1992.

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Paire naturelle

by Dominique Olivier
in Voir (Québec), May 29, 1992

Quoi de plus naturel, pour inaugurer une salle de concert située dans un musée consacré à l’art contemporain, que d’inviter à y jouer une institution musicale vouée, elle aussi à la diffusion du répertoire contemporain. Rien d’original, direz-vous. Mais voilà, le concert inaugural de la cinquième salle de la Place des Arts, sise au nouveau Musée d’art contemporain qui lui est contigu, n’a rien d’un concert ordinaire. Il s’agit d’une première dans l’histoire de Montréal, qui depuis 1989 possédait deux sociétés de concert entièrement orientées vers la musique du XXe siècle.

Depuis 25 ans, la Société de musique contemporaine du Québec officie dans l’interprétation, la création, et la diffusion de la musique nouvelle. Mais depuis trois ans, un autre organisme, lui aussi de qualité remarquable, et qui a très rapidement débordé le cadre québécois. s’est installé à Montréal, en tant que seul ensemble de musique contemporaine travaillant sur une base permanente en Amérique du Nord: le Nouvel Ensemble Moderne. Une rivalité désastreuse aurait pu s’en suivre, mais nous n’avons constaté jusqu’à maintenant qu’une saine émulation, qui semble vouloir se poursuivre pour donner à Montréal une stature particulière dans le domaine de la musique du XXe siecle. Le concert du Musée va les réunir enfin, pour la première fois de leur histoire, peut-être en combat singulier, peut-être aussi en une association amicale et constructive, comme le souhaitait Mme Lorraine Vaillancourt, directrice artistique du NEM, dans une entrevue qu’elle nous accordait il y a quelque temps. Bien sûr, quand on arrive en second, la situation est plus délicate, et on doit espérer que se maintienne l’équilibre qui existait déjà dans le milieu musical. La SMCQ perdait il y a quelques années son fondateur et directeur artistique, Serge Garant, devait s’adapter à son nouveau chef au tempérament fougueux, Walter Boudreau, et se retrouvait face à une autre institution qui pouvait lui mettre des bâtons dans les roues, ou lui voler tout simplement son public. Il n’en fut rien, et la quart de centenaire SMCQ a toujours le vent dans les voiles, tout comme le NEM qui ne cesse de remporter des succès internationaux.

S’il existait au départ une distinction théorique entre les répertoires couverts par les deux ensembles, dans les faits elle est beaucoup moins claire. Dans ce concert inaugural, ils joueront tour à tour ensemble et séparément, dans des ceuvres de toutes allégeances: du Louis Andriessen, un Néerlandais minimaliste; du Serge Arcuri, un de nos jeunes compositeurs québécois; du Alexina Louie, une Canadienne aux antécédents orientaux apparents; du Jean Derome, connu pour son travail en musique actuelle; du Linda Bouchard, une Québécoise vivant aux États-Unis; du Michel Longtin, une vedette nationale, un de nos meilleurs compositeurs pour orchestre; et finalement du Robert Normandeau, compositeur électroacoustique dont nous parlions dernièrement dans cette chronique, et qui a été chargé de composer cinq courtes pièces établissant le lien entre les œuvres au programme.

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Agenda


in Mirror #7:49 (Québec), May 28, 1992

Montreal is a major center for electroacoustic music, a highly experimental form of contemporary composition that incorporates a huge range of sounds: from computer generated music to environmental or “found” sounds. Composer Robert Nomandeau finishes his Doctorate in electroacoustics in a reprise of his multimedia concert Tangram. The piece was composed for an orchestra of 16 loudspeakers, and is performed with & without the visual effect of 70 projectors showing slides synchronized with the music. The show takes place at the Dow Ptanetarium June 3, 10 & 17 at 20h

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Tangram

by Marie Laurier
in Le Devoir (Québec), May 19, 1992

En marge du 350e anniversaire de Montréal, un concert multimédia de Robert Normandeau, sur des images de Michel Dubreuil et de Johanne Tremblay a lieu ce soir et demain soir à 20hau Planétarium de Montréal, sous le titre Tangram Adresse: Montréal Québec, Terre, Cosmos.

Robert Normandeau assure la direction artistique de la série de concerts acousmatiques «Clair de terre» au planétarium Dow depuis 1989. Il sera parmi les compositeurs invités par le Nouvel Ensemble Moderne et la Société de musique contemporaine du Québec lors de l’ouverture du nouveau Musée d’art contemporain les 29 et 30 mai.

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Bande sonore

by Dominique Olivier
in Voir (Québec), May 14, 1992

L’électroacoustique n’est plus désormais un genre mineur, à l’aspect essentiellement expérimental, et qui ne rejoint jamais le grand public. C’est plutôt, pour le compositeur Robert Normandeau, un grand pas en avant qui permet de placer la musique au même niveau que les arts phénoménologiques comme la peinture ou la poésie, dans lesquels l’artiste travaille directement sur son matériau, sans passer par un intermédiaire. Une des principales motivations de Normandeau dans sa fréquentation de l’électro est la possibilité de travailler avec tous les sons comme un cinéaste est un chasseur d’images, d’attraper au vol ces ondes fugitives pour les regrouper et les façonner de manière à nous faire vivre les émotions qu’il choisit pour nous.

Jadis emprisonné dans le carcan du système tonal, la musique a voulu se libérer en rejetant celui-ci pour en proposer un autre, encore plus limitatif, qui nous a menés, dit-on, dans un cul-de-sac. Mais, d’autre part, elle a tout simplement ignoré le système tonal pour rejoindre directement le matériau de base, le son, grâce à l’art acousmatique. Selon Normandeau, cet art a donc un avenir assuré qui va gagner une espèce de chaleur en perdant son côté expérimental. «Notre responsabilité maintenant est de créer des oeuvres qui soient fortes», conclut-il, lui qui est déjà très avancé dans cette voie.

En 1992, la faculté de musique de l’Université de Montréal donnera son doctorat au premier étudiant en composition électroacoustique à ne pas soumettre une seule note de musique. D’après Robert Normandeau, heureux bénéficiaire de cet honneur, c’est une première au Canada qui donne enfin à l’électro la place qui lui revient: celle d’un art majeur. Le jeune compositeur n’en est pas à ses débuts dans le métier et possède déjà une solide réputation soutenue par un cv on ne peut plus impressionnant. Au chapitre des prix internationaux, en composition électroacoustique, bien sûr, il est récipiendaire entre autres, du 1er prix du jury et du public ex-aequo au 2e concours international Noroit-Léonce Petitot à Arras, France, en 1991; du 2e prix au 12e concours internationa Luigi Russolo, en 1990; ainsi que sept autres mentions et prix prestigieux dans le monde depuis 1986.

Il est d’ailleurs l’élève d’un des grands artistes et pédagogues qu’ait produits ce genre musical, le compositeur français résidant au Canada, Francis Dhomont. «S’il forme une école, c’est un peu à la manière de Messiaen, explique Normandeau en parlant de son professeur. Il a la même qualité, qui est de permettre aux compositeurs d’éclore selon leur tempérament, leur aspiration.» Sous la direction de Dhomont et la codirection de Marcelle Deschênes, dans le cadre de son doctorat, Normandeau a donc produit un oeuvre finie, sans possibilité d’interprétation - même aux potentiomètres puisque tous les paramètres sont fixés à l’avance -, une oeuvre fermée. Cette pièce musicale, cet objet sonore fignolé et parfaitement lisse, appelé Tangram, inspiré d’un puzzle chinois du même nom, a été conçu pour seize haut-parleurs, considérés comme les instrumentistes d’un orchestre de chambre. En divisant les sources sonores, le compositeur permet une perception beaucoup plus claire de chacune d’elles, clarté qui se diluerait dans l’image stéréophonique. Mais l’idée de base chère à Normandeau et qui a guidé cette création est celle du «cinéma pour l’oreille». Revendiquant le droit d’utiliser des sons référentiels, il cherche à faire passer un message, à créer des images au même titre que le cinéma. Pour nous permettre cette expérience, Tangram sera diffusée deux fois, une fois dans sa version acousmatique (sans effets visuels), et une fois dans sa version multimédia, réalisée en collaboration avec le photographe et infographiste Michel Dubreuil et la photographe Johanne Tremblay. Bon cinéma.

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